Assis dans le bureau de son psychologue- psychologue qu’on lui a imposé de force, le jeune homme contemplait le vide. Il n’avait pas ouvert la bouche depuis maintenant 5 minutes. Il respirait. Il respirait de manière saccadée. Il respirait afin de se calmer. À vrai dire, il respirait afin de se contrôler.
Lorsque le Dr Martins lui a dit qu’il devait accepter la mort d’Alexia, il a failli péter un câble. Il ne comprend pas comment ce petit homme peut lui dire une chose pareille.3 semaines seulement se sont écoulées depuis sa mort, pas 3 ans! On ne peut pas se remettre de la mort d’un être aimé en criant «ciseaux!», n’est-ce pas? Seul le temps arrive à penser les blessures et, du temps, il ne s’en est pas écoulé assez. Il lui faut plus de temps pour s’en remettre.
«Alors, Liam, qu’en pensez-vous? Êtes-vous prêt à tirer un trait?»
Silencieusement, il se mit à réfléchir. Il voulait fermer la grande trappe de ce prétentieux. Il voulait lui lancer une réplique qui le rendrait complètement bouche-bée. Il voulait cesser de l’entendre dire des conneries.
«Et si votre raison de vivre était également celle qui a causé votre perte?, explosa-t-il soudainement. Et si celle qui vous a redonné vie perdait la sienne devant vos yeux, emportant la vôtre avec elle? Et si votre nouveau souffle de vie vous coupait soudainement toute source d’oxygène au point où vous ne pouviez plus respirer? Et si la douleur vous tordait les tripes au point de vous rendre malade? Et si la souffrance vous maintenait éveillé la nuit? Et si, à votre réveil, vous réalisiez que vos pires cauchemars faisaient en fait partis de la réalité? Vous pourriez tirer un trait sur cette personne et sur tout ce qu’elle représente en seulement 21 petits jours?
-Hé bien, je suis content de voir que vous parlez, mon cher, déclara-t-il en prenant des notes. J’ai cru que vous ne vous ouvririez jamais à moi si je ne vous faisais point réagir.»
Liam se renfrogna aussitôt, vexé d’avoir été piégé. Tout ça pour le faire réagir, vraiment? Il lui a presque sauté à la gorge! Aurait-ce été assez de réaction pour lui ou en aurait-il voulu davantage encore? Merde, c’est cruel!
«Votre ancienne petite-amie s’est suicidée, je me trompe?
-Hm, se contenta-t-il de répondre, toujours énervé.
-Croyez-vous souffrir de dépendance affective, Liam?
-Avoir mal parce qu’on a perdu son âme sœur est donc considéré comme de la dépendance affective à vos yeux, Dr Martins?
-Êtes-vous capable d’être seul? Ressentez-vous constamment ce besoin d’être toujours entouré de gens pour vous sentir bien?
-Pas du tout. Moins il y a de gens, mieux je me porte.
-Pour quelle raison?
-La compagnie des gens m’est douloureuse.
-Pourquoi ça?
-Parce qu’apprendre à connaître des gens, c’est prendre le risque de souffrir face à leur départ. Chaque fois que tu prends le risque de t’attacher à quelqu’un, tu t’attaches à la douleur. Tout le monde part un jour, pas vrai? Après tout, nous sommes humains, nous sommes mortels, n’est-ce pas? Notre vie ne tient qu’à un fil.
-Vous refusez donc de vous attacher aux gens par peur de les perdre?
-On peut dire ça.
-Êtes-vous capable de faire confiance aux gens?
