Nival Vinterlund
Madrid, Espagne
Trois mois.
C'est fou ce qu'on peut survivre en trois mois.
J'ai enterré Nova.
J'ai enterré la seule personne qui me faisait sentir chez moi, peu importe le pays.
Et j'ai dû choisir où reposer son corps.
J'aurais pu la laisser en Suède, là où tout a commencé. Mais je savais... Je savais que personne ne viendrait.
Alors j'ai fait le choix d'un lieu qu'elle n'aurait peut-être pas choisi elle-même, mais qui, au fond, avait plus de sens.
Elle repose à côté de Nahren. En France.
Deux femmes qui ont façonné la personne que je suis, deux femmes que j'aimais, deux femmes que la vie m'a arrachées trop tôt...
L'une par un accident de voiture, et l'autre également par une foutue voiture. Je hais les voitures.
Tout le monde était là.
Laylâ, debout comme une survivante, ses jambes bien stables, légèrement tremblante du à l'émotion, mais là.
Dîna, les yeux rougis, collée à Katya qui, pour une fois, semblait ne plus savoir quoi dire.
Yevgeniya, droite comme un roc, mais le regard fendu d'une faille.
Iryna, que je n'avais pas vraiment adressé la parole depuis... elle m'avait serrée dans ses bras, brièvement, trop poliment.
Et puis leur mère, avec Naya et Noam... Les petits visages tristes qui ne comprenaient pas vraiment, mais sentaient que quelque chose était définitivement cassé.
Ils étaient tous là.
Et pourtant je n'ai jamais été aussi seule de ma vie.
Alors je suis partie.
Madrid.
Nouvelle ville, nouvelle langue, nouveau cabinet.
Et un vide à combler chaque matin.
Je suis dans mon bureau, l'un des plus beaux du cabinet. Verre trempé, murs épurés, parquet qui résonne à chaque pas.
On frappe à la porte.
- Maître Vinterlund ? Une nouvelle affaire. Le dossier est en salle de briefing.
Je me lève sans un mot, traverse les couloirs sans croiser un regard. On me respecte ici. On m'admire même, parfois.
Mais personne ne me connaît. Et ça me va.
Sur la table, un dossier rouge.
Je l'ouvre.
Madame Itzel Izabella Reyes, 27 ans. Professeure de linguistique à l'université de Madrid.
Accusée de meurtre.
Reconnaissance par un tatouage à la base de son cou une forme de tatouage en « Z », symbole ancien lié à un gang mexicain.
Elle clame son innocence. Elle affirme avoir été piégée.
Je fixe le résumé. Son visage figé sur une photo d'identité. Rien de dangereux. Une jeune femme, regard franc, les lèvres closes.
Une de plus. Une que le monde veut enfermer.
Je me cale au fond de ma chaise.
Ce genre d'affaire, j'en ai connu. Trop. Mais elle a quelque chose. Peut-être le fait qu'elle soit prof, comme si son intelligence devenait suspecte. Peut-être ce tatouage, ce stigmate qu'on lui colle comme une preuve absolue.
VOUS LISEZ
COLD
RomanceDans un Paris contrasté par la chaleur de Laylâ et la froideur Moscovite de Yevgeniya, deux âmes que tout oppose se rencontrent. Laylâ, douceur incarnée et pleine de vie, tente de percer la carapace glaciale de Yevgeniya, mystérieuse et distante. E...
