Dans un Paris contrasté par la chaleur de Laylâ et la froideur Moscovite de Yevgeniya, deux âmes que tout oppose se rencontrent.
Laylâ, douceur incarnée et pleine de vie, tente de percer la carapace glaciale de Yevgeniya, mystérieuse et distante. E...
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Laylâ Nuraya
Ce mois d'attente fut un mélange étrange d'impatience et de concentration. Comme si, pour ne pas sombrer dans le manque de Yevgeniya, je devais me raccrocher à chaque instant de mon quotidien, le remplir, le structurer, me donner un but.
La rééducation était devenue ma priorité.
Chaque matin, je me levais avec cette détermination nouvelle. Je passais des heures à la salle, travaillant mes appuis, mon endurance, repoussant mes limites physiques. C'était dur, parfois frustrant, mais au fond, j'aimais cette sensation de progression, ce contrôle que je reprenais sur mon corps.
Quand Nival revint de Suède, son visage portait les marques silencieuses de la perte. Une fatigue lourde, un regard parfois absent, comme si une partie d'elle-même était restée là-bas, auprès de sa mère...
Dîna et moi étions là, sans poser trop de questions. On savait qu'il fallait simplement être présentes. Les soirées se faisaient plus calmes. Moins de rires éclatants, mais des silences pleins de compréhension.
Parfois, on sortait, on faisait comme si tout était normal, comme si le monde n'avait pas changé pour elle. Et parfois, elle laissait échapper un morceau de sa douleur, dans un mot, un regard, une phrase qui nous laissait sans réponse, parce qu'aucune parole n'était suffisante face à ce vide.
Quant à l'héritage qu'elle avait reçu, elle n'en parlait pas. Je sentais que quelque chose pesait sur elle, un fardeau qu'elle portait seule, mais je respectais son silence. Si elle voulait en parler, elle le ferait en son temps.
Et au milieu de tout ça, il y avait l'attente. Chaque soir, allongée sur ce lit à l'hôpital, je regardais mon téléphone, espérant un message, un signe. Mais Yevgeniya ne pouvait pas répondre.
Alors je serrais les dents. Un jour après l'autre.
...
Les jours passaient, et avec eux, les pièces du puzzle de ma mémoire s'assemblaient peu à peu. Ce n'était pas brutal, ni soudain. Plutôt comme un voile qui se levait lentement, révélant des fragments du passé que je croyais perdus.
Des souvenirs du premier accident refaisaient surface, des détails flous qui, au fil des semaines, s'affinaient. Je comprenais mieux certains visages, certaines sensations. Les liens que j'avais tissés avec les gens autour de moi me paraissaient plus évidents, plus profonds.
Il y avait des choses que mon cœur savait déjà, mais que mon esprit devait encore redécouvrir.
Et puis il y avait ce second accident. Celui qui avait tout changé, qui avait bouleversé mes repères. Là encore, des images revenaient, des émotions brutes qui me surprenaient parfois en pleine nuit ou en plein entraînement. Je recollais les morceaux, donnant un sens à tout ce qui m'avait semblé si confus.