Le silence retomba comme une chape de plomb. Les trois corps au sol, les visages figés dans une grimace de douleur, semblaient nous rappeler ce qu’on était vraiment : des survivants, mais pas des héros.
« Bon, on fait quoi maintenant ? » ai-je demandé, en essayant de cacher que mes jambes tremblaient encore.
Karim rangea son arme, son visage redevenu impassible, comme si ce qui venait de se passer n’avait été qu’un simple détail. « On fouille. Ils n’étaient pas là par hasard. »
Je haussai les épaules, pas vraiment convaincue. « Et si c’était juste des gars qui cherchaient des ennuis ? »
Il planta son regard dans le mien, glacial. « Y’a jamais de hasard, Luna. Tu devrais le savoir à force. »
Sans attendre ma réponse, il s’accroupit près du mec à la cicatrice, fouillant ses poches avec une précision chirurgicale. Moi, je me suis approchée des deux autres, en retenant une grimace de dégoût. Ce n’était pas la première fois que je fouillais un cadavre, mais ce n’était jamais agréable.
Un portefeuille, des munitions, un téléphone… Rien de spécial. Jusqu’à ce que je tombe sur un bout de papier chiffonné. Je l’ai ouvert en fronçant les sourcils.
« Karim, regarde ça. »
Il releva la tête et s’avança vers moi. Je lui tendis la feuille. Dessus, une liste de noms, avec des adresses et des numéros de téléphone. Mais ce qui m’a glacé le sang, c’est que l’un des noms était souligné. Luna Esposito.
« Putain, c’est quoi ça ? » ai-je murmuré, ma gorge serrée.
Karim plissa les yeux en lisant. Son expression était indéchiffrable, mais je voyais sa mâchoire se contracter.
« T’es dans leur ligne de mire, ma belle. Félicitations. »
Je sentais la panique monter, mais je refusais de la laisser exploser. « Super. Et maintenant, on fait quoi, monsieur le boss ? »
Il rangea la feuille dans sa veste. « Maintenant, on bouge. On est restés trop longtemps ici, et ces gars avaient sûrement du renfort pas loin. »
Je le suivis sans discuter, mais ma tête tournait. Pourquoi est-ce que mon nom figurait sur cette foutue liste ? Qui étaient ces types, et pourquoi me cherchaient-ils ? Karim en savait peut-être plus qu’il ne voulait l’admettre, mais je n’étais pas prête à lui demander. Pas encore.
On marcha pendant une vingtaine de minutes, nos pas résonnant sur le bitume gelé. Le vent hurlait entre les bâtiments abandonnés, mais je me sentais presque rassurée par ce bruit. Au moins, il couvrait le silence oppressant entre nous.
Finalement, Karim s’arrêta devant une vieille bâtisse à moitié effondrée. Il poussa une porte en métal rouillé et entra, me faisant signe de le suivre.
« C’est quoi cet endroit ? » ai-je demandé.
« Un endroit sûr, » répondit-il en allumant une lampe torche. La lumière révéla une pièce minuscule avec un vieux canapé, une table bancale, et quelques cartons empilés dans un coin.
« T’appelles ça sûr ? Sérieusement ? »
Il se laissa tomber sur le canapé, ignorant mon sarcasme. « Pour ce qu’on a à faire, ça suffira. »
Je croisai les bras, restant debout. « Et c’est quoi, exactement, ce qu’on a à faire ? Parce que moi, j’aimerais bien comprendre pourquoi ces types savaient qui je suis. »
Il me fixa, longuement. Trop longtemps. Puis, il se pencha en avant, les coudes sur les genoux.
« Écoute, Luna. Si ton nom est sur cette liste, c’est pas un hasard. Ces mecs travaillaient pour quelqu’un qui veut ta peau. Et si tu veux rester en vie, t’as intérêt à m’écouter. »
Sa voix était calme, presque trop. Mais je sentais la tension sous-jacente, comme une corde prête à rompre.
« Et toi, pourquoi tu t’en fous ? » ai-je craché. « T’es peut-être sur leur liste aussi, non ? »
Il sourit, mais c’était un sourire froid, sans humour. « Je suis sur toutes les listes, Luna. Mais moi, je sais me défendre. Toi, t’as encore des choses à apprendre. »
Cette fois, je n’ai pas pu me retenir. « T’es vraiment un enfoiré, tu sais ça ? »
Il haussa les épaules, comme si ça lui était égal. « Peut-être. Mais t’as besoin de moi, que ça te plaise ou non. Alors ferme-la et prépare-toi. Parce que si on veut s’en sortir, on va devoir bouger vite. »
J’ai serré les poings, prête à répliquer, mais il avait raison. Ça me tuait de l’admettre, mais il avait toujours raison.
Pour l’instant.
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SANGUE DI LUNA
Acción"Une tueuse malgré elle, un leader impitoyable, une haine explosive. Entre missions, survie et mariages forcés, Luna et Karim s'affrontent dans un Naples où le danger règne et les abandonnés n'ont plus de choix."
