Chapitre 11 - #3

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Le ciel, qui était déjà menaçant, s'assombrit d'un coup et une pluie fine et glacée commence à tomber sur la place. Bien que les nuages se teintent de noir, le soleil persiste à éclairer la terre d'une étrange luminosité qui donne un air lugubre à notre environnement. Cette place déserte me donne la chair de poule.

Une fois sortie de ma contemplation, je lance les clés à Nedj qui s'empresse de monter dans le véhicule pour le démarrer, tandis qu'Ed glisse l'équivalent de mille-cinq-cents YES dans l'une des poches de mon sac. Jetant un dernier regard autour de moi, je remonte le col de mon manteau et souffle sur mes mains pour les réchauffer, avant de suivre les autres qui se dirigent vers la voiture.

Ed, Camélia et Tim s'installent devant aux côtés de Nedj, sur la grande banquette en cuir et en tissu. Avec Tidji, Jeremy et Khenzo, je monte à l'arrière. Les deux banquettes longent les parois de la voiture et elles ont l'air aussi confortables que celle à l'avant. Tidji prend celle de droite, pour allonger sa jambe et soulager la douleur qui le tenaille depuis l'aube. Avec Jeremy et Khenzo nous nous asseyons en face.

Le môme tourne la tête de tous les côtés, touchant tout ce qui peut lui passer sous la main pour assouvir sa curiosité. Je remarque alors que le toit possède un système mécanique qui permet de le plier ou le déplier à volonté. Malgré la finesse de la tôle, nous sommes parfaitement isolés du froid et nous savourons ce luxe avec délice, à mesure que le chauffage se répand dans l'habitacle.

Jeremy découvre quatre jerricanes d'essence sous les banquettes, deux panneaux solaires de rechange, une batterie et deux roues neuves. Je comprends qu'il ait eu les trois mille en travers de la gorge. Mais ce n'est plus notre problème.

Nous quittons enfin la place à la fontaine délabrée pour nous enfoncer à travers les rues de la ville, ou du moins de ce qu'il en reste. Car à part l'ossature de certains immeubles, tout semble avoir été propulsé dans tous les sens. Les rues n'ont plus de sens logique. Il nous arrive par moment de passer au milieu de ce qu'était une ancienne salle de bain, ou alors au milieu de bureaux et de bibliothèques moisissant. Par moment je crois apercevoir des formes humaines se détacher de cet ensemble chaotique. Peut-être le fruit de mon imagination... Et en musique de fond cette éternelle question : comment a-t-on pu en arriver là ?

Certaines villes ont été entièrement rasées, d'autres tiennent encore debout et sont assaillies par les survivants, alimentant alors de nouvelles guerres de territoire. Quelques villages subsistent tranquillement, mais la vie y est rude. Ce pays ne semble plus avoir grand-chose de merveilleux à nous offrir aujourd'hui.

Les énormes suspensions de la voiture me font oublier les routes cabossées et presque inexistantes. Je m'installe plus confortablement sur la banquette, dans l'angle entre la paroi de gauche et la portière arrière, puis je ramène mes jambes pour pouvoir fixer le ciel de plus en plus noir par la fenêtre. L'orage ne devrait pas tarder à éclater. Je ferme les yeux et me laisse bercer par le bruit du moteur et les rires de Jeremy et Nedj qui se racontent des blagues.

La musique me réveille en sursaut. Ed essaie de régler l'autoradio, mais toutes les fréquences sont brouillées hormis une, qui émet de Paris et qui est bien évidemment contrôlée par le NGPP. Il décide donc de mettre sa propre musique qu'il stocke sur un vieil iPod qu'il a déniché tout à fait par hasard. Cette technologie date de Mathusalem, mais bon, tant que ça marche...

Un son du passé s'élève alors des basses. Le poète noir et sa Lettre à la République. Majestueux et tellement d'actualité. À côté de moi Khenzo se réveille aussi en clignant des yeux. En face, Tidji dort à poings fermés. Une fine pellicule de sueur recouvre son front. Il faut espérer que sa plaie ne s'infecte pas et que son organisme sera suffisamment résistant pour surmonter cette épreuve. Penché sur la banquette avant, Jeremy bavarde avec Ed des possibles améliorations à apporter à leur matériel. Tim et Camélia restent silencieux, tout comme Nedj, concentré sur sa conduite.

Horizons #1 - Sombre baladeDes histoires addictives. Découvrez maintenant