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Il était 8 h du matin quand on se rendit chez David pour aller l'aider à nettoyer. Grâce à ses amis, je m'étais bien amusée, oubliant pour une fois cette histoire. J'étais terriblement stressée et ne pouvais toujours pas dormir malgré les somnifères. Après le nettoyage, David m'emmènerait à la prison sans en parler à personne. Je devais le voir et le regarder en face. Pendant tout le procès, il avait évité mon regard comme la peste. Tout le monde était heureux, mais pas moi, parce que je culpabilisais. Je venais de détruire sa vie. Ce qui lui arrivait était de ma faute, j'aurais dû rester à ma place. Stevens avait un avenir brillant. Il disait qu'il n'avait pas envoyé la vidéo et je l'avais cru. Il ne l'aurait jamais fait. Mais je ne pouvais pas le défendre au tribunal sans preuve. Puis, on me l'aurait interdit.

J'aurais dû écouter ma cousine et mon cousin. Je me détestais d'avoir déçu ma famille, en particulier mon père. Lui qui me faisait entièrement confiance, dont j'avais abusé. Ma mère, elle, qui nous défendait tout le temps, n'allait sûrement plus le faire. Ils faisaient comme si tout irait bien, mais moi, je ne m'en remettrais jamais, peu importe les thérapies et les séances chez la psychologue. Quand je regardais mon petit frère, j'enviais son innocence. Et pourtant, je me disais que ce genre de choses ne m'arriverait jamais.

— Es-tu prête ? me demanda David.

Cela faisait des minutes depuis que David et moi étions arrivés devant la prison. Je tremblais de peur à l'idée de le revoir. Qu'allais-je lui dire ? M'excuser ? L'insulter ? Je respirai un grand coup et descendis de la voiture. Je n'étais jamais venue dans une prison et cela me faisait encore plus peur. Les conditions de vie des prisonniers étaient précaires, et dire que des innocents se trouvaient à l'intérieur, parfois sans avoir passé devant un juge depuis des années. David et moi signâmes un cahier d'enregistrement ; la sécurité procéda à une fouille rapide avant de nous diriger vers l'accueil.

— N'êtes-vous pas trop jeunes pour ce genre d'endroit ? Qu'avez-vous fait ? nous attaqua l'officier.

— On est venus visiter quelqu'un, répondit David.

— Qui ? Votre famille ?

— Notre cousin. Stevens Jean-Baptiste.

— Le Zokiki ? s'étonna-t-il.

Ils éclatèrent tous de rire. Apparemment, ils le connaissaient bien. Sans poser plus de questions, l'un d'eux nous conduisit à la salle de visite. Je ne saurais trouver les mots exacts pour décrire cette pièce qui ne contenait pas plus de quatre tables. Par terre, il y avait des déchets partout et il semblait que personne n'y avait fait le ménage depuis des années. David et moi attendîmes une heure avant de voir Steven arriver. Il portait une chemisette de couleur grise, mais on pouvait deviner qu'elle était blanche à l'origine. Dans ses mains, il tenait la ceinture de son pantalon, visiblement trop grand pour lui et complètement sale. Ses cheveux avaient poussé et n'étaient pas coiffés. Il était si maigre qu'on pouvait voir ses côtes et les os de ses joues. Tout cela à cause de moi.

— Que faites-vous là ? Si je savais qu'il s'agissait de vous, j'aurais refusé.

— Arrête de parler comme si tu ne méritais pas de pourrir dans une cellule, l'attaqua David.

— Que veux-tu, Maryse ? Je t'ai dit que je n'ai pas publié...

— Je sais. C'est Christie qui l'a fait.

Ses yeux s'agrandirent. André me l'avait confié pour avoir une chance de parler à ma cousine.

— Tu aurais pu en prendre pour trois ans de prison, mais tu as préféré la couvrir.

— J'aurais pu être libre si tu avais tout gardé pour toi, hurla-t-il.

— Tu mérites de mourir là-dedans.

Toute once de culpabilité quitta mon corps dès cet instant. Je pensais qu'il s'en voulait et j'espérais qu'il me présenterait des excuses. Mais il venait de jeter la faute sur moi. Il porterait le titre d'homme et moi celui de pute. Mes parents avaient raison. J'étais une victime, même si je savais ce que je faisais. J'avais 17 ans et lui 21. Il était plus vieux que moi et devait savoir mieux que moi que ce que je faisais était mal.

— On y va, David.

David me ramena chez moi. Il ne me posa aucune question durant le trajet, respectant mon silence. Stevens était le premier à m'avoir charmée avec ses mots tendres. Je me rappelai de notre conversation le jour où j'avais fait sa connaissance. Il m'avait confié que c'était la première fois qu'il avait rencontré une fille comme moi et qu'il était désolé que je sois plus jeune que lui. Ce n'était pas une chose à dire à une mineure. Je le prenais pour du charme, mais c'était une approche manipulatrice. Tout prenait sens dans ma tête en me rappelant de nos conversations. Il me comparait tout le temps aux filles de son âge et c'était un compliment malsain.

— Merci, David.

— Ne t'inquiète pas, cousine. Je serai toujours là pour toi.

Mes parents étaient là et regardaient la télé ensemble. Malgré mes erreurs, ils étaient là pour moi. Étonnamment, mon père me défendait, même si au début il était fou de rage. Quand ils me virent, ma mère me sourit et j'allai les rejoindre. Depuis l'incident, je n'avais jamais eu de conversation normale avec eux ni vraiment parlé de tout.

— Je suis désolée, leur dis-je en m'agenouillant. J'ai... terni ma réputation et celle de la famille... J'ai été une fille horrible.

— Je t'interdis de dire cela, s'offusqua ma mère.

Elle vint vers moi et m'obligea à me relever. Elle m'installa au milieu d'eux et mon père me prit dans ses bras.

— Tu es ma fille, Maryse, et rien n'y changera. Tout cela ne serait pas arrivé si je n'avais pas été si dur avec toi.

— J'aurais dû vous écouter.

J'éclatai en sanglots et ma mère me suivit. On resta l'un dans les bras de l'autre pendant une dizaine de minutes. Ils me rappelèrent qu'ils m'aimaient et moi, j'étais très reconnaissante d'avoir ces parents. Ce n'était pas tout le monde qui aurait ce genre de soutien. Je montai dans ma chambre et revis les morceaux de miroir sur le sol. Il était temps que je fasse le ménage. Je ne voulais plus penser à ça. Je pris un sac et une pelle à poussière pour ramasser les débris. Je dirais que c'était un accident. Quelqu'un frappa à ma porte. C'était Olivier.

— Maryse, je veux que tu sois franche avec moi, commença-t-il.

Une vague d'inquiétude m'empara. Je ne m'étais pas encore confiée à mon frère tant j'avais honte. Il vint s'asseoir à côté de moi sur mon lit et m'invita à faire de même.

— Pourquoi tu ne m'as rien dit ? demanda-t-il d'un air coupable.

Je ne voulais pas lui dire que je sortais avec un gars de son âge, car je savais déjà quelle serait sa réaction. Je jugeai qu'il était temps de me confier à mon meilleur ami. Après lui avoir tout déballé, il essayait de ne pas crier, car il aurait alerté tout le monde. Il se leva en colère du lit, se mit à tourner en rond dans la pièce, jeta tous mes cahiers par terre et serra les poings. Il s'avança vers moi, me prit par les épaules et me serra très fort contre lui. Ce que je lui avais dit m'avait fait pleurer.

— Pleure pas, Mary. Je te demande pardon, petite sœur. Peut-être que je n'aurais pas dû m'en aller si loin.

C'était à moi de m'excuser. J'avais tout déversé et avais senti un soulagement. Du revers de la main, il essuya mon visage de ces larmes remplies de frustration, de colère, de déception.

— Si tu continues, tu vas avoir une voix horrible, des yeux bouffis, et papa et maman vont te poser des questions.

Je finis par me taire. Je restai dans ses bras sans me détacher. Mon frère m'avait manqué. Depuis qu'il était parti pour ses études, il me manquait beaucoup plus que lorsqu'il partait en voyages scolaires.

— Je suis là, t'inquiète pas. Je veillerai sur toi. Et ceci pour toujours.

My [Un]Happy StoryDes histoires addictives. Découvrez maintenant