Un à un, je tire les miens dans leur caveau. Chienne de vie. J'aurai ta putain de peau, je te le promets.
Maman porte le même pantalon de velours couleur pêche que la dernière fois que je l'ai vue. Ses bottes ont souffert, le cuir usé est même troué par endroits. Mais son visage... même dans la mort, même après avoir perdu son teint rosé et son sourire bienveillant, elle reste belle. Elle restera toujours belle. L'image que je veux garder d'elle n'est pas celle que je vois aujourd'hui. Non, je veux me la rappeler riant aux éclats devant les pitreries de mon père.
Papa a gardé sa tenue habituelle ; son manteau de cuir lourd, un pull marron troué près du col, un jean délavé et ses rangers. Son visage exprime la souffrance et la peur. La première et dernière fois que je verrai ça chez lui... Sa langue gonflée qui ressort de sa bouche, les yeux tuméfiés... ce ne peut pas être mon père. Le Colonel ne connaît ni souffrances ni peurs.
À côté de lui, Sarah paraît fluette dans sa robe violette. Papa et maman avaient dû se résigner à ce qu'elle continue de la porter après la Rupture. Du Sarah tout craché. Peu importe les circonstances, il fallait qu'elle soit jolie, comme ses idoles dans les magazines. Un étrange mélange avec ses désirs de sauver les baleines et de vouloir faire comprendre aux terroristes que la paix, c'est bien aussi. Oui, au fond les méchants ils ont forcément une part de gentillesse. Sarah... ma petite sœur...
Et Samuel...
Perdue dans mes pensées, je n'ai rien vu venir lorsqu'une quinzaine de soldats du NGPP nous tombent dessus, armes aux poings. Encore ces fumiers ?! Putain, ils ne perdent rien pour attendre ces enfoirés. Ils ne savent pas ce qui les attend quand je suis en colère. Et là, je suis plus qu'en colère. Contempler le cadavre de mon petit frère qui n'a que cinq ans... cinq ans putain !!
Ces chiens vont en prendre plein la gueule ! Je vais arracher leur sourire victorieux à coup de balles dans la tête et de lames dans les tripes !
Leur chef marche en tête, tranquillement, nous tenant en joue et balançant des ordres qui n'arrivent pas à mes oreilles. Quoi que ces bâtards aient à dire, cela ne m'intéresse pas. Je vais leur trouer la peau jusqu'au dernier. Les saigner à blanc comme les porcs qu'ils sont !
Devant moi, Ed, Tim et Khenzo ont empoigné leurs fusils d'assaut et, debout, campés dans la neige, les vêtements humides à force d'avoir traîné des corps, visent les soldats. Sur la gauche, Nedj et Camélia se sont abrités derrière un banc, enlevant le cran de sécurité de leurs armes de poing, leurs AK-77 étant restés plus loin d'eux. Sur la droite Jeremy et Tidji sont planqués derrière un muret. Le môme a un sourire crispé et je l'imagine osciller entre excitation et peur devant le danger approchant.
Le chef de l'unité nous ordonne de lâcher nos armes et de nous rendre sans histoire, un air de satisfaction sur le visage. Ils sont plus nombreux que nous, bien armés et bien équipés. Que risquent-ils ? Mais voyant qu'aucun d'entre nous ne semble décidé à baisser les armes, son sourire disparaît aussitôt et une lueur d'incompréhension traverse son regard. Pourquoi ne se rendent-ils pas ? Mec, tu vas bientôt le savoir et tu ne vas pas être déçu du déplacement.
Ils ne sont plus qu'à une dizaine de mètres de nous et tandis qu'ils continuent de brailler comme des porcelets, Tim tire une rafale qui touche au moins trois soldats. Surpris, ces derniers ont à peine le temps de réagir que, d'un coup, le chaos s'empare des lieux déjà ravagés d'un précédent carnage. Ça tire, ça hurle, ça s'écroule, ça se jette derrière des troncs d'arbres, des bancs et des murets. Et ça meurt. Il est temps d'entrer en jeu et de fumer ces connards pour de bon.
La dernière chose qui me marquera vraiment l'esprit, c'est Tim, se jetant sur Khenzo pour lui éviter une mort certaine, au risque d'y laisser lui-même la peau. Un sacrifice qui l'honore, je dois le reconnaître. Après ça, je décide de les contourner par la droite en m'accroupissant pour ne pas être vue. Au moment de passer devant Tidji, je le vois qui tente tant bien que mal d'empêcher Jeremy de foncer tête baissée dans la bataille, tout en tirant au hasard au-dessus de sa tête. Dans un autre contexte, je serais probablement allée botter le derrière du mioche pour qu'il se tienne à carreau, mais pas cette fois.
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Horizons #1 - Sombre balade
Bilim Kurgu-- Résumé -- 2107. Deux ans plus tôt, le monde est dévasté de façon brutale et soudaine. Aujourd'hui, il ne reste plus que des ruines, de la poussière et des cadavres. Les rares rescapés tentent de subsister, tiraillés entre les milices locales et l...
