Chapitre 17 - P1

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ℳ𝒶𝒾

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Je m'accroupis devant le tiroir, les yeux brûlants de fatigue, cherchant des antidouleurs pour Rose parmi les boîtes et flacons entassés. Trois heures de sommeil à peine et me voilà ici, dans sa salle de bain, encore hantée par cette image d'elle qui m'a empêchée de dormir toute la nuit.

Quand je suis entrée dans sa chambre il y a quelques minutes à huit heures, elle était assise au bord du lit, perdue dans ses pensées. Son regard naviguait quelque part où je ne pouvais pas la suivre. C'est la toute première fois que je devine dans ses yeux ce que je pense être du chagrin. Je ne comprends pas, ça doit sûrement être la fatigue, la maladie, comme m'a prévenu Dr Carrel. Elle avait pris le temps de m'expliquer que son cerveau pouvait même lui jouer des tours, lui créer des hallucinations ou des moments où elle n'était pas elle-même...

Mes doigts se referment sur la bonne boîte de médicaments. Je relis plusieurs fois l'emballage pour être sûre.

Je me relève, le cœur lourd et retourne dans la chambre avec les médicaments en main. Elle est allongée, le regard fixé sur le plafond, immobile. Je m'approche doucement et m'assois près d'elle. Son regard croise le mien. Un frisson me traverse, un choc désagréable. Je loupe quelque chose, un truc m'échappe. C'est sans mots ce que je ressens, c'est malsain, il y a quelque chose qui me devance.

J'attrape le verre d'eau posé à côté et lui tend les cachets.

- Tiens, prends ça. Articulé-je.

La jeune femme les accepte et les avale en terminant lentement son verre. Elle ne me remercie pas, ne me regarde plus.

Ça m'agace de ne pas comprendre, ce n'est pas elle, mais la situation qui me tend. Je formule d'une voix qui se veut rassurante :

- Qu'est-ce qui t'arrive ? Je te reconnais pas...

Je pose ma main sur son bras. Elle est loin de moi, loin de nous. Un soupir finit par s'échapper de ses narines.

- Je suis juste malade et exténuée.

Mon cœur tape dans ma poitrine ; elle élude, encore une fois. Sa voix distante alourdit ma peine. J'appuie légèrement mes caresses, essayant de l'atteindre, de la ramener à moi.

- Je sais, mais ça ressemble à autre chose... Tu as l'air triste.

À ces mots, elle tourne directement la tête vers moi, le regard froid. Je l'ennuie, je distingue de l'exaspération dans son regard.

Ai-je appuyé là où ça fait mal ?

- Ne t'inquiète pas. Lâche-t-elle d'un ton quasi sec. J'ai juste mal dormi cette nuit, c'est tout. Ça me fatigue. Alors, s'il te plaît, arrête de te faire des idées. Tu vas te blesser toute seule.

Je retire ma main de son bras, un peu blessée par le ton de sa réponse. Elle me repousse, elle me dresse une barrière. J'aime pas ça...

- D'accord. Je chuchote calmement même avec cette amertume qui me brûle la gorge. Désolée... Je ne m'inquiète pas, je veux juste...

Mais la phrase meurt en moi. Elle ferme les yeux, comme pour me signifier que la conversation est close, pour me faire comprendre qu'elle s'en moque.

𝐋'𝐈𝐌𝐏𝐄𝐑𝐀𝐓𝐑𝐈𝐂𝐄 𝐃𝐄𝐒 𝐅𝐄𝐌𝐌𝐄𝐒Où les histoires vivent. Découvrez maintenant