Les kilomètres, je les avale d'une traite, sans m'arrêter, avec juste un regard de temps en temps par-dessus mon épaule pour m'assurer que Jeremy est toujours là. Idiote ! Comment voudrais-tu qu'il ne soit plus là dans son état ! Tout ça, c'est de ta faute. J'ai bien senti que ce gamin avait une foi inébranlable en moi – ce que je ne comprends d'ailleurs toujours pas – et je l'ai mis en danger en le poussant bien au-delà de ses limites.
J'ai pédalé toute l'après-midi avec trois pensées en tête. Celle de fuir, celle de me trouver idiote et celle, ancrée plus profondément en moi, de retrouver les miens. Ma finalité se trouve bel et bien dans cette dernière pensée. Un grognement sourd finit par me sortir de cette étrange torpeur qui s'est emparée de moi. Je freine net et saute à terre.
— Jeremy !
— On est où ? demande-t-il d'une voix faible.
— Loin de cette ville, je te le promets.
Le gamin se frotte les paupières et esquisse une vilaine grimace. Je l'aide à se redresser et le force à boire quelques gorgées d'eau. Il est en sueur, les yeux rougis et l'hématome sur le côté de sa tête a pris une couleur violacée.
— Je fais si peur que ça ?
Je ne me suis pas rendu compte que je le dévisage avec insistance et un peu d'inquiétude, aussi je prends une attitude plus neutre et m'affuble d'un sourire aimable.
— Je suis désolée que tu aies eu à subir ça.
— Tu n'y es pour rien ! s'exclame-t-il avec vigueur. C'était... Comment as-tu su qu'il t'obéirait ?
Je hausse les épaules :
— À l'instinct, je ne sais pas trop... Sur le coup, je me suis dit que c'était ça qu'il fallait faire.
— J'aimerais bien avoir le même courage que toi.
Son adulation commence à sérieusement m'effrayer.
— Ce n'est pas du courage ça, Jeremy ! réprimé-je avec plus de véhémence. C'est de la connerie. Faire un pari ne demande aucun courage. Vu ton état, tu aurais pu y rester et nous avons eu de la chance de tomber sur un trouillard de première, sans quoi nous pourririons six pieds sous terre à l'heure qu'il est !
La mine du gosse s'assombrit et il rentre les épaules. Que pourrais-je dire de plus ? Rien. Nous avons fait le tour de la question. Et il est vraiment temps que je m'éloigne de lui. Ce que je vois de moi à travers ses yeux me fait peur. L'image qu'il me renvoie ne ressemble plus en rien à celle que j'ai pu être. La Xalyah d'autrefois est vraiment morte là-bas...
J'enlève mon manteau pour le mettre sur les épaules de Jeremy qui tremble de fièvre et nous nous remettons en route. Le cœur encore plus lourd que tout à l'heure, je nous fais avancer aussi vite que possible.
Derrière moi le gamin s'est assoupi et de temps en temps, un ronflement s'échappe de sa gorge.
À mesure que le temps passe, le ciel se couvre en même temps que le soleil franchit la ligne d'horizon. Les bourrasques de vent se font plus violentes et plus glaciales, si bien que je finis par avoir l'impression que mille aiguilles me transpercent le visage dans le seul but d'en figer le moindre muscle.
Au prochain hameau, je m'arrête. Je suis fatiguée, morose et n'ai qu'une envie : manger et dormir.
Les mollets en feu, je continue de pédaler dans la nuit pendant une grosse demi-heure, avant d'apercevoir la silhouette d'une bâtisse émerger du sol, à la faible lueur de la lune. Là, ce sera très bien. Je ne demande rien de plus que quatre murs et un toit pour nous protéger du sale temps et de quoi faire un feu pour nous réchauffer les os.
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Horizons #1 - Sombre balade
Science-Fiction-- Résumé -- 2107. Deux ans plus tôt, le monde est dévasté de façon brutale et soudaine. Aujourd'hui, il ne reste plus que des ruines, de la poussière et des cadavres. Les rares rescapés tentent de subsister, tiraillés entre les milices locales et l...
