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Je pouvai leur faire confiance, même si je ne savais pas à qui elles appartenaient.

Et dans ces mains douces, je m'endormis.

À mon réveil je n'ouvris pas immédiatement les yeux, savourant cette sensation de sécurité qui m'avait tant manquée. Mon père était la seule personne capable de me faire me sentir en sécurité, alors ces mains étaient forcément les siennes, et le sentir à nouveau près de moi me fit le plus grand bien. Je voulais le prendre dans mes bras, le serrer fort, pour qu'il ne puisse plus jamais partir, qu'il ne me laisse plus jamais seule dans ce monde si vaste. Mais alors que mon rêve de petite fille prenait vie, ma conscience d'adolescente me fit comprendre que je rêvais, que mon père était parti là-haut, cet endroit dont personne ne revenait...

Prenant conscience d'où j'étais je sentis mon corps me lancer au niveau de mes poings, et mon dos me faisait mal, la chose sur laquelle j'étais devait être des genoux car ce n'était pas très confortable. Des mains tenaient ma tête d'une manière douce pour que je ne me fasse pas mal.

Alors j'entendis. Des voix. Des mots. Des phrases. Je connaissais ces voix, mais jamais je n'aurais pu rencontrer leur possesseur. Alors pourquoi étaient-elles si proches, si réelles. Je comprenais ce qu'elles disaient, mais je ne pouvais pas identifier à quelles personnes précisément elles appartenaient.

L'une racontait une histoire avec une fille qui tape sur le sol avec ses poings. Une autre parla d'un verre d'eau. Et une dernière, très proche de moi, parla d'un déguisement. Tout d'un coup quelqu'un cria :

- C'est censé me ressembler ça ??!! Jamais je ne mettrai une capuche sur une casquette !!! T'as déconné là.
- Yunh So avait dit pareil. de nouveau la voix proche. On sentait de l'inquiétude dans sa voix. Écoutez, vous vous souvenez quand j'avais téléphoner dans l'avion. Eh bien j'ai parlé avec ma mère, elle avait l'air très inquiète parce que ma grand-mère devenait folle, ma mère m'a dit qu'elle n'arrêtait pas de répéter que c'était de sa faute si elle n'était pas heureuse, que personne d'autre n'était fautif. Ça m'inquiète beaucoup, parce que avec ça je ne sais pas si c'est une bonne idée d'emmener Yunh So chez ma grand-mère ou pas.
- Mais pourquoi Yunh So veut-elle aller la voir si elle ne l'aime pas ?
- Son père est mort. Elle doit l'annoncer à la famille. une autre voix avait parlé.

Malgré le fait que je sois encore dans les vappes, j'avais compris qu'on parlait de moi. Alors que les souvenirs revenaient pour la deuxième fois de la journée, je pris conscience que je n'avais jamais été aussi proche géographiquement de ma grand-mère et que je ne savais toujours pas comment lui annoncer ni comment elle réagirait. D'après ce que disait Jungkook, elle se sentait coupable, enfin c'était ce que je comprenais de son discours. Dans tous les cas la décision était prise. J'irai. Peu importe le prix.

Une fois cette décision prise, mon coeur s'allègea, comme si l'étau qui le serrait s'était envolé. Je pus me concentrer sur le présent. De la musique s'élevait maintenant dans la pièce. Une musique toute nouvelle, que je n'avais encore jamais entendu. Mais j'avais une certitude, c'était Jimin qui chantait. Sa voix résonnait dans la pièce et me donna envie de me lever et de danser, d'illustrer ce dont la chanson parlait. Mais je ne pouvais pas, pas tant que tout ce monde serait dans la pièce.

À la fin de la musique, tout le monde applaudit, sauf les mains qui me sécurisaient, qui ne bougèrent pas d'un poil.

- Les garçons vous êtes attendus dans la salle de conférence. Maintenant.
- On fait comment pour Yunh So ? On ne peut pas la laisser là...
- Tu vas devoir laisser ta protégée ici et venir avec moi, t'as qu'à la mettre sur le canapé.
- Pff...

On me souleva, me déposa sur ce qui semblait être le canapé en question, et tout le monde sortit, laissant la musique allumée. Alors seulement j'ouvris les yeux, que je refermai aussitôt. J'étais dans une pièce toute blanche alors la lumière reflétait dans tous les murs, et encore plus dans le miroir. Je m'assis avec précaution sur le bord du canapé, puis, jugeant que j'étais prête, me levai. Le monde tourna un peu au début, mais je ne me rassis pas, au contraire. Je marchai jusqu'au distributeur d'eau et me servis un verre que je bus volontiers.

Alors je me laissai aller. Mes pieds bougèrent tout seul, mes bras suivirent, et je dansai. Je mis tout ce que je ressentais dans cette danse. Ma rage, ma tristesse, ma remise en question, ma détermination, et aussi la peur.

Cette peur énorme qui me mangeait de l'intérieur.

Je ne voulais plus avoir peur.

J'en avais marre d'avoir peur.

Mais je ne savais pas comment arrêter d'avoir peur.

Peut être fallait il savoir quand j'avais commencer à avoir peur ?

Mais quand était-ce ?

Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours eu peur.

Peur de l'autre, qui qu'il soit, d'où qu'il vienne.

Peur qu'on me laisse tomber, qu'on me juge.

Peur qu'on me manipule, qu'on me trahisse.

Et pourquoi à votre avis ?

Parce que les gens ne savent pas regarder.

Parce qu'on m'a trahie. Quand j'avais quatre ans.

Parce que ça m'a traumatisée.

Parce que même mon père, lui en qui j'avais une confiance absolue, n'a pas tenu sa promesse.

Remplie d'une rage soudaine, je me mis à taper du pied sur le sol en rythme sur la musique. Danser me libérait, me soulageait. Les musiques s'enchaînaient mais je continuais à danser. Toujours et encore. Mes poumons me brûlaient mais ça me faisait du bien. Ça signifiait que je vivais. Que je n'étais pas un monstre. Ayant trop chaud, j'enlevai mon pull et m'attachai mes cheveux gras et désormais plein de sueur. Toujours sans m'arrêter de danser.

Au bout d'une bonne heure de danse je finis par m'asseoir. Je regardai dans le miroir, voir à quoi je ressemblai, et cette image de moi me réconforta. Mon front était dégoulinant de sueur, les joues rouges de chaleur, ma bouche légèrement entrouverte laissait passer tout cet air impur.Mes yeux étaient sans leurs lentilles.

Et je me sentais forte.

Pas vulnérable.

Forte.

Un sentiment nouveau se logeait dans mon coeur. De la confiance en moi. Je bombai le torse, et souris à mon reflet.

- Je suis t/n t/p et plus personne ne me fera de mal impunément. Je suis t/n t/p et je suis différente.

Je me mis à le crier dans la salle. Ça me faisait du bien. Je voulais que tout le monde l'entende.

DifférenteOù les histoires vivent. Découvrez maintenant