- Javannah -
Un hurlement de terreur déchire le silence nocturne.
Je me lève, tous mes sens en alerte. Une succession de bruits résonne dans la chambre. Quelqu'un tombe de son lit, une autre personne pousse un grognement irrité et le cri a laissé place à des chuchotements étouffés.
J'allume ma lampe de chevet. Laurel se couvre de suite le visage à cause de la faible lumière. Abygaël, celle qui a visiblement dégringolé de son lit, se frotte le coude sur lequel elle a dû tomber. Mes yeux se posent finalement sur Julia, la cause de notre réveil forcé.
Elle se tourne et se retourne en gémissant et en s'empêtrant dans ses draps. De soudain bruits de gorge sinistres accompagnent des couinements suraigües. Ses cheveux roux collent ses joues rougies, à cause de la sueur et des larmes. Que lui arrive-t-il ?
- Mais qu'est-ce qu'elle nous fait encore, putain ! ronchonne Laurel, qui cligne encore des yeux pour s'accoutumer à l'éclat de la lampe.
Sur ce, elle tire sa couverture et replonge sous celle-ci en tentant de se rendormir. J'ignore à quel point elle peut se désintéresser des autres, mais il faut dire qu'on atteint les extrêmes. Je n'ai pas spécialement envie de m'approcher de Julia alors qu'elle dans cette transe. Cependant, même si je garde mes distances, rien ne veut dire que je m'inquiète pas un minimum pour elle.
- On dirait qu'elle nage en plein cauchemar, remarque Aby.
Bien plus inquiète, elle s'est relevée et se tient maintenant près de Julia. Cette dernière continue de murmurer quelque chose d'inintelligible, de plus en plus fort. On dirait qu'elle bouge les bras, mais que quelque chose restreint ses mouvements. Ses membres en tremblent.
Laurel ressort la tête de sa couette et me regarde. Je hoche la tête. C'est sûrement ça.
Abygaël s'assoit sur le lit de notre amie, décale légèrement sa couverture et lui caresse le front en l'appelant. La rousse se met à gémir davantage. Des gouttes de sueur perlent son front et de la salive menace de quitter de ses lèvres. Cette vision me met mal à l'aise, bien qu'elle me fasse de la peine, un léger dégoût se fait sentir. C'est bien trop embarrassant de la regarder faire une crise aussi violente et accentuée. Tout de même, n'importe qui peut se réveiller avec un peu de volonté. Julia exagère toujours.
- Réveillons-la, la pauvre...
- Non ! Surtout pas ! l'arrêté-je.
Abygaël me regarde avec des yeux ronds, déconcertée. Doucement, elle se laisse gagner par la colère. Le matelas rebondit lorsqu'elle quitte le lit. Debout, elle nous dévisage tour à tour. Laurel, confortablement installée dans ses draps et moi, en train de fouiller dans mon tiroir. Son regard noir veut tout dire.
- Quoi ? tonne-elle d'une voix outrée. Vous comptez la laisser délirer toute la nuit ?
Son indignation est justifiée. Enfin, justifiable. Elle ne vient pas d'ici et semble connaître beaucoup de choses. Alors pourquoi n'est-elle pas capable de saisir la situation ?
- Elle ne délire pas, rectifie Laurel. Julia est en train d'avoir une vision.
La Mage se contente de fixer le visage de notre Sibylle, interdite, qui étrangement baisser le ton et se contente de chuchotements inintelligibles. Elle hésite avant de dire :
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Memoriae
FantasyLe jeune homme pose violemment le dossier sur la table. Table où reposent les charmantes chaussures de son interlocutrice endormie. Elle émet un grognement de protestation et s'étire. Puis ses yeux s'arrêtent sur le paquet de feuilles maladroitement...
