Chapitre 2 - #10

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— C'est vraiment Tim qui dirige votre groupe ?

— Oui. Pourquoi cette question ? demande-t-il d'un air surpris.

— Ce n'est pas vraiment la sensation que j'ai eue tout à l'heure.

— Je te déconseille de lui tenir tête comme je l'ai fait, reprend-il sur un ton plus sec. Il serait capable de te tuer.

— Qu'il essaie, je l'attends de pied ferme.

— Il n'essaiera pas, il le fera.

Il paraît bien sûr de lui. La curiosité me pousse à poser quelques questions sur leur relation.

— Qui est-il exactement pour toi ?

Le jeune homme se détend un peu et lâche un soupir :

— Plus qu'un simple chef de groupe, c'est certain. Par moments, j'ai l'impression que je pourrais presque le considérer comme un père.

— Et lui te considère comme son fils ?

— Je ne sais pas trop... peut-être. En tout cas, il ne laisserait personne d'autre lui parler sur ce ton. Tim aime avoir le contrôle de la situation et, d'après lui, les sentiments sont une entrave au bon exercice de sa fonction. C'est quelqu'un de bien, malgré son air d'ours mal léché, et je sais que, s'il le fallait, il n'hésiterait pas à donner sa vie pour sauver n'importe lequel d'entre nous.

Je me demande si Tim a perdu un fils ressemblant plus ou moins à Khenzo. Cela expliquerait son indulgence vis-à-vis du jeune homme. Ce dernier a clairement remis en question son autorité, et ce devant tout le monde. Or un leader qui ne se fait pas respecter, ça donne rarement quelque chose de bien, sauf que le groupe a l'air de bien fonctionner.

J'observe discrètement les compagnons de mon interlocuteur. Même s'ils paraissent détendus, je surprends quelques regards soupçonneux à mon égard. Et je les comprends. Ils n'ont aucune garantie sur mes intentions, si ce n'est ma parole et celle de Khenzo qui a – je ne sais pas vraiment pourquoi – décidé de me faire confiance. C'est peu. Je ne peux pas en vouloir à Tim d'être méfiant.

L'homme assis à mes côtés est retourné dans son mutisme. Il fixe le sol entre ses pieds, perdu dans ses pensées. Camélia, quant à elle, s'est à nouveau assoupie, serrant le bras de son épaule blessée contre sa poitrine.

De manière générale, elle et ses compagnons portent tous des vêtements usés, déchirés, rapiécés. Quelques pièces renforcées, en cuir rembourré ou en métal, protègent leurs genoux, leurs coudes ou leurs épaules. Par exemple, Camélia s'est confectionné de petites épaulettes en cuir et en fer maintenues par un système un peu bizarre, fait de sangles et de boucles. Malheureusement pour la jeune femme, la balle a trouvé une trajectoire évitant la protection pour aller se loger juste à côté du passage de la sangle.

J'examine un peu plus attentivement leur équipement : quelques fusils d'assaut dernier cri, un large panel de semi-automatiques de la gamme HK, des couteaux en veux-tu, en voilà... Je crois même distinguer des brouilleurs de trace thermique au pied d'un baril, mais ils ont l'air endommagés et inactifs. La patrouille du NGPP a sûrement dû déclencher une mini-bombe à impulsion électromagnétique – plus couramment appelée bombe IEM – pour détruire leur matériel. Ce serait bien leur genre.

Alors que je continue mon petit repérage, le plus jeune du groupe se lève et vient s'asseoir quelques mètres plus loin, en face de moi. Khenzo me glisse à l'oreille qu'il s'appelle Jeremy. Un blondinet en pleine croissance, avec un bandana noir dans ses cheveux en pétard, l'œil pétillant et un sourire espiègle au coin des lèvres. Sa bouille, encore juvénile, m'est plutôt sympathique.

— Alors comme ça, tu as aidé Khenzo en tuant dix soldats du NGPP ?

Je jette un regard interrogateur à mon voisin qui hausse les épaules en guise de réponse.

— Pourquoi ?

— Il paraît que tu les as descendus en moins d'une minute... J'aurais voulu voir ça ! ajoute-t-il en mimant les tirs avec sa main d'une façon théâtrale.

Jeremy se roule au sol et continue à imiter une scène de fusillade. Putain. Je crois rêver... Ce gosse n'a que quinze ans et déjà il glorifie la mise à mort comme si ce n'était qu'un jeu. Mais merde ! Quand les gens meurent, ils ne sont pas reset au dernier checkpoint. Ils pourrissent à l'air libre ou six pieds sous terre. Sans parler de leurs visages qui viennent nous hanter, la nuit, pour nous rappeler nos crimes. Car il s'agit bien de cela. J'ai tué ces hommes. Froidement.

À la fois furieuse et triste, j'endosse le rôle de la moralisatrice :

— C'est exact, mais cela n'a rien d'admirable de tuer.

Jeremy fait la moue et passe une main dans ses cheveux, blonds comme les blés, pour les ébouriffer.

— As-tu déjà pointé une arme sur quelqu'un ? reprends-je.

— Euh... non. Mon domaine, c'est plutôt le matériel de soutien et la mécanique, répond-il d'un ton enjoué.

— Alors débrouille-toi pour le faire le plus tard possible, sinon tu risques de te retrouver dans le même état que lui.

Le gamin regarde le cadavre que je montre du menton, avec la plus grande indifférence.

— S'il est mort, c'est qu'il ne savait pas se battre, déclare-t-il de but en blanc.

— Redis ça encore une fois et tu peux être sûr qu'on ne t'emmènera plus jamais avec nous, le menace Khenzo.

La voix du jeune homme paraît calme, mais je sens la tension monter d'un cran. Jeremy lève son majeur d'un air dédaigneux. Décidément, entre lui et Tim, je vais finir par croire qu'ils ont tous un sale caractère, ici. Khenzo se relâche aussitôt et réprime un sourire indulgent devant l'attitude puérile de l'adolescent.

— Et toi Xalyah, que fais-tu dans le coin ?

Ignorant la question, je continue d'observer Jeremy. Il ne faut pas plus de trente secondes pour que son attention ne soit captée par autre chose. Il se lève d'un bond et se précipite vers son sac, qu'il se met à fouiller sauvagement, avant d'examiner un appareil détruit par le NGPP sous toutes ses coutures. Je jette un œil à mon voisin.

— Que fait ce gamin avec vous ? Il est trop jeune pour faire partie d'une patrouille.

— Il n'y a pas d'âge pour affronter la mort, répond Khenzo, qui semble un peu agacé par mon ton tranchant.

— Tu parles d'une raison !

Il me considère un instant, puis, après avoir lâché un soupir, adopte une attitude plus amicale :

— D'accord, c'était stupide de ma part de dire ça... Pour être honnête, Tim préfère le garder à l'œil. Il serait capable de nous suivre si on ne l'emmenait pas avec nous, alors il vaut mieux l'avoir sous la main. Et, crois-moi, ce gosse est loin d'être sans ressources. Il pourrait t'étonner. Mais tu n'as pas répondu à ma question, reprend-il après un moment de silence.

— Je poursuis ma route.

— Et où mène-t-elle, ta « route » ? insiste-t-il doucement.

Horizons #1 - Sombre baladeDes histoires addictives. Découvrez maintenant