Chapitre 11 - #2

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Une énorme voiture de couleur noire mate – qui semble être à mi-chemin entre un Crossover et un utilitaire aménagé pour le transport de personnes – déboule à toute vitesse sur la place, suivie de près par une moto. Les deux engins s'arrêtent à quelques mètres de nous, en un dérapage spectaculaire et poussiéreux. Nerveux, nous échangeons un regard entendu. Au moindre geste suspect, nous ferons feu. Déjà Camélia sort doucement le Glock de son holster, tandis qu'Ed retire la sécurité de son Colt. Modèle 1911, si je ne me trompe pas.

Dans un bruissement de vêtement, l'homme perché sur la moto descend pour s'avancer vers nous. Très imposante, sa stature serait digne des meilleurs Marines des USA. Un béret vert couché sur la droite, sur lequel est épinglé un insigne étincelant, recouvre son crâne rasé de près. Son visage balafré de long en large aux reflets chocolat lui donne un air sinistre, accentué par les mouvements saccadés de ses mandibules, tandis que ses bras nus tatoués, roulant des mécaniques, luisent sous la pâle lueur du jour. Sur son torse bombé, un bataillon de chaînes en argent ornées de plaques militaires se balance au rythme de sa démarche chaloupée. Un pantalon en toile verte et des rangers ayant bien vécu couronnent la panoplie du parfait dur à cuire. Sur sa hanche une mitraillette à baïonnette d'un autre âge bat le tempo. Et c'est d'un geste presque théâtral qu'il s'arrête devant nous avec un sourire à faire pâlir un mort.

Un long frisson me parcourt l'échine. Je préférerais ne pas avoir à me battre avec un animal de son acabit. Et à en juger les expressions qui se peignent sur le visage des autres, ils partagent le même avis que moi.

La porte côté conducteur du véhicule s'ouvre et un deuxième homme fait alors son apparition. Plus fin de carrure que son acolyte, il est également chauve avec un grand tatouage d'aigle sur le front. Il porte un lourd manteau noir en cuir qui le couvre jusqu'à mi-mollet. Des lunettes de soleil masquent son regard et son menton pointu darde dans notre direction. Ses bottes métalliques claquent sur le sol et résonnent au-dessus de nos têtes, jusqu'à ce qu'il s'arrête à la hauteur de Nedj.

Sa voix grave s'élève dans l'air glacial, mettant fin au silence pesant qui s'est installé :

— Alors cousin. Quoi de neuf ?

— C'est celle-là ? demande Nedj d'un ton impassible en pointant du doigt la voiture.

— Ouais mon frère. Elle est à toi... et aux autres, déclare-t-il en nous regardant par-dessus ses lunettes noires.

Ses yeux sont aussi pâles que le ciel. Ils font la paire ces deux-là.

L'homme fait le tour du petit groupe que nous formons, s'attarde devant Camélia pour la reluquer, puis s'arrête devant Jeremy.

— T'as quel âge, gamin ?

— Quatorze.

Malgré la tension palpable, le môme garde son aplomb et bombe le torse fièrement, sourire en coin.

— Depuis quand t'engages des mioches, Nedj ?

— Laisse-le tranquille, Neil. C'est un bon gamin. Et puis je n'ai engagé personne.

À ces mots, le dénommé Neil se retourne vers Nedj et le foudroie du regard.

— Tu sais pourtant bien que je ne traite qu'avec les responsables et non avec les sous-hommes, rétorque-t-il d'un ton cinglant.

Nedj serre les dents, retenant une réplique acerbe.

— C'est... t'as qu'à voir ça avec Xalyah, lâche-t-il au bout d'un moment.

— Qui ça ?

À mon tour je foudroie Nedj du regard. Il n'a jamais été question que je sois responsable de qui que ce soit ici. Mais pour ne pas empirer la situation, je fais un pas en avant. Neil me détaille des pieds à la tête et s'avance vers moi.

Horizons #1 - Sombre baladeDes histoires addictives. Découvrez maintenant