Laylâ Nuraya
Trois mois.
Trois mois se sont écoulés depuis... depuis ce jour. Depuis le cri de Nival, sa fuite, sa douleur. Trois mois pendant lesquels elle a disparu, sans un mot, sans une trace. Je crois que personne n'a voulu vraiment l'avouer à voix haute, mais on avait toutes peur de la perdre pour de bon.
Et pourtant, la vie a continué. Parce qu'elle le devait. Parce qu'on ne peut pas arrêter le temps, même quand il nous arrache des morceaux.
Avec Yevgeniya... tout s'est merveilleusement bien passé. Et le plus étonnant dans tout ça, c'est à quel point elle a été là. Présente, douce, solide. Une présence forte et discrète, sans jamais chercher à combler les vides, juste à me permettre de respirer à nouveau.
Un jour, il y a un mois de ça,j'ai pris une journée pour moi. Seule. J'avais besoin de revenir à un endroit qui sentait encore le papier ancien, la vanille, les souvenirs... et Nahren.
La librairie. Les Rêves Endormis
Je l'ai retrouvée au détour d'une ruelle, toujours pareille, toujours nichée entre deux façades discrètes. La vitrine n'avait pas changé : de vieux livres, des plantes suspendues, un fauteuil moelleux usé par le temps qui court...avec l'extension du bar à chat à côté, la librairie était encore plus belle...
Quand j'ai poussé la porte, le carillon familier a tinté au-dessus de ma tête. Mon cœur s'est serré. Je m'attendais presque à entendre la voix de Nahren m'accueillir, à sentir sa main sur mon épaule. Mais c'est Even qui est apparu, un torchon à la main, un chat sur l'épaule. Toujours là, fidèle au poste.
Elle m'a souri doucement.
— Je m'occupais du bar à chats. La librairie est à toi, prends ton temps.
Et elle est reparti à l'arrière, me laissant seule, dans ce sanctuaire.
Je me suis avancée lentement, mes doigts glissant sur les reliures des livres, mes pas feutrés sur le parquet grinçant. Chaque étagère, chaque recoin avait son histoire. J'ai retrouvé la chaise où je lisais petite, le vieux carnet où Nahren écrivait des titres de livres pour moi, et cette odeur si particulière : celle de l'encre, du bois, et des souvenirs.
Je me suis assise dans un coin, là où le soleil filtrait entre les vitres poussiéreuses. Et j'ai pleuré. Doucement. Silencieusement. Pas de tristesse. Pas vraiment. C'était plus grand que ça. Comme un soulagement. Comme une reconnexion.
Ici, elle existait encore. Un peu. Entre les lignes des livres, entre les rires d'enfants qui venaient parfois chuchoter dans les rayons. Entre le frottement d'un chat contre mes jambes.
Et à ce moment-là, je l'ai sentie. Vraiment. Nahren. Comme si elle m'enlaçait encore une fois.
Je suis restée là des heures. Jusqu'à ce que le soleil décline.
Quand Even est revenue me voir, elle m'a observée quelques secondes, comme pour s'assurer que j'étais prête. Puis, d'une voix douce, presque fragile :
— Si tu veux... je peux t'emmener voir son bureau. Ça fait un petit moment que personne n'y est allé. Mais si tu es prête... je peux te rouvrir le monde de ta sœur.
J'ai hoché la tête sans hésiter, la gorge nouée, les yeux encore embués. Mon cœur s'est mis à tambouriner fort, comme s'il savait que ce que j'allais retrouver derrière cette porte allait réveiller bien plus que des souvenirs.
Even m'a conduite, à travers un escalier qui mène à un petit couloir étroit aux murs tapissés de photos en noir et blanc, de vieux cadres, de cartes postales jamais envoyées. Et puis elle s'est arrêtée devant une porte en bois clair, ornée d'un petit écriteau gravé :
VOUS LISEZ
COLD
RomansaDans un Paris contrasté par la chaleur de Laylâ et la froideur Moscovite de Yevgeniya, deux âmes que tout oppose se rencontrent. Laylâ, douceur incarnée et pleine de vie, tente de percer la carapace glaciale de Yevgeniya, mystérieuse et distante. E...
