Chapitre 1

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Mina
3 mois plus tôt

– MINAAAA !
Je me retourne en entendant mon prénom. C'est Daphnée. Elle s'arrête devant moi complètement essoufflée.
– Qu'est-ce qui se passe ?
– J'arrive de chez Paul, sa voiture ne démarre plus ! Mais ça va, bredouille-t-elle en reprenant son souffle, je ne suis pas en retard.
Paul est le petit ami de Daphnée, enfin "petit ami" disons plutôt que c'est une conquête ! Ou un plan cul.  C'est le terme qui me semble le plus adéquat, mais elle n'est pas vraiment de mon avis, elle n'aime pas cette façon d'appeler leur relation,
– Je n'en reviens pas.
– Quoi donc ?
– Tu fréquentes ce mec depuis plus d'un mois et vous n'avez toujours rien fait à part vous voir chez lui pour baiser, ça ne te pose aucun problème ?
– Tu sais, aussi gentil soit-il, je n'ai pas l'intention d'en faire mon attitré !
Ça fait partie de ses habitudes, les histoires sans attache.
Nous travaillons à la boutique "Les petites... Paris". La clientèle est sympathique et la patronne, Louise est adorable. C'est une femme de quarante-six ans d'une immense gentillesse, aux traits doux. Les cheveux noirs coupés au carré, les yeux marrons, elle est de taille moyenne. Elle porte très bien ses quelques kilos superflus. Lorsque nous l'avons rencontré, elle nous a tout de suite appréciée. Nous nous sentons ici chez nous, cela fait déjà six ans que nous y travaillons.

***

Ce soir, c'est au tour de Daphnée de fermer la boutique. Quant à moi, je commence mon premier cours de guitare.
– Passe une bonne soirée, lancé-je en quittant les lieux. 
– Toi aussi ! Et n'oublie pas si ton prof est canon, je veux une photo ! 
– Gourmande ! Paul risque de ne pas être d'accord ! blagué-je.
– Je vois quelqu'un, je ne suis pas en couple... nuance ! Et de mon point de vue, avoir quelques réserves c'est toujours utile.
– Si tu n'étais pas toi, je serais choquée par de tel propos ! m'écrié-je hilare. 
– Et si tu n'étais pas toi, je t'aurais qualifiée de frustrée, répond-elle sur le même ton.
Je vis dans le dix-huitième arrondissement, ce n'est pas loin de mon lieu de travail, qui se trouve dans le neuvième.
Mon appartement est minuscule, mais il fait l'affaire. J'ai regardé tant de fois les émissions de Stéphane Plaza, leurs conseils de Home Staiging ont porté leurs fruits. Mon petit nid est douillet et je m'y sens bien.
A peine suis-je installée sur le canapé que mon téléphone sonne. C'est Nathan, je décroche aussitôt.
– Allô ?
– Alors, prête pour ton premier cours ? 
– Je trépigne d'impatience. Par contre, je dois encore me doucher, je te rappelle dès que je rentre.
– Pas la peine, on se rejoint chez toi. Je t'aime.
– Je t'aime aussi, à tout à l'heure.
Aussitôt dit, aussitôt fait. Je grignote quelques biscuits histoire de ne pas partir le ventre vide. Une cliente m'a recommandé son professeur de guitare, Hugo Martinez, il fait des miracles parait-il. J'ai décidé de me lancer, on verra bien ce que cela donne. Je suis une passionnée de musique et apprendre la guitare reste un de mes rêves de petite fille. J'ai longuement repoussé mon apprentissage mais Nathan a réussi à me convaincre que je devais me lancer. Il m'a rappelé à quel point c'est essentiel de vivre ses rêves. Peu importe où cela nous mène, simplement profiter de ce qui nous procure du plaisir.
Me voilà sur place. Une villa somptueuse se tient devant moi, nous sommes dans un quartier luxueux où tout est démesuré. Ma petite Citroën C2 a vraiment l'air ridicule garée dans l'allée. 
Je sonne à la porte et à ma grande surprise un homme magnifique apparaît.
Oh la vache, ça existe vraiment ce genre de belle petite perruche ? Daphnée ne va pas en revenir !
– Bonsoir, dit-il en ouvrant la porte.
– Bonsoir, réponds-je, avec un sourire des plus niais !
Ressaisis-toi, pauvre cruche !
– Mademoiselle Torne, je présume.
– Euh oui, c'est bien ça !
– Entrez, je vous en prie.
J'entre dans un hall gigantesque, je regarde la pièce de gauche à droite. Tout à l'air si parfait.
– Suivez-moi, c'est par ici.
Une fois sortie de ma torpeur, je me précipite à sa poursuite. Des guitares sont accrochées au mur, des photos de lui sur scène aux côtés d'un groupe, des diplômes. Alors que je suis intriguée par les photos et les l'instruments de musique, sa voix me ramène à la raison.
– Avez-vous de l'expérience ? s'informe-t-il.
– Non, je n'ai jamais joué, je n'ai même jamais eu une guitare dans les mains de toute ma vie.
– D'accord, aucune connaissance des notes, je suppose ?
– Non... soufflé-je d'une voix timide. J'ai l'impression d'être ridicule en répondant cela.
Il est installé à son bureau au moment où il parle. A l'instant où je lui réponds, il quitte la paperasse des yeux, se lève et me fixe. Son regard est si perturbant, s'en est déroutant.
– Ne soyez pas si dure avec vous-même Mlle Torne, vous êtes ici pour apprendre et la première chose que j'enseigne à mes élèves, c'est de ne jamais se sous-estimer !
Sa voix est assurée, peut-être même un brin autoritaire. 
Ce n'est qu'à ce moment-là, que je remarque son sourire. La façon qu'il a de me regarder me donne une étrange sensation dans le bas-ventre. De plus, il dépasse largement mon mètre soixante-sept et ce qu'il dégage ne me laisse pas de marbre.
– On va commencer par les bases. Pour connaître son instrument, il faut connaître les notes. Cela vous servira plus tard.
Il m'explique l'importance des partitions. S'il me parlait chinois, je n'y verrais aucune différence. Après m'avoir expliqué en long et en large ce qu'est une partition et comment lire ce qu'il y est écrit. Il me demande si les explications sont claires. J'aquiesce sans oser lui dire que ce qu'il baragouine est incompréhensible.
– Installez-vous, je vais vous expliquer comment tenir votre guitare.
Il s'assoit face à moi avec son instrument, commence à bouger les cordes en me décrivant les accords. Je le trouve captivant, je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui dégage un tel charisme. Il me propose de faire un essai, pour vérifier si j'ai compris la leçon. J'aurais pu, si j'avais écouté ses explications plutôt que d'être concentrée sur ses mains. Le résultat est une catastrophe, mais il me certifie que c'est normal et que part la suite cela viendra naturellement. L'heure passe à une vitesse folle, lorsque je m'apprête à partir il me tend un classeur.
– Il y a plusieurs explications qui vous seront utiles là dedans. note-t-il. Essayez d'étudier un peu avant mercredi prochain.
– Oui, bien sûr ! assuré-je.
Je m'apprête à quitter les lieux quand il s'adresse à nouveau à moi.
– Mademoiselle Torne...
– Oui ?
– Vous n'avez pas rempli votre fiche d'inscription. Était-ce un tel supplice pour que vous preniez déjà la fuite ?
– Euh, non pas du tout ! balbutié-je mal à l'aise. Vous étiez parfait. Mais oui vas-y, dis-lui que ta culotte est prête à prendre feu tant que tu y es ! Je veux dire, votre façon de jouer est parfaite. Merci monsieur Martinez.
Il se frotte le menton et je vois qu'il se retient de rire. Et la palme d'or des empotées c'est pour qui ? Pour Bibi !
– Eh bien, vous m'en voyez ravi, répond-il sans avoir l'air de remarquer mon trouble.
Je ne sais pas s'il se fout de moi ou s'il est véritablement flatté, mais la première option me semble justifiée. 
Je prends le temps de remplir les papiers, de discuter un peu des modalités et je rentre chez moi.
Nathan est déjà là. Il est venu directement après sa journée de travail. Il est opérateur dans une société télécom, il occupe sa fonction depuis un an et il aime ce qu'il fait.
– Alors, ton premier cours, raconte ? demande-t-il, en déposant un baiser sur mon front.
– Pas mal, c'est un peu plus compliqué que je le croyais.
– Je suis sûr que tu finiras par jouer comme une vraie petite star. Il me regarde avec fierté et je me sens un peu coupable en repensant à ce fameux cours.
– On verra, marmonné-je
– Comment est ton prof ?
Forcement il fallait qu'il me la pose cette question.
– Normal, reponds-je brièvement.
– Ok, cool ! Je te demande ça parce que je me suis un peu renseigné à son sujet et sa réputation me dérange un peu.
– Sa réputation ? Tu en sais déjà plus que moi, j'ai eu pour seul écho qu'il était expert dans son métier.
– Je n'en doute pas, mais il est aussi expert en tant que coureur de jupons.
– Ah bon ? Peu importe, tant qu'il est doué pour m'enseigner ce pourquoi je paie. Le reste ne concerne que lui.
– Tu as raison, mais fais attention quand même.
La sonnette vient mettre un terme à cette conversation. Nathan se lève d'un bond pour ouvrir la porte.
– C'est le livreur, j'ai commandé des pizzas.
– Bonne initiative. gloussé-je
Ce soir là, un sentiment étrange m'a envahi lorsque Nathan m'a serré contre lui. Pourquoi ai-je l'impression d'être coupable de quelque chose que je n'ai pas fait ? Hugo est très bel homme et son charme ne m'a pas laissé indifférente. Pourtant je n'ai dépassé aucune barrière et je n'ai pas l'intention d'en arriver là. En y repensant, ses yeux et son sourire prennent possession de mes pensées. Ressaisis-toi ! Ton mec est à côté de toi. Qu'est-ce c'est que cette idée de penser à un autre homme ?

***

La semaine est passée à une allure folle, entre le boulot, mes révisions et mes moments avec Nathan, je n'ai pas vu le temps passer.
– Allô la terre ?
Daphnée me sort de mes pensées.
– Qu'est-ce qu'il y a ? marmonné-je.
– À quoi penses-tu ?
– A rien de spécial, je me demande si je vais réussir à mettre en application ce que j'ai étudié.
– Coquine ! Je suis sûre que tu penses à ton prof sexy.
– N'importe quoi ! Tu es vraiment obsédée ma parole.
– Ça ne te ferait pas de mal de l'être un peu plus. C'est vrai quoi ? Tu es encore jeune pour te priver des bonnes choses de la vie.
– Daphnée, je suis en couple ! rétorqué-je.
– Et alors ? Ça ne fait pas de toi une nonne.
N'importe quoi ! J'ignore sa remarque et range un peu la boutique. Ceci dit elle n'a pas tort. Je pense à mon prochain cours mais pas de façon très conventionnelle. Après tout, ce n'est pas parce qu'on ne peut pas manger le dessert, qu'il est défendu de regarder le menu !
En quittant la boutique, je me rends directement chez monsieur Martinez. Je suis étonnée d'être accueillie par une femme. Elle est superbe, ses jambes vertigineuses sont dignes des mannequins de Victoria Secret. Je la jalouse silencieusement.
– Entrez, je le préviens de votre arrivée, annonce-t-elle
Pour les notions de politesse on repassera ! Bonsoir, c'est en option ? Pimbêche.
Elle ne s'attarde pas, lorsque mon professeur est prévenu, il arrive rapidement. Il est encore plus beau que dans mes souvenirs.
Arrête de le mater Mina.
Je rougis à cette pensée et tente de masquer l'effet qu'il a sur moi.
– Mademoiselle Torne, énonce-t-il. 
– Monsieur Martinez...
– Hugo, reprend-il. Tutoyons-nous, c'est plus convivial.
– Je préfère aussi, affirmé-je
A peine la porte de son bureau fermée, il me donne une guitare et je me mets à lui expliquer ce que j'ai retenue, de ce que j'ai étudié et visionner sur le net.
– Une passionnée, intéressant... ajoute-t-il.
– J'adore ça, les mélodies acoustiques au son de guitares m'ont toujours aidé à lâcher prise.
– La musique, ça transporte ! formule monsieur sexy.
Il pose son tabouret derrière le mien et je commence à jouer quelques accords maladroits. Ses mains recouvrent les miennes lorsqu'il me guide. Est-ce vraiment de cette manière qu'il est censé m'apprendre ? Étrange comme méthode.
– Tu sens la vibration des cordes ? 
– Je... euh oui, je les sens. reponds-je en gloussant. Je sens surtout une sensation étrange me parcourir, ça pue Mina, barres-toi !
– Ce n'est que du bois, mais c'est tendre. Une guitare, ça se caresse.
Son regard caresse ma nuque, je le ressens dans tout mon corps, aussi malsain que cela puisse paraître, je n'ai jamais rien éprouvé de tel avant aujourd'hui !
– Comme ça, doucement. Parfait ! souffle-t-il.
Une sensation étrange m'enveloppe, lorsque je tourne la tête pour le regarder, ses yeux se posent dans les miens. Mes mains sont moites et j'accuse un frisson le plus discrètement possible.
– Tu vas bien ? demande-t-il en m'observant plus ardemment.
– Oui, je suis un peu fatiguée, c'est tout.
– Il te reste une demi-heure, après tu seras libre d'aller te reposer. Tâche de te concentrer.
Évidemment, c'est simple comme bonjour. Je suis en transe, presque enlacé par un mec beau comme un Dieu que je connais à peine. Étonnant que je sois distraite.

***

Assise aux côtés de Nathan devant un bon film, mon téléphone vibre. Je m'attends à ce que ce soit Daphnée qui me chambre suite à notre discussion de tout à l'heure, mais c'est un numéro inconnu qui apparaît sur l'écran.

[Bonne soirée, mademoiselle Torne, restez motivée, je suis certain que nous allons faire du bon boulot ensemble.]

Il a craqué son slip ma parole ! Pourquoi ce message ? Ce n'est pas normal. Ne répond pas, ne répond pas...
J'ignore ce que me dicte ma voix intérieure et répond.

[Merci pour vos encouragements, j'espère ne pas vous décevoir.]

– C'est qui ? m'interroge Nathan
– Daphnée, balbutié-je
– Qu'est-ce qu'elle te raconte pour que tu souris à ce point ?
– Elle m'encourage pour mes cours. mens-je effrontément.
Cette réponse semble lui suffire, il porte à nouveau son attention sur le téléviseur.

[Revenons-en au tutoiement, je suis sûr que j'ai beaucoup de choses à t'apprendre. Passe une belle soirée.]

Au fil des semaines nous sommes devenus plus proches, les messages sont de plus en plus fréquents, à tel point que je me sens obligée de mettre de la distance. J'ai aussi loupé deux semaines de cours pour rester aux côtés de Nathan. Pourtant mes pensées se tournent vers Hugo. Il m'attire c'est plus fort que moi. Malgré mes efforts pour me recentrer sur ma relation, j'en arrive à penser à lui lorsque nous faisons l'amour. A imaginer ses mains sur moi, sa bouche parcourir ma peau. Je fais au mieux pour me ressaisir en me disant que les choses passeront comme elles sont venues.

Transparent Lies  (nouvelle version)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant