Chapitre 29

85 15 0
                                        

Hugo


– Laisse-moi au moins le prévenir que tu es là, marmonne Mina.
– Dis-lui de monter, et rien d'autre.
– Theo, tu peux monter, dit-elle dans un soupir.
Elle se retourne vers moi, plantant ses yeux dans les miens.
– Hugo, ne sois pas trop...
– La ferme ! tonné-je
Elle n'a pas choisi le bon moment pour me faire ses recommandations. J'attends devant la porte, celui-ci pâlit en me voyant.
– Hugo... s'étonne-t-il.
– Entre, me contenté-je de répondre.
–Je ne savais pas que tu étais rentré, lance-t-il, mal à l'aise.
– Bah tu sais... quand j'ai entendu que mon frère tentait de baiser ma copine... je me suis dit qu'il était peut-être temps de revenir.
– Nous ne sommes pas allés jusque-là... se justifie-t-il.
– Me voilà rassuré ! Tu sais, quand je t'ai demandé de prendre soin d'elle ; ça ne signifiait pas : mettre tes sales pattes dessus ! hurlé-je.
– Tu l'as quitté si mes souvenirs sont bons. On n'a pas cherché ce qui s'est produit. Tu n'as pas vu dans quel état tu l'as laissé. Moi, j'étais là, tout le temps ! s'indigne-t-il.
– Alors pourquoi me disais-tu que tout allait bien ? claqué-je
– Que voulais-tu que je te dise ? Tu avais déjà suffisamment de stress avec ton père !
– Oh... donc, tu cherchais à me préserver. Et par la même occasion, tu t'es dit que comme je n'étais pas là pour la consoler, tu t'en chargerais ?
– Non... je me suis attaché à elle. J'ai surmonté ton absence à ses côtés, reprend-il. Je l'ai aidé à aller de l'avant.
– En lui laissant croire que je ne reviendrais pas !
– En respectant ta volonté de la protéger de toi ! gronde mon frère.
Je prends son dossier et lui balance à la gueule.
– Maintenant que tu as ce dont tu as besoin, dégage.
– tu as eu ce que tu voulais, argue-t-il.
– C'est plutôt toi qui as loupé ce que tu cherchais ! Je te préviens, ne t'avise plus de lui parler, n'essaye même pas de poser ton regard sur elle. Parce que je t'arracherais les yeux à mains nues, c'est compris ?
Il quitte la pièce en claquant la porte. Mina s'approche de moi en douceur. Je sens qu'elle n'ose pas s'avancer, par peur d'être trop envahissante.
– Est-ce que ça va ? demande-t-elle d'une voix brisée.
– À ton avis Torne ?
– Hugo... je me sens tellement mal à l'aise par cette situation. Mais n'oublie pas que c'est ton frère.
– Justement ! C'est mon frère, putain. J'aurais pu comprendre que tu sois tentée d'aller de l'avant. Que tu choisisses n'importe quel couillon. Mais pas lui.
– On a perdu le contrôle des choses.
– Y compris de ton esprit ? Comment croyais-tu que je réagirais ?
– OK, puisque tu veux qu'on en parle, je vais te le dire, crache-t-elle.
– Je suis tout ouïe !
– Je me suis dit que tu étais trop occupé pour t'en soucier. Mais merde, Hugo, qu'est-ce que tu crois ? Tu t'en va, me laissant dans le désarroi le plus total et je dois anticiper que tu vivras mal le fait que j'aille de l'avant, quand toi-même tu me dis que je dois te laisser tranquille ?
Il me regarde intensément. J'attends de lui un mot, un geste. Toutefois, il ne bouge pas d'un iota. Alors, je continue :
– J'ai passé des journées au lit, à ne pas manger, à n'être plus que l'ombre de moi-même. Des nuits sans sommeil, à hurler en écoutant ta voix sur ton répondeur. Encore et encore. Theo est venu me voir, il s'inquiétait pour moi, me soutenait. Alors oui, je pouvais sortir et me changer les idées avec n'importe qui. Sauf que je n'avais pas la tête à sortir. Je n'étais pas prête à renoncer à toi et ça n'a jamais été le cas. Mais de façon naturelle et incontrôlable, je me suis laissé aller à l'attention que Theo avait pour moi. Et de fil en aiguille un attachement s'est faufilé entre nous. Alors, tu peux me blâmer, dire ce que tu veux. Même si tu n'étais pas là, tu as ta part de responsabilité !
Est-ce qu'elle dit vrai ? Ai-je vraiment contribué à ce que cela se produise? Non, je refuse de croire que j'y ai tenu un rôle.
– Il savait que je reviendrais. Que j'étais inquiet pour toi. Il était au courant de mes incertitudes. Putain, il savait, merde ! crié-je en frappant du poing sur la table.
Mina se rapproche de moi. Ses bras entourent ma taille. Son visage se pose dans mon cou. Je sens sa chevelure danser sur ma peau.
– Je t'aime ! Je te demande pardon, Hugo. Mais j'aurai beau me justifier un milliard de fois, ça ne changera rien à ce que tu ressens.
– Est-ce que, tu lui as dit à lui aussi que... soufflé-je en craignant sa réponse.
Elle se déplace et me fait désormais face. Ses mains caressent mon visage. Je perçois une perle au bord de ses yeux.
– Jamais, tu m'entends ? Mon coeur t'appartient. C'est toi depuis le jour où je t'ai croisé et ça n'a jamais changé, sanglote-t-elle.

***

Plus tard dans la journée, nous rejoignons mon domicile. Je lui propose un arrêt au supermarché. J'ai envie de cuisiner ce soir, l'ambiance familiale à laquelle je me suis habituée en Suisse me manque un peu. Nous parcourons les rayons, choisissant le nécessaire pour que je puisse préparer les pennes à la mozzarella di Bufala au citron et basilics. Tout est bio et de bonne qualité dans cette boutique. Quant aux pâtes, je les choisis fraîches. Il n'y a rien de meilleur.
– Quelque chose d'autre te fait envie ? demandé-je
– Oui, mais pas ici. Je trouve ce magasin super, mais bon. J'ai envie de choses à manger moins saines.
– Tu veux me dire que tu souhaites aller dans une grande surface ?
– Oui.
Nous passons à la caisse et nous lançons en direction d'Auchan. Mina choisit des chips, du fluff, ainsi que d'autres saletés et grimace lorsque je lui parle de sirop d'agave et d'oléagineux. Je ne me rends jamais dans ce type de magasins. En avançant, un gamin qui semble être âgé de cinq ans tout au plus, pique une colère. Je déteste la marmaille et leurs braillements.
Éduquez vos marmots, bordel de merde !
À notre retour, Mina range les affaires selon mes indications et je prends place aux fourneaux. C'est rapidement prêt, je suis affamé en humant la saveur qui se dégage dans toute la cuisine.
– Hummm, qu'est-ce que c'est bon, dit-elle en se régalant.
– Ravi que ça vous plaise, mademoiselle Torne.
Elle sourit et je comprends à son regard que nous faisons un bond dans le temps. Nous remémorant notre premier tête-à-tête.
– Tu aimes vraiment les pâtes, affirme-t-elle.
– Oui, c'est la seule chose que j'acceptais de manger étant gamin. Mon oncle James a tenté de me faire goûter à tout, mais mission impossible.
– De goûter ? reprend-elle.
– Oui...
– Hugo, il y a une question que je me pose. Je me suis retenue toute la journée, mais je ne peux pas faire comme si ça ne me tourmentait pas.
– Dis-moi, lancé-je en redoutant la suite.
– Comment Jenna savait que tu étais en Suisse ?
Putain, encore un sujet qui va foutre la merde.
– C'est elle qui a réservé mon vol.
Elle blêmit.
– Je te demande pardon ?
– Ce soir-là, Nathan était là et j'étais furax.
– Et donc...
– J'ai bu, OK ?
– D'accord, continue ! insiste-t-elle.
– Elle est venue frapper à ma porte et je lui ai confié que je souhaitais partir, relaté-je
– Est-ce que vous ?
– Non, Torne, Putain ! Tu imagines que je suis à ce point vide d'émotion ? Je lui ai demandé d'acheter un aller simple et quand elle en a eu fini, je l'ai chassé.
– Je ne veux plus que tu lui ouvres la porte, la prochaine fois qu'elle débarquera, grogne-t-elle.
– Hey... elle n'a aucune importance pour moi, d'accord ? éclaircis-je en prenant sa main.

***

Posés sur le canapé devant Mindhunter, nous sommes absorbés par la série.
– Tu savais que les scénaristes ont retranscrit les cent huit premières minutes de l'interview que Stéphane Bourgoin a réalisé avec Ed Kemper ? m'informe-t-elle.
– Non, tu as lu ça où ?
– Il en a parlé lors d'une conférence de presse.
– Je ne savais pas que tu t'intéressais à ce sujet, confié-je.
– Je le trouve passionnant !
Nous reportons notre attention sur le téléviseur. La soirée se déroule paisiblement, jusqu'au moment où la sonnette m'annonce l'arrivée que quelqu'un.
Qui ça peut être encore ? Bordel, c'est impossible d'être tranquille !
C'est avec étonnement que je retrouve Theo.
– Qu'est-ce que tu fais là ? grogné-je.
– Ce n'est pas moi qui ai souhaité venir.
– Et à aucun moment vous ne vous êtes dit que j'avais envie d'avoir la paix ?
– Maman est malade, son état s'est dégradé. Elle sait que ses jours sont comptés.
– Qu'est-ce que j'en ai à foutre ! C'est ta mère, pas la mienne.
– Hugo, coupe-t-elle en sortant de la voiture.
– Je n'ai rien à te dire, insisté-je.
– Je suis heureuse que tu aies retrouvé ton père. Je suis bien consciente que tu n'éprouves pour moi que de la haine. C'est plutôt mérité, mais ma vie est désormais de courte durée. Et je veux obtenir avec toi une conversation à coeur ouvert. Il y a des choses que tu dois savoir.
Au même moment Mina nous rejoint. Mon regard passe de l'un à autre. Je me sens mal, ma gorge est nouée. Je ne veux pas savoir, pourtant, une partie de moi a besoin de réponse.
– Retourne dans le salon, insisté-je en me retournant sur elle. Quant à toi, tu gardes tes distances, compris ?
J'embarque ma génitrice dans mon bureau, malade à l'idée que mon frère et Mina soient tous les deux seul de l'autre côté.

Transparent Lies  (nouvelle version)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant