Chapitre 7 - #1

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Je me réveille en sursaut, le cœur battant à tout rompre. Un goût de sang me monte à la bouche et de violentes nausées m'assaillent. Je passe une main sous mon t-shirt pour palper la fine cicatrice.

— Ça va Xalyah ?

Nedj ! Assis en face de moi, son sac entre les jambes, il me regarde d'un air bizarre. Prestement, je retire ma main et me lève en m'ébouriffant les cheveux.

— Oui, oui, ça va. Merci.

La plupart des membres du groupe sont déjà debout, certains rassemblent leurs affaires, d'autres déjeunent devant le réchaud dans la pièce principale. Mais personne ne parle. L'atmosphère est pesante, si bien que je me hâte à mon tour de me préparer. Je pioche un abricot sec dans mon sac, que j'avale presque tout rond avec une gorgée d'eau, avant de filer dans la salle d'eau. Après une rapide toilette, un brossage de dents expéditif et un coup de peigne dans les cheveux, je ressors de la pièce, mon sac sur le dos, mon HK-720 en bandoulière et mes autres armes rangées dans leurs étuis, prête à partir.

Au milieu du tunnel, je trouve Khenzo, en compagnie du gamin, et à ma grande surprise Tidji, Camélia, Nedj, Ed, et... Tim l'accompagnent également. Les autres s'en iront un peu plus tard, pour suivre leur propre route.

Les adieux sont brefs, presque secs, mais derrière ces gestes en apparence froids, je perçois une vive émotion et je m'en sens en grande partie responsable. Cela faisait des mois qu'ils vivaient ensemble et se protégeaient mutuellement. Je sais ce que ça fait, je sais quels liens on finit par tisser avec nos camarades de survie ; ils deviennent notre nouvelle famille, des membres sur qui l'on peut compter et qui peuvent compter sur nous, quoi qu'il arrive.

Je m'en veux, mais j'en veux aussi à Khenzo. Il n'était pas obligé d'imposer ce choix à son groupe. D'une certaine façon, son attitude est égoïste. Ou bien c'est la mienne. Je ne sais plus trop. Oh et puis merde ! Qu'ils aillent se faire foutre, lui et les autres. Ils sont suffisamment grands pour faire leurs propres choix. Nous partagerons la même route, mais ça s'arrêtera là.

Je passe devant eux sans dire un mot, prenant la direction de la sortie. Tim m'adresse un regard furibond au passage. Il n'a pas pu se résoudre à se séparer de Khenzo, mais il tient à me faire comprendre que la situation ne lui convient absolument pas. Je hausse les épaules et poursuis mon chemin. Du coin de l'œil, je vois le jeune homme poser une main sur l'épaule de son aîné pour l'apaiser. Le quinquagénaire soupire, avant de lui emboîter le pas d'un air résigné.

Je décide d'emprunter une autre sortie que celle utilisée par Max et ses hommes, si bien que nous ne croisons absolument personne dans les galeries. Quelques objets abandonnés traînent, par-ci, par-là, laissant une vague impression de fuite précipitée. Ce qui n'est pas le cas. Que Max soit un gros con, car il n'avait pas de réelle raison de virer Tim et son groupe, d'accord, mais je dois reconnaître qu'il a un sacré sens de l'organisation, car l'évacuation s'est déroulée sans débordements majeurs. Quelques bagarres et quelques bleus, mais rien de plus. Il sait diriger ses hommes d'une main de fer pour maintenir l'ordre au sein de sa communauté. Et par ces temps chaotiques, cela relève presque d'une mission impossible.

Pour l'instant, nous restons silencieux et marchons les uns à la suite des autres, déambulant comme une colonne fantomatique, à travers des couloirs sombres qui ne seront bientôt plus qu'un vague souvenir. Comme je suis en tête, je ne vois pas les visages de mes compagnons imposés, mais je devine ce qu'ils peuvent ressentir en foulant pour la dernière fois le sol de ce qui fut, un temps, leur maison. Je suis furieuse de devoir partager ma route avec eux, car ce n'est pas ce que j'avais prévu, mais leur tristesse mal dissimulée tempère un peu ma colère.

Alors que nous émergeons enfin des galeries souterraines, par une grille cachée derrière deux gros containers à poubelles, l'air matinal nous cueille vivement. Un paysage désolé recouvert par cinq centimètres de poudreuse nous attend, tandis que les premiers rayons du soleil percent avec la plus grande peine l'épais ciel gris qui recouvre la ville. L'hiver est enfin arrivé et il promet d'être particulièrement rude.

Pendant que les autres s'emmitouflent avec des vêtements plus chauds, je sors mon Mémo et calcule notre itinéraire pour rejoindre Orléans. Il m'indique vingt-huit heures de marche pour atteindre cette ville, mais si le temps ne s'arrange pas un peu, il nous en faudra plus que ça. Pour le moment, notre premier objectif est Villeneuve-les-Bordes. Nous devrions y être en fin d'après-midi, pour nous trouver un refuge afin d'y passer la nuit et reprendre des forces. Marcher dans le froid requiert plus de ressources, même en terrain relativement plat, l'objectif étant d'arriver en un seul morceau et en bonne santé à Orléans.

Nous entamons notre première journée de marche sous un vent glacial, ponctuée de temps en temps par quelques flocons. Même si le fait de nous éloigner progressivement de Paris nous assure de croiser moins de membres du NGPP ou de l'IPOC, nous avançons avec prudence. L'un de nous progresse en éclaireur, s'assurant que la voie est libre et les derniers couvrent nos traces pour protéger nos arrières.

Pour le moment, c'est moi qui suis en tête, marchant vers l'ouest d'un pas souple et énergique. Mon détecteur de présence n'indique aucun danger à proximité, et j'ai une furieuse envie de courir pour rejoindre les miens. Mais je dois garantir aux autres que nous ne risquons rien. J'aurais préféré me la jouer en solo, mais le fait est que nous sommes huit ; ça change bien des choses pour progresser. Mes bonnes résolutions n'auront pas tenu très longtemps.

Rassurée par ce que je vois sur l'écran de mon appareil, je l'éteins et le range dans mon sac. Dans ce coin, il y a moins de risque de tomber sur une unité en patrouille et, a priori, aucune ne se trouve dans le secteur pour l'instant. S'il est courant de voir des escouades du New Generation Political Party sillonner les villes dans un rayon de cinquante kilomètres autour des chantiers du mur de la grande couronne, au-delà, c'est déjà plus rare.

Il existe quelques avant-postes, comme à côté de Provins, par exemple, mais les unités présentes sur place se limitent à leur mission principale : assurer le contrôle de la région et éviter que des milices armées ne viennent y faire la loi. Pas de patrouille inutile, car au-delà du périmètre sécurisé, la population se rassemble de temps en temps pour mener des raids ou tendre une embuscade aux soldats.

J'ai envie de dire : tant mieux. Sauf que ça ne dure jamais bien longtemps. Même en ces temps si durs, les gens ne sont pas capables de s'entendre pour un objectif commun. Rapidement, les ego refont surface, les rivalités s'exacerbent et les groupes éclatent. Chacun pour soi. C'est la seule loi qui règne finalement.

Pourtant, nous aurions tout un tas de raison de nous rassembler. Car, au fond, nous menons tous le même combat.

À l'intérieur des murs de la petite couronne, seuls les membres du NGPP et les plus fervents partisans peuvent circuler librement. Les autres sont, soit morts, soit détenus sous haute surveillance, à l'abri des regards indiscrets. Même si ce n'est un secret pour personne, cela ferait désordre d'exposer en plein jour les multiples tortures et expériences qu'ils pratiquent sur leurs opposants.

Quand je pense à ceux qui croupissent dans les sous-sols de Paris, je ne peux m'empêcher de frissonner. Voilà ce qui nous attend, si nous ne réagissons pas rapidement.

Horizons #1 - Sombre baladeDes histoires addictives. Découvrez maintenant