Chapitre 14

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Je soupirais en ouvrant mes cahiers.  Faire une analyse du comportement d’un homme préhistorique, sérieusement? C’est ridicule. Il n’y a rien à dire, excepté du fait qu’ils ne sont pas évolués. En fait, je pourrais déjà remettre mon travail dès demain!

Je faisais de mon mieux pour ignorer sa présence.  Il ne me rendait pas la tâche facile, me posant sans cesse des questions sur ce que j’inscrivais sur ma feuille. Après un moment, il se décida à prendre le papier.

<<Chris Jaguelski. Un joueur de basket prétentieux et arrogant. Il ne se soucie que de sa propre personne. Seul ses petits plaisirs personnels comptent à ses yeux. Il voit le monde comme un terrain de jeu où il peut faire ce qu’il lui plait. C’est un jeune aussi évolué que l’homme des cavernes, c'est-à-dire très peu, lu-t’il avec de plus en plus de peine.

-…

-C’est vraiment ce que tu penses de moi?, questionna-t’il en baissant la tête.

-C’est ce que tu sembles être en tout cas.

-Mais ce n’est pas ce que je suis réellement…, murmura-t’il.

-Pourquoi agir de cette manière Chris? Qu’est-ce qui te pousse à agir comme tu le fais?, demandais-je tel une psychologue.

- Mes raisons ne te regardent pas.

- Je ne pourrai pas écrire autre chose sur toi si je ne sais rien, et l’image de sans cœur égoïste restera donc la même, lançais-je.

-…

-Tant pis alors. Tu peux me redonner ma feuille que je puisse continuer?

-…

-J’attends.

-Bon c’est d’accord, je te raconte. Mais si tu raconte quoi que ce soit à n’importe qui, je ferrai de ta vie un enfer, menaça-t’il avec un sourire qu’il essayait de dissimuler pour paraître crédible.

- Je saurai tenir ma langue, souriais-je.

- C’est assez délicat et…j’ai un peu honte…

-Ne t’en fais pas, je ne jugerai pas.

- Alors voilà… Je….J’avais une petite sœur…

-Tu avais?, répétais-je.

-Elle…Elle s’est…coupée dans le…dans la..., dit-il en laissant couler une larme.

-Pauvre toi, c’a du être atroce!, le plaignis-je en essuyant la perle salée sur sa joue.

-En dehors de la thérapeute que j’ai consultée, tu es la première personne à qui j’en parle.

-Je suis touchée, murmurais-je. Tu n’as pas à tout dire si tu ne veux pas…

-Non, je tiens à ce que tu saches, coupa-t’il. J’ai besoin de tout raconter à quelqu’un.

-Je t’écoute dans ce cas.

- Elle aimait un garçon de mon âge; elle est née la même année que toi. J’étais plus proche d’elle que quiconque. Jenna te ressemblait sur certains points. Elle aussi jolie et douce que toi, mais sortait tout aussi les griffes lorsque quelqu’un l’approchait. Je la protégeais beaucoup, peut-être même trop parfois, ria-t’il nerveusement. Mais il semble que ça n’ait pas suffi…

-Qu’est-ce qui s’est passée?

-Elle a aperçu ce gars en train de faire de la musculation. Elle a craqué sur lui. Ils ont passé du bon temps ensemble. Ils ont réalisé qu’ils s’aimaient et se sont mis à sortir ensemble. Leur couple a duré presque un an, puis…, marquant une pause, plus rien.

-Il s’est volatilisé?

- Il a déménagé.

-Sans rien dire?!, m’exclamais-je.

- Il l’a appelée quelques semaines plus tard, mais…

- Mais?

-C’était déjà trop tard…, chuchota-t’il alors que sa voix se brisait un peu plus à chaque mot.

-Je suis tellement désolée, murmurais-je en posant ma main sur la sienne pour le réconforter.

- Un soir, en revenant d’une heure de colle, je me suis mis à chercher Jenna. Elle n’était ni dans le salon, ni dans la cuisine, ni dans sa chambre et encore moins dans la mienne à m’attendre pour m’engueuler. Je suis descendu au sous-sol, puis je suis monté  dans sa salle de bain et…. 

-Et tu l’as vue, complétais-je.

- Ses poignets étaient lacérés tellement profond… L’eau du bain était si rouge et opaque que je ne voyais que son cou et sa tête… Ce sont des images horribles, et pourtant, je ne les oublierai jamais…

-Et tes parents?, demandais-je doucement.

- Ils ont été bouleversé. C’était trop dur pour eux de vivre dans la maison où leur fille est…morte. Nous avons passé de Bradford à Wolverhampton durant les vacances de Noël. On a déménagé ici il y a presque un an. Elle a commit son acte durant le mois de novembre, le  13 exactement.

-C’est la semaine prochaine…

-Je sais…

-Et…le mec?

- Les bruits de sa culpabilité ont commencés à courir dans l’école et dans la ville. Puisqu’il était disparu de la circulation avec sa famille, nous n’avons jamais su ce qui s’était réellement passé.

-C’est si triste…  >>

Je me sentais vraiment mal pour lui. J’image comment mon frère réagirait s’il venait à me perdre.  Je crois qu’il me suivrait dans l’autre monde tellement il tient à moi. C’est si horrible!

Nous parlâmes ainsi de sa nouvelle vie –plus joyeuse- ici. Il m’interrogea sur ma famille, Sammy, Lola, mes études, mes passions; tous les sujets banals quoi.

<<-Chris, je peux te poser une question?

-Tu viens de le faire, mais oui, vas-y, souria-t’il.

-Qui était son petit-ami? Je veux dire, à Jenna?, demandais-je.

-C’était…, commença-t’il.

-Veuillez retourner en classe, le cours est presque terminé, interrompit l’instituteur.

 -Monsieur, pouvez-vous nous accorder une toute petite minute?, requérais-je.

- Non Mademoiselle Johnson, je ne peux pas. En classe maintenant! >>

Je soupirais en me rendant à ma place. Liam me regardait, inquiet. Je lui fis un sourire pour le rassurer. Je me tournai vers Chris et lui mima quelque chose de drôle pour le faire rigoler. Son rire résonna dans toute la classe. Liam, assis sur son bureau, se crispait, n’appréciant pas cette camaraderie. La cloche retentit. Je me précipitai vers la sortie, soulagée que cette journée soit enfin terminée.  Je me rendis à mon casier, empoignai ce que je devais ramener à la maison et me dirigeai hors du bâtiment pour attendre Lola. Mon beau brun était adossé sur sa voiture, l’air d’attendre quelqu’un. Lorsqu’il me vit, il me fit signe de venir le rejoindre. Je m’avançais lentement, redoutant quelque peu cette conversation. Je n’ai pas le droit de lui raconter ma conversation avec Chris, alors que vais-je bien lui dire..?

Don't Be Afraid. (Dark Liam)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant