Chapitre 13 - #5

39 1 0
                                        


L'étreinte des ténèbres faiblit légèrement, me laissant hagarde. Autour de moi, je ne sens rien. Ni sols, ni plafonds, ni murs. Le néant. Comme une impression de déjà-vu...

Respire bordel !

Baboum...

L'obscurité se fait plus forte, comme si elle tentait de reprendre le dessus sur ce vide étrange. Va chier bordel !

Baboum...

Tu as une vengeance à accomplir ! Et pour ça tu dois vivre !

Baboum...

Allez, respire, merde !!

Je crache de l'eau en hoquetant. Quelqu'un me soutient par les épaules pour me redresser. Je veux prendre une grande inspiration, mais l'air n'atteint pas mes poumons et je me retrouve à vomir toute l'eau que j'ai ingurgitée. Quelle affreuse sensation.

— C'est fini. Tout va bien.

Cette voix... Putain qu'est-ce qu'il fait là ? J'ouvre les yeux pour croiser le regard inquiet de Khenzo. Trempé et transi de froid, il est agenouillé à côté de moi et me tient toujours par les épaules. Qu'est-ce qu'il fait là, bordel ? Je ferme les yeux, laisse rouler ma tête sur l'épaule de celui à qui je dois probablement la vie aujourd'hui.

Je me sens à bout de force ; terriblement triste. Des larmes coulent en silence le long de mes joues. J'ai déjà éprouvé cette souffrance il y a bien longtemps. Ce désespoir qui vous prend aux tripes quand ceux que vous aimez s'en vont. Je ne pensais pas ressentir cette douleur aussi vite. Je pensais avoir le temps. Connerie. Le temps est notre ennemi à tous. Aujourd'hui une nouvelle partie de mon cœur s'effrite pour partir avec les miens. Mon frère... mon frère n'avait que cinq ans. Chienne de vie. Qu'a-t-il fait pour mériter un tel sort ?

Secouée de sanglots silencieux, je laisse libre cours à mon chagrin. Khenzo passe une main dans mes cheveux mouillés, mais ne dit rien.

Une bise glaciale se lève et s'immisce à travers nos vêtements gorgés d'eau. Mon compagnon resserre un peu plus son étreinte, mais nous ne pouvons raisonnablement pas rester plus longtemps ici, à subir les morsures de ce froid grandissant.

D'une main tremblante, j'essuie mes larmes et m'agrippe au cou de Khenzo. Ce dernier passe un bras autour de ma taille pour m'aider à me relever. Une douleur fulgurante me transperce l'abdomen. Mon visage se crispe et j'attends que mon compagnon s'éloigne un peu pour écarter discrètement un pan de mon manteau ; en plus des nombreuses coupures qui recouvrent mon corps, une balle s'est logée dans mon flanc gauche. Pour le moment, le fait d'être en hypothermie limite l'écoulement du sang et seuls quelques filets rougeâtres dégoulinent le long de ma jambe.

Je rabats mon manteau et m'appuie sur Khenzo qui me tend la main pour marcher. On verra ça plus tard. Parons au plus pressé.

Le froid nous fait trembler des pieds à la tête et nous avançons difficilement dans les décombres du bâtiment le plus proche pour trouver un endroit à l'abri du vent, protégé de la pluie et de la neige. Chaque pas requiert un effort prodigieux de ma part. Est-ce la volonté de survivre ou l'ivresse de se sentir si près de la fin qui me pousse à poser un pied devant l'autre ?

Tandis que mon esprit divague, Khenzo s'arrête devant la porte de ce qui se profile être notre prochain refuge. Je ne cherche pas à discuter, ni même ne pense à faire l'état des lieux. À la place, je m'accroupis péniblement dans l'angle du salon de cet ancien appartement, qui se trouve encastré entre deux immeubles de bureaux dont seuls les murs tiennent encore debout.

Khenzo vérifie la structure de la pièce, s'assurant que le plafond ne s'écroulera pas sur nos têtes avant d'arrêter sa décision. Nous nous reposerons ici. Dans un coin du salon, une cheminée est obstruée par un tas de débris que le jeune homme s'empresse de dégager pour y entasser des objets consumables ramassés sur place.

Horizons #1 - Sombre baladeDes histoires addictives. Découvrez maintenant