Chapitre 10 - #2

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Durant l'après-midi, nous accélérons la cadence sans faire une seule pause, notre objectif étant d'atteindre une ville ou un village pour la nuit. Pas question de dormir dehors avec le froid qu'il fait. La campagne continue de dérouler son paysage quasi identique. En lieu et place des champs entretenus par toute une batterie de véhicules et appareils tous plus sophistiqués les uns que les autres, des friches s'étendent à perte de vue, avec des bois revenus à l'état sauvage.

À quoi ressemblaient ces terres avant que l'Homme ne se les approprie ? Je serais curieuse de le savoir.

À la tombée de la nuit nous avons parcouru la moitié du chemin pour atteindre Boynes. Nous sommes tous éreintés par cette marche rapide qui succède à d'autres journées tout aussi pénibles si ce n'est plus. Pourtant nous avons bien encore une heure de route devant nous avant de pouvoir nous arrêter au prochain village. Du moins, c'est ce que le panneau que nous venons de croiser nous indique. Six kilomètres.

Que nous avalons tant bien que mal. Ed fait rapidement le tour des premières rues ; rien à signaler. Quelques maisons sont habitées, mais nous ne sommes pas là pour quémander à manger ou un gîte, nous ferons avec ce que nous trouverons. À savoir : un grand garage, plutôt bien isolé du froid. Le grand luxe.

Chacun s'étire et pose ses affaires dans un coin de la pièce. Camélia déniche un petit réchaud contenant encore du gaz dans une armoire. Nedj, chargé de ramener un peu de neige, revient avec une grande marmite en fonte. La jeune femme allume le réchaud et fait bouillir la neige avant de diluer un sachet qui lui donnera un goût de poulet et de pomme de terre.

En cœur nos estomacs gargouillent de faim en pensant au piètre repas qui nous attend : de l'eau chaude aromatisée avec du vermicelle ! En réalité, nous pourrions nous offrir un bien meilleur repas avec tout ce que nous transportons dans nos sacs, mais nous ne savons pas de quoi sera fait demain, alors sans avoir besoin de le dire chacun s'impose un rationnement strict. Un des B-A-BA du bon petit survivant.

Après avoir mangé en silence, Tidji s'isole dans un coin pour examiner sa plaie et s'assurer qu'elle ne s'infecte pas. Il a les traits tirés d'un homme rongé par la douleur et la peur. Si sa blessure cicatrise mal, il sera probablement obligé de se faire amputer la jambe. Et il pourrait bien ne pas y survivre. Je ne peux que comprendre son angoisse et, malheureusement, à part lui apporter réconfort avec quelques mots et lui filer nos antalgiques, nous ne pouvons pas faire grand-chose de plus.

De son côté, Jeremy reprend peu à peu du poil de la bête. À son âge on se remet vite et je suis sûre que bientôt ce ne sera qu'un vieux souvenir pour lui. Ayant passé la journée assis, le gamin bouillonne d'envie de se dégourdir les jambes, mais Tim lui refuse la permission de sortir. Vexé, il part bouder dans son coin en croisant les bras, avant de se raviser et de fouiller frénétiquement dans son sac.

C'est drôle, car malgré l'éclatement du groupe, chacun essaie de se raccrocher à des habitudes réconfortantes et tente de recréer la hiérarchie qui existait implicitement entre eux. Tim à la tête du groupe, bougon et intransigeant, Jeremy, le gosse aux yeux malicieux qui semble toujours préparer un mauvais tour. Khenzo, impassible et calme en toutes circonstances. Ed, l'homme à la tête brûlée qui aimerait foncer plus vite que tout le monde. Tidji, le rigolo de la bande qui aime bien se fendre la poire avec Jeremy. Nedj, mystérieux bien qu'il en pince visiblement pour Camélia. Et cette dernière, discrète, mais qui semble bien déterminée à veiller sur tout ce petit monde. Et moi... moi je n'ai rien à faire parmi eux. Je suis celle qui casse cette harmonie, exacerbe les tensions entre Tim et Khenzo, suscite la suspicion chez Ed et une adoration aveugle du plus jeune, à ses risques et périls.

Déçu de ne pas avoir obtenu gain de cause, Jeremy s'est rabattu sur son jeu de cartes qu'il sort fièrement de son joyeux bordel. Aussitôt, tout le monde se regroupe autour de lui. Khenzo se met avec Camélia et Nedj avec Tidji, afin de pouvoir jouer au tarot. La jeune femme me fait un signe de la tête pour m'inviter à les rejoindre, mais je décline poliment. Je n'ai pas envie de me mêler à eux. Ce n'est pas ma place.

Horizons #1 - Sombre baladeDes histoires addictives. Découvrez maintenant