**PDV Annabelle-mère d’Alexia**
Ma fille venait de quitter la chambre d’hôtel en claquant la porte derrière elle. Je ne l’ai jamais vue aussi…blessée. Elle n’était pas en colère, elle était trahie. Trahie par celle qui lui a donné vie. Trahie par celle en qui elle aurait dû avoir confiance. Trahie par celle qui aurait toujours dû rester à ses côtés. Trahie par sa propre mère.
Je me laissai tomber sur le sol, des sanglots dans la gorge. Je pleurais en me maudissant intérieurement. J’ai totalement échoué dans mon rôle de mère. Tout ce qu’elle a dit- ou plutôt hurlé- est vrai –ou presque. J’ignorais tout de sa vie en Angleterre, mais je l’ai forcée à venir en Afrique. J’ignorais tout de son bonheur en compagnie de son frère. Il semble avoir réussi à en faire une bonne personne, et ce, malgré notre absence. Ils n’étaient pourtant que des enfants laissés aux services d’inconnues, et ils s’en sont plutôt bien tirés. Quand je regarde ma fille, je vois une jeune femme déterminée qui n’a pas honte de dire ce qu’elle a à dire. Bien qu’elle n’ait pas été très délicate dans sa manière de s’exprimer, je ne peux la blâmer. Je l’ai méritée. J’ai été une mauvaise mère. Une mère absente. Une mère trop absorbée par son travail et trop impliquée. Une mère qui n’a jamais sût tenir son rôle plus de 3 jours. Une mère à qui elle n’a jamais osé se confier.
Elle a tort en affirmant que je n’ai jamais apprécié ses cadeaux pour la Fête des Mères. Elle croit que je les ai jetés, ils sont tous entreposés dans le coffre-fort de la maison auquel elle n’a pas accès. Elle ignore tout du fait que tous les soirs, en rentrant du travail, j’allais la border. À chaque fois qu’elle se réveillait en hurlant, je me levais afin d’aller m’assurer que ce n’était qu’un mauvais rêve et, à chaque fois, je la retrouvais dans les bras de son grand frère.
Comment peut-elle seulement croire une seconde que je ne l’aime pas? Comment cette pensée peut-elle seulement lui traverser l’esprit plus de 5 secondes? C’est ma fille et je l’aime! J’ai seulement…de la difficulté à le démontrer. Je vais la perdre. Je crois même l’avoir déjà perdue…
Perdue dans mes réflexions, je ne me rendis compte de la présence de mon mari dans la chambre. Je ne le réalisai que lorsque j’entendis la porte se refermer derrière lui. Il vint s’assoir à mes côtés en enroulant son bras autour de mes épaules comme il a toujours sût le faire.
<<Annabelle, je… Je viens de voir notre fille partir dans un état de colère qui ne lui ressemble pas. Qu’est-ce qui s’est passé?
-J’ai tout gâché, Steven. Elle ne me pardonnera jamais…
-Dis-moi, s’il te plait. >>
Je lui racontai donc notre dispute du début jusqu’à la fin en n’omettant aucun détail. Les larmes coulaient de plus belle sur mon visage, rougissant mon visage et mes yeux. J’ai réellement merdé.
*
<<Elle s’en remettra, ça arrive à toutes les mères, non? C’est quelque chose de commun dans une relation parents-ado.
<<Nous n’avons pas de relations communes avec nos enfants! Notre fils nous adresse la parole le moins possible, sauf en cas de nécessité!
-Et notre fille?
-Tu as bien vu l’état dans lequel je l’ai mise? J’ai critiqué son premier amour, Steven! Je lui ai dis qu’ils n’étaient pas fait pour être ensemble alors que je ne le connais pas! À vrai dire, je ne suis même pas certaine de bien connaître ma propre fille. Je ne la reconnais plus, Steven…
-Elle a changé, j’ai remarqué. Jamais elle ne m’avait parlé sur ce ton, ce ton aussi…froid.
-J’aimerais blâmer son petit-ami pour ce nouveau comportement qu’elle semble avoir adopté, mais… Au fond, je sais très bien que nous sommes responsables. Il faut se rendre à l’évidence, Alexia n’est plus notre petite fille. Elle a dépassé le stade de l’enfant model qui fait tout pour plaire à ses parents. De toute façon, je ne vois pas à quoi ça lui aurait servi d’essayer de plaire à des parents absents qui ne se serraient même pas rendus compte de tout ses efforts. La vérité, c’est que c’est notre faute.
-Qu’est-ce que nous pouvons y faire, Anna?
-Rien. Rien ne pourra effacer ces dernières années. Rien ne pourra effacer la peine que nos enfants ont ressentie. Rien ne pourra effacer le sentiment d’abandon qui les a habités. Rien ne pourra effacer ce que nous n’avons pas fait pour eux durant tout ce temps.
-Qu’est-ce que tu proposes? Que veux-tu qu’on fasse?
-On devrait la faire rentrer à la maison.
-Je le sais bien, mais comment veux-tu qu’on la retrouve à travers toute une ville?
-Je te parle de sa vraie maison, Steven. Je te parle de l’Angleterre. >>
