Point de vue Omniscient
Le salon baignait dans une lumière douce de fin d'après-midi.
Assise sur le canapé, un plaid léger sur les genoux, Laylâ tournait paisiblement les pages d'un roman. À ses côtés, étalé de tout son long comme un souverain sur son trône, Mishka observait la pièce d'un air hautain, comme s'il veillait sur son royaume.
De l'autre côté de la maison, le cliquetis familier des ustensiles venait de la cuisine, Yevgeniya, concentrée, préparait une spécialité russe dont l'odeur commençait déjà à envahir les couloirs. À ses pieds, sur un petit tabouret, Ilona, cinq ans à peine, la regardait faire avec de grands yeux émerveillés.
Soudain, Yevgeniya se pencha vers sa fille, un sourire malicieux au coin des lèvres. Dans sa main, elle tenait un vieux couteau en plastique, mais terriblement réaliste. Elle le glissa dans les petites mains d'Ilona et, en russe, lui souffla doucement
— Idi, malyshka, pokazhi mame. Va, ma petite, montre à maman.
Pleine de fierté d'avoir une mission, Ilona trottina joyeusement jusqu'au salon.
Quand Laylâ leva les yeux de son livre, son cœur manqua un battement, sa petite fille se tenait devant elle, brandissant un énorme couteau.
— Oh mon Dieu s'exclama-t-elle en se redressant d'un bond. Habibti, où as-tu trouvé ça ?!
Elle se précipita pour attraper l'objet des mains d'Ilona, la voix tremblante de peur. Il fallut une seconde de plus pour qu'elle réalise que la lame n'était pas en acier, mais en plastique grossièrement imité.
Derrière, un éclat de rire franc résonna dans le couloir.
Yevgeniya s'était appuyée contre l'encadrement de la porte, amusée par la scène, les bras croisés. Son regard bleu pétillait de malice.
— Ahh Zvedoshka lança-t-elle, mi-taquine, mi-tendre. Toujours aussi sérieuse.
Laylâ, encore haletante, la fusilla du regard, puis posa ses mains sur ses hanches
— Yevgeniya Makarova... tu m'as fait une peur bleue !
Mais en voyant Ilona éclater de rire à son tour, serrant Mishka dans ses bras comme pour se faire pardonner, la colère de Laylâ fondit rapidement. Elle soupira et secoua la tête, incapable de ne pas sourire devant le petit complot mère-fille.
À peine Laylâ avait repris son souffle que le vacarme d'un fracas résonna à l'étage supérieur. Un bruit sec, suivi d'un silence coupable.
Laylâ fronça les sourcils.
— Qu'est-ce que c'était, ça ?
Avant même qu'elle n'ait le temps de se lever, deux paires de petits pieds dévalèrent l'escalier à toute allure. Milaya et Anya surgirent dans le salon, les joues rougies par l'effort... et la culpabilité.
— Mamaaaan... commença Milaya, cherchant ses mots.
— On voulait pas ! ajouta Anya en tirant nerveusement sur la manche de sa sœur.
Yevgeniya, déjà au courant, elle avait reconnu ce bruit bien trop familier d'un objet précieux qui vole en éclats les intercepta dans le couloir. Bras croisés, regard sévère mais amusé, elle leur demanda
— Qu'est-ce que vous avez encore fait, hm ?
Les deux fillettes échangèrent un regard de connivence, comme pour savoir laquelle prendrait la parole. Finalement, c'est Anya, la plus grande, qui lança d'une voix tremblante
— On a... cassé un truc.
Milaya, incapable de garder le secret, lâcha immédiatement
— Le grand vase de maman ! Mais c'était pas exprès !
VOUS LISEZ
COLD
RomanceDans un Paris contrasté par la chaleur de Laylâ et la froideur Moscovite de Yevgeniya, deux âmes que tout oppose se rencontrent. Laylâ, douceur incarnée et pleine de vie, tente de percer la carapace glaciale de Yevgeniya, mystérieuse et distante. E...
