Chapitre 8 - #2

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— Posez vos armes tout de suite ! s'écrie le premier d'entre eux en nous mettant en joue.

— On se calme ! m'écrié-je. Nous ne vous voulons aucun mal, on cherche juste à quitter cet endroit.

L'homme qui nous tient toujours en joue prend le temps de nous observer avant de rétorquer :

— Vous sortez d'où ?

J'allais lui répondre un truc bidon, quand j'aperçois le faciès reconnaissable de Tête Aplatie parmi le groupe.

— Lui pourra te le dire, réponds-je en désignant celui qui nous a accordé l'hospitalité la veille.

Ce dernier s'avance alors vers moi et pose le canon de son revolver sur ma gorge.

— C'est étrange. Vous débarquez hier, la fleur au fusil et aujourd'hui l'IPOC vient nous rendre visite...

— Ce que je trouve étrange, c'est que vous soyez si bien armés.

Tête Aplatie se contente de sonder mes yeux, comme s'il espérait y trouver les réponses à ses questions.

— Je te promets que nous n'y sommes pour rien, dis-je posément afin de calmer le jeu. Je ne sais pas pourquoi ils sont là et nous n'étions que de passage.

— Où sont les autres de ton groupe ? demande-t-il sèchement.

— Ils sont déjà partis, nous avons été séparés un peu plus tôt.

Dans mon dos, je sens Jeremy se pencher sur le côté.

— Tu devrais pas la faire chi...

— Ferme-la, Jeremy !

— Mais...

— Sérieux, tu la boucles maintenant !

Je ferme les yeux d'exaspération. Ce gosse va nous faire buter, ce n'est pas possible ! Tête Aplatie me dévisage avec un demi-sourire :

— Pas facile les mômes de nos jours, n'est-ce pas ?

Sa question est plus rhétorique qu'autre chose, alors je préfère garder le silence. Il finit par soupirer et le canon de son arme quitte lentement ma gorge.

— Nous avons d'autres chats à fouetter pour l'instant et vous avez été clean cette nuit. Mais si on vous revoit encore une fois dans les parages, nous ne serons pas aussi cléments. Alors foutez-moi le camp.

— Compris...

Je m'apprête à tourner les talons, mais va savoir pourquoi, je m'interromps et lâche d'un bloc :

— De ce que j'ai vu, l'IPOC tient à prendre position ici. Vous êtes peut-être bien armés, trop pour de simples civils d'ailleurs, mais sachez que vous ne ferez pas le poids, à moins d'avoir des tourelles capables de défoncer des véhicules blindés et de quoi tenir face à de l'artillerie lourde, car le gros des troupes n'est pas encore arrivé. Je les ai déjà vus mener ce genre d'opération et ça ne fait que commencer. Si vous voulez mon avis, ne restez pas trop longtemps ici. Cette bataille est perdue d'avance.

— Nous ne voulons pas de ton avis, mais merci pour ces renseignements. Nous savons ce que nous faisons.

— Alors bonne chance.

Cette fois j'attrape Jeremy par l'épaule et ne me retourne pas. Une fois hors de vue du groupe, je m'arrête et lui flanque une bonne taloche sur l'arrière de la tête. Tant pis pour sa blessure.

— Aïe ! s'écrie-t-il, surpris.

— Non, mais qu'est-ce qui va pas dans ta cervelle de moineau ?! m'emporté-je. Tu tiens vraiment à te faire tuer ou quoi ?!

— Je voulais faire comme toi... tenir tête... répond-il, penaud.

— Putain Jeremy ! Va falloir que tu te mettes dans le crâne que je ne suis pas un exemple à suivre ! Tenir tête c'est bien, mais encore faut-il savoir quand et comment le faire. Ces mecs nous auraient dézingués sans hésiter !

Les larmes lui montent aux yeux et ses lèvres se mettent à trembler.

— Je voulais juste faire comme les héros..., explique-t-il d'une toute petite voix.

— Les héros n'existent pas. Il y a ceux qui survivent et les morts. Et si tu veux faire partie des premiers, arrête de l'ouvrir à tout va, tu veux ? rétorqué-je plus doucement.

Le gamin renifle et hoche la tête. Dans un élan de sympathie, je m'approche de lui et le prends dans mes bras. Tout en retenant un sanglot, il s'agrippe à moi avec force. Il est juste paumé dans un monde de merde. Comment lui en vouloir ?

— Je suis désolé, je voulais pas te faire d'ennuis.

Je m'écarte et écrase une larme qui roule sur sa joue.

— C'est du passé. Parfois les choses nous dépassent et c'est ce qui t'est arrivé aujourd'hui. Maintenant nous devons rejoindre les autres au plus vite. Je m'occuperai de ta plaie quand nous serons en sécurité, d'accord ?

Jeremy m'adresse un sourire plein de reconnaissance et de gratitude qui me fend le cœur. Il me rappelle tellement mon petit frère par certains côtés. Ce que j'aimerais le serrer dans mes bras lui aussi.

Le cœur plus léger, le gamin se remet en route. Derrière nous, le combat entre ces pseudo-civils et l'IPOC a repris. Si je n'étais pas pressée par d'autres préoccupations, ma curiosité m'aurait amenée à essayer d'en savoir plus sur ce qui se trame ici. Mais ma bataille est ailleurs pour l'instant et je compte bien la gagner.

Il nous faut environ deux heures pour arriver à la sortie sud du village. Deux heures passées à se cacher de recoin en recoin, escalader des gravats, esquiver les combats de rue qui se déplacent au gré des offensives des uns et des autres. Jeremy me colle aux basques sans dire un mot, s'appliquant à se faire le plus discret possible. Qu'il continue, la discrétion est une valeur sûre ces derniers temps.

Comme je le craignais, une fois à notre point de rendez-vous, nous ne trouvons personne. Avec le gamin nous décidons alors de nous séparer quelques minutes pour explorer les alentours. Sans succès.

— Ils ont dû partir sans nous...

Jeremy lâche un soupir et s'assied sur le bord d'un trottoir. Je pose mon sac à ses côtés et sors ma trousse de soins. Avant de continuer, il faut désinfecter sa blessure. Rattrapé par la fatigue, il se laisse faire, tressaillant à peine lorsque j'applique une compresse imbibée d'alcool sur la plaie. Après lui avoir confectionné un bandage de fortune, je m'étire et range mon bazar.

— Allez, en route ! Comme Tim ne nous porte pas particulièrement dans son cœur, ils ne vont sûrement pas nous attendre. Il va falloir avancer d'un bon rythme pour les rattraper. Tu t'en sens capable ?

— Et si je restais avec toi ? demande soudain Jeremy avec un regain d'énergie. On n'est pas obligé de les rejoindre.

— Je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée.

— Parce que c'est mieux de rester avec eux, peut-être ?

J'avoue que je ne trouve rien à répondre à ça. Pour autant, il ne peut pas rester éternellement avec moi. Ou, pour être plus honnête avec moi-même, je ne veux pas qu'il reste avec moi.

Voyant que je ne réponds pas, le gosse se renfrogne et baisse la tête. J'aimerais pouvoir lui dire oui. Que tout est possible. Que demain sera un meilleur jour. Que tout finira par s'arranger et qu'il finira par trouver un vrai foyer. Je pourrais.

Horizons #1 - Sombre baladeDes histoires addictives. Découvrez maintenant