Chapitre 8 - #3

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En silence, nous reprenons notre marche. La campagne alentour est couverte d'un épais manteau blanc. Il n'a pas neigé depuis cette nuit, mais le ciel est resté couvert et les températures n'ont pas franchi la barre du zéro. Et je doute que la météo s'améliore dans les jours qui viennent.

Marcher nous réchauffe à peine. Mes mitaines ne sont pas assez chaudes, et régulièrement je frictionne mes doigts engourdis pour faire circuler le sang. J'ai beau m'enfouir le visage dans l'écharpe, mon nez n'est pas plus épargné par l'air glacial qui s'insinue partout. Mes pieds aussi sont gelés, malgré mes grosses chaussettes en laine et mes rangers étanches. Seul mon manteau de cuir fourré en laine me protège réellement du froid.

Dans l'histoire, je suis quand même la mieux lotie de nous deux. Jeremy est seulement chaussé de baskets en toile, ses gants sont bien trop fins et troués, et son écharpe est dans le même état. Même son manteau n'a pas l'air bien épais. Pourtant il ne se plaint pas de la journée.

Tandis que nous partageons un frugal repas le midi, je décide d'en savoir un peu plus sur lui :

— D'où tu viens ?

Le gamin lève un regard morne sur moi.

— Qu'est-ce que ça peut faire, d'où je viens ? C'est là où je vais qui compte, non ?

— Tu marques un bon point, répliqué-je, amusée par la justesse de sa répartie.

Néanmoins, je décide d'insister un peu.

— Qu'est devenue ta famille ?

Jeremy hausse les épaules et vérifie son paquetage. Il est temps de se remettre en route.

— Si tu ne veux pas parler, ça me va aussi.

Pendant deux bonnes heures, le gosse garde le silence, le visage fermé et les lèvres pincées. Néanmoins nous gardons une bonne cadence et du coin de l'œil je l'observe braver le froid en serrant les dents. Il une certaine forme de courage, je dois le reconnaître.

— Je ne sais pas ce que sont devenus mes parents. Ni ma sœur. Ni mes grands-parents. Ni mes oncles et tantes. Ni mes cousins.

J'attends qu'il reprenne la parole, me contentant de faire un pas de côté pour me rapprocher un peu de lui.

— Je devais dormir chez un copain, le soir de la Rupture, reprend-il d'une voix toujours égale. Et quand je suis retourné chez moi, il n'y avait plus personne. Les parents de David voulaient que je reste avec eux, mais moi j'avais envie de les retrouver. Je pouvais pas croire qu'ils étaient partis sans moi. Pourtant...

— Ils sont sûrement partis à ta recherche également, non ?

— Ils savaient très bien où j'étais ce soir-là, réplique-t-il avec amertume. Et pourtant ils ne se sont jamais pointés chez David.

— Il leur est peut-être arrivé quelque chose dans ce cas ? demandé-je doucement.

— J'en sais rien, même si c'est finalement la version que je préfèrerais. Mais bon, les valises n'étaient plus là et une partie de leurs affaires avait disparu.

— Je ne peux pas croire qu'ils t'aient abandonné comme ça. Et les voisins, que t'ont-ils dit ?

Jeremy me lance un regard noir.

— Qu'est-ce que tu crois ? Pendant des semaines je les ai cherchés partout. Je suis même allé chez ma tante, mais pareil, il n'y avait plus personne. Leur quartier avait été mis à sac par la guérilla.

Je garde le silence.

— C'est pour ça qu'on s'en fiche d'où je viens. Ce qui compte c'est où je vais. C'était fun avec Tim au départ, mais depuis qu'on a eu plusieurs morts dans l'équipe il n'est plus le même.

Horizons #1 - Sombre baladeDes histoires addictives. Découvrez maintenant