Chapitre 33

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Lorsque la voix de l’hôtesse de l’air nous ordonna de boucler nos ceintures, je me mis à avoir peur. Pour être honnête, j’anticipais beaucoup notre arrivée. Enfin, ça…et aussi les premiers jours. Liam est mon premier vrai petit-ami et je crains que mon père se mette à jouer…au père. Qu’il harcèle Liam de questions, le menace, la routine paternelle quoi. Sauf que je n’ai pas besoin de lui pour ça, car j’ai Sammy. À vrai dire, je ne crois plus avoir besoin de lui pour quoi que ce soit.

Alors que nous amorcions la descente, je me mis à serrer bien fort l’accoudoir de mon siège. Liam prit ma main dans la sienne, frottant ma peau de son pouce afin de me calmer. Je jetai un coup d’œil vers la fenêtre, regardant le paysage qui tranquillement prenait forme devant mes yeux.

<<… mourir?

-Hein, qu’est-ce que t’as dis?

-Est-ce que t’as peur de mourir?

-Non, pourquoi? Est-ce que je devrais?

-Je demandais, c’est tout. À voir comment tu t’agrippais à ton siège…

-Je crois que j’aurais préféré que le vol dure plus longtemps.

-Pour quelle raison?

-J’ignore si j’ai envie de revoir mes parents.

-Quoi?! >>

J’avoue que, dit de cette manière, ça peut sembler horrible. <<Le classique de la jeune fille pourrie gâtée qui n’apprécie pas tout ce que ses parents ont fait pour elle>>, vous dîtes? Je ne crois pas. Ma vie n’est pas un classique, pas plus que je ne le suis moi. Je ne veux pas être hypocrite. Je ne veux pas prétendre que le départ de mes parents ne m’a pas affecté, parce que ce serrait un mensonge. J’étais triste, je me sentais rejetée et abandonnée. Lorsqu’un enfant voit ses parents partir, c’est son monde entier qui s’écroule sous ses pieds. J’étais désorientée et perdue, sans aucun repère pour me guider. Je me suis raccrochée à la seule personne qu’il me restait et en qui j’avais confiance : mon frère. Je savais qu’il ne partirait pas. Effectivement, il n’est jamais partit. C’est moi qui pars contre mon gré.

<<Lexi?

-Hein? Oh, désolé, je réfléchissais.

-Pourquoi tu n’aurais pas envie de voir tes parents?

-Pourquoi eux n’ont-ils jamais eu envie de me voir?

-Pourquoi tu ne m’expliquerais pas simplement au lieu de répondre à mes questions avec d’autres questions compliquées qui ne m’aident pas du tout à comprendre?

-Ça, c’est ce que j’appelle une longue phrase. T’as trouvé le temps de respirer à travers tous ces mots que tu as enchaînés?

-Alexia, sérieusement. J’aimerais pouvoir comprendre ce que tu ne sembles pas portée à m’expliquer, insista-t-il doucement.

-Tu te souviens de notre première rencontre?

-Quel est le lien?

-Tu m’as dis que tu savais que mes parents travaillent pour une organisation humanitaire et qu’ils voyagent beaucoup, pas vrai?

-Hum oui, mais…

-Bah voilà, tout est dit. Depuis que j’ai environ 10 ou 12 ans, ils voyagent la plupart du temps. Ils sont presque toujours absents, rarement présents à la maison.

-Qui s’occupe de toi alors?

-Au début, ils engageaient des nounous, puis ils ont arrêté lorsque Sammy a atteint l’âge de 15 ou 16 ans. Il ne respectait pas les gens que mes parents avaient engagés et a commencé à prendre soin de moi par lui-même. Il le faisait si bien que les employés ne servaient plus à rien, d’ailleurs, dis-je alors qu’un sourire se forma sur mes lèvres. Ila toujours pris soin de moi, évidemment  mais, au fil du temps, ses méthodes ont évolué. Il a pris en maturité, donc les nounous ont été renvoyées. Depuis, je vie seule avec lui et il s’occupe de moi. Les parents appellent régulièrement pour prendre de nos nouvelles et déposent de l’argent sur différents comptes afin que l’on ne manque de rien. Au niveau financier, je n’ai manqué de rien, mais côté émotionnel…

-Côté émotionnel..?

-Je n’avais pas mes parents. Je n’avais pas de mère pour m’expliquer ce qui arrive quant on devient une femme. Je n’avais pas mon père pour me dire de ne pas parler aux inconnus. Je n’avais pas mes parents qui me bordaient le soir. Je n’avais que des nounous froides et distantes. Sans Sammy… J’aurais probablement viré dépressive ou quelque chose dans ce genre. >>

Suite à mes confessions, les larmes lui montèrent aux yeux. Pour lui qui a connu l’amour familial, ce doit être un choc. Il me prit dans ses bras en me murmurant que jamais il ne partirait comme mes parents l’ont fait et qu’il serrait toujours à mes côtés. Je crois bien avoir trouvé le bon, la perle, celui qui nous porte à croire que tous les hommes ne sont pas tous des connards.

L’avion se posa en douceur sur la piste, au grand soulagement de plusieurs passagers. En regardant par le hublot, je vis mes parents qui attendaient quelques mètres plus loin.

C’est maintenant que tout commence.

Don't Be Afraid. (Dark Liam)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant