Chapitre Deux

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- pdv Harry - 

En criminologie, la définition du phénomène de "gang de rue" fait référence à de jeunes adultes qui affichent des comportements antisociaux ou criminels. Il y a plusieurs aspects à ce phénomène, certains l'étudie, d'autres le combat, une bonne partie de la société le craint, mais il y a surtout ceux qui en font partie. Un groupe de personnes complexes, multidimensionnels et évolutifs. Il y a un bon nombre de caractéristiques pour ces gens, notamment leur caractère élusif et clandestin, leur grande hétérogénéité ainsi que leur caractère changeant. Ils font les premières pages des journaux pour leur actes, pour leur activités vues d'un mauvais œil, mais sont également en constant combat avec ceux qui leur bloquent la route. C'est amusant de voir la façon dont les gens "droits" parlent de ces individus, les traitant de tous les noms et clamant haut et fort qu'on devrait tous les envoyer derrière les barreaux. Tout ça pendant que des hommes en costards et cravates sont en train de les voler sans même qu'ils s'en rendent compte. Mais ceux là, on n'en parle pas, évidemment. Ils arrivent à se faire passer pour des honnêtes citoyens, donnant l'illusion qu'ils travaillent dans des beaux grands bureaux, tandis qu'ils pratiquent des activités tout autant criminelles que ceux qu'on pointe comme faisant partie d'un gang de rue. Ils se trouvent à être des compétiteurs, mais surtout des insatiables du pouvoir. Cependant, personne ne parle de tout ça, les gens voient uniquement une bande de criminels qui devraient être arrêtés au plus vite.

Et moi dans tout ça ? Pourquoi je semble autant informé ? Tout simplement parce que je suis l'un de ces membres. Un voyou qui traîne dans les rues et qui ne respecte pas tout le temps les lois. Uniquement dix-neuf ans et pourtant les autorités seraient certainement capable de me mettre en prison pour plusieurs années si on m'arrêtait pour tout ce que j'ai pu faire. Heureusement pour moi, ils n'ont jamais réussi à mettre la main sur moi. Je connais les rues de Toronto par cœur, chaque recoin, chaque passage, chaque planque. Je suis né ici et dès un très jeune âge j'ai commencé à passer mon temps libre à traîner dans les rues. Une chose en a entraîné une autre, un mec a trouvé que j'avais ce qu'il fallait et m'a pris sous son aile. Contrairement aux stéréotypes, je ne me suis pas fait influencé. On m'a toujours laissé le choix. On ne m'a jamais rien caché, on m'a dès le départ mis au courant de tout ce que ça impliquait, puis on m'a demandé de faire un choix. Soit je suis avec eux à fond, soit je poursuis ma route ailleurs. Peut-être que pour un garçon de quatorze ans c'était un choix trop important pour un si jeune âge, mais au fond de moi, dès qu'ils m'ont approché, j'ai su que ma place était parmi eux. Je me sentais bien, je me sentais important et surtout, je savais me rendre utile. Beaucoup pensent que ceux qui font partie de ce genre d'activités criminels ne méritent rien, qu'ils veulent uniquement faire du mal et pourtant, je pourrais argumenter pendant des heures contre ces paroles. Ça fait maintenant six ans que je suis avec eux, que je fais partie du phénomène de gang de rue, et pourtant, je pourrais mourir pour ces membres. Ils sont ma famille, ils sont ceux en qui j'ai une confiance aveugle. Tout ça, c'est beaucoup plus que vendre quelques grammes de coke ou de voler de l'argent. C'est tellement plus que peu de personnes peuvent le comprendre. Voire même, personne outre ceux qui en font partie.

Est-ce que je regrette ce que j'ai pu faire ? Non. Est-ce que parfois je me demande si je n'aurais pas une meilleure vie sans tout ça ? Non. Nous sommes là-dedans tous ensemble et je ne les abandonnerai jamais.

- Harry ?

Je quitte l'écran de mon ordinateur des yeux pour faire tourner ma chaise et voir un mec venir vers moi. James. Un grand maigre aux cheveux trop longs qui est un génie avec les chiffres.

- Tu peux ouvrir ça ? demande-t-il en jetant un portable sur le bureau.

Je le prends, l'observe à peine une minute avant d'ouvrir mon tiroir et de farfouiller un moment à l'intérieur pour en sortir un câble. Je le branche ensuite à mon ordinateur et me met à pianoter sur le clavier. Je laisse échapper un faible rire devant la sécurité merdique de ce truc, puis déverrouille le tout avant de le débrancher et le rendre à James.

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