𝒜𝓂𝒷𝓇𝑒
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Le crépuscule reflète dans la salle de réception. Je suis debout, les mains croisées contre mon ventre, bien droite, camouflant fatigue et émotions. Mon cœur bat lourdement, je suis toujours impuissante à cette angoisse.
Rose est tombée malade. Et moi, qui suis à ses côtés depuis des années, je n'ai rien vu venir. C'est la honte qui grimpe ma nuque.
Les gardiennes, nouvelles occupantes du palais, bavardent entre elles. Elles jettent des regards curieux vers Rick, Asami et les autres servantes. Elles semblent insouciantes et inconscientes. Il y en a deux qui me paraissent bien jeunes, je ne leur donnerai pas plus de 25 ans. Les autres sont déjà plus âgés.
En silence, j'écoute leur échange tout en m'imposant de contrôler les tremblements de mes mains.
Cette nuit et toute cette journée, j'ai été engloutie par une série de crises d'anxiété. Des vagues successives de peur et de culpabilité. J'étais cachée, le souffle rompu.
À chaque pensée, l'air me manquait. Tout se mélangeait, j'étais forcée d'imaginer le pire.
Un bruissement attire mon attention. Mai apparaît et écarte le rideau cachant le couloir des coulisses. Là, Rose nous atteint, assise dans un fauteuil roulant noir. Son visage est pâle, mais elle est toujours aussi royale.
Mon souffle se bloque. Mes yeux se fixent sur elle. J'absorbe chaque détail d'elle : l'affaissement de ses épaules, la pâleur de son teint, ses mains qui reposent sur ses cuisses. Puis ses grands yeux noirs, plissés par l'épuisement.
Je serre davantage mes mains entre elles.
Comment j'ai pu ne pas comprendre ? Ne pas voir ?
La culpabilité me bouffe tout entière. Ça fait mal, telle une plaie encore vive. J'ai une boule qui gêne ma gorge. J'ai échoué à être l'amie, la protectrice. Même l'assistante.
Rose croise mon regard, son sourire est aussi doux qu'une caresse. Elle prend place devant nous toutes, son petit comité.
Tout le monde se tient éloigné d'elle, dont moi. Même Mai se dirige auprès de moi pour la laisser s'exprimer.
Les gardiennes se sont déjà baissées à plusieurs reprises pour la saluer. Mais alors que sa voix rauque débute, tout le monde, sans exception, s'incline :
- Bonjour à toutes, et bienvenue chez moi. Je suis sincèrement navrée de ne pas pouvoir vous accueillir dans de meilleures conditions. Mon état actuel n'est malheureusement pas des plus brillants, mais j'ai tenu à vous adresser ces mots personnellement. Prononce-t-elle dans un effort.
Nous nous redressons dans le calme. Je garde mes yeux fixes sur elle en tentant de chasser cette stupide inquiétude qui me serre la poitrine.
Rose reprend, sa voix soignée :
- Je tiens à vous remercier pour votre engagement à protéger notre belle nation. Je remercie également votre commandante, madame Arai, qui sera chargée de vous diriger et de vous encourager dans vos missions. Poursuit-elle.
En parlant, elle ne peut pas s'empêcher de bouger sa main droite, de faire des mouvements qui vont avec ses mots. Je me concentre sur ça.
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𝐋'𝐈𝐌𝐏𝐄𝐑𝐀𝐓𝐑𝐈𝐂𝐄 𝐃𝐄𝐒 𝐅𝐄𝐌𝐌𝐄𝐒
RomansRose, héritière du trône d'un royaume exclusivement féminin, accède au pouvoir après la mort violente de sa mère, victime des sévices de son père. Confrontée à une tradition rigide, elle doit organiser un banquet pour trouver sa compagne avant ses...
