Chapitre 2

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Mina
Aujourd'hui

– Partons ce week-end à Rome. lancé-je a Nathan alors que nous sommes à table.
– Rome ?  m'interroge-t-il.
– Oui, je veux voir la fontaine de Trevi et comme tu viens de le dire ça nous fera du bien de partir.
– Si tu veux. Tu vas bien ? Tu t'es précipité dans la salle de bain sans avoir touché à ton petit déjeuner.
– Oui ça va, mauvaise période du mois, alors tu sais...
– Si tu le dis, je te trouve bizarre depuis quelques temps.
– Tout va bien, ne t'inquiète pas, finis-je par dire, incapable de trouver une excuse valable.
Il n'est pas bête, il a remarqué mon changement de comportement. Mais que pourrais-je lui dire ? J'ai bien conscience que la proximité qu'Hugo et moi avons eu ces derniers temps est anormale pour deux personnes en couple. Ça n'a pas été plus loin, mais ça ne m'empêche pas de me sentir coupable.
Mon téléphone me sort de mes pensées. 

[Happy Birthday chérie, rejoins-moi à l'Olympic café, j'ai besoin de me changer les idées.]

– Ronan me propose de le rejoindre. Ça te tente ? proposé-je a Nathan en croisant les doigts pour qu'il refuse.
– Pas ce soir, j'avais envie qu'on reste tout les deux.
– Je ne rentrerai pas tard. On a fait que ça ces derniers temps, il me manque j'ai envie de le voir.
– Vas-y si tu veux, de toute manière je pense que Ronan n'a pas envie que je t'accompagne.
Mon meilleur ami Ronan est gay. Lui et Nathan ont toujours eu du mal à s'entendre. Nathan est trop coincé et ennuyeux aux yeux de Ronan. Quant à Ronan, il est trop excentrique au goût de mon cher et tendre.
– Bon d'accord, je vais me changer. 
– Attends, tu es sérieuse ?
– Quoi, pourquoi ?
– Tu t'en vas vraiment ? s'indigne-t-il.
– Je t'ai proposé de m'accompagné, désolée mais je n'ai pas envie de regarder un film une fois de plus. J'en ai marre de toujours faire la même chose si tu veux tout savoir.
– Qu'est-ce que tu racontes ?
– On n'a rien fait depuis des semaines, j'ai vingt-cinq ans et quand je regarde notre mode de vie, j'ai l'impression d'en avoir le double.
– Je vois, tu sais quoi... je vais rentrer chez moi ce soir, tu as l'air plus intéressée par ton envie de faire la fête !
– Arrête d'amplifier les choses tu veux ? Ronan a besoin de moi, j'y vais ! Et puis comme c'est mon anniversaire c'est une occasion que je n'ai pas envie de manquer quand je sais d'avance qu'on va passer un bon moment.
– Va t'amuser alors, moi je rentre !
– Bien, fais ce que tu veux.
Je file vers la salle de bain, je ne veux pas louper cette sortie, j'ai besoin de me changer les idées, zapper Hugo de mon esprit, son visage ne quitte pas mes pensées et ça me rend folle. Ronan est sans doute la seule personne capable de me faire penser à autre chose. De plus il est de bon conseil.

[OK, on se rejoint à 20H30.] 

[À tout à l'heure !]

***

À 20H30 comme prévu je rejoins Ronan.
– Bébé, tu es magnifique !
– Tu n'es pas trop mal non plus.
– Pas trop mal ? Tu veux rire. Je suis carrément à tomber, je veux avoir l'air disponible et sexy, insiste-t-il.
Ronan est tellement mignon, c'est le genre de gars à faire tomber les minets. Il a tout pour lui et il le sait très bien. Son visage doux, ses yeux bleus et ses cheveux châtains toujours coiffés à la perfection ne laissent pas indifférent.
L'endroit où nous sommes est très sélect. Pour l'occasion je me suis habillée avec une jolie robe cintrée qui retombe au-dessus des genoux. Au centre de la pièce se trouve une scène où jouent de très bons groupes récents, j'ai déjà fait de jolies rencontres musicales ici.
– Je suis amoureux ! révèle mon ami.
– Pardon ? Amoureux toi ? Tu n'es pas "disponible et sexy ?"
Il lève les yeux au ciel suite à ma remarque.
– C'est pour le fun honey. Nous nous sommes rencontrés lors de mon voyage à Madrid. 
– Madrid ? Et où habite-t-il ? 
– Là est bien le problème, il vit en Espagne. 
– Ah... effectivement c'est un peu loin. Que comptes-tu faire ?
– Je déménage. lance-t-il enthousiaste.
Je recrache mon champagne. Il est malade ou quoi ?
– Je te demande pardon ?
– Je m'en vais, chérie. On ne vient pas au monde dans un pays pour être contraint d'y vivre jusqu'à la fin.
– Je suis d'accord, mais tu le connais à peine. Si ça ne fonctionne pas, qu'est-ce que tu feras ?
– Je reviendrai, ce que je laisse derrière moi ce n'est que du matériel, si ça dérape je continuerai ma vie et lui aussi ! Mais je veux tenter le tout pour le tout.
Cette idée me rend heureuse pour lui et triste à la fois. Cela implique que je le verrais très peu.
– J'espère que tout ira comme tu le souhaites.
Je lève mon verre afin de trinquer à sa nouvelle vie.
– A moi ! pouffe-t-il.
– À toi mon chéri !
– Et à tes vingt-cinq balais.
– Euh... ouais ! trinqué-je sans grande conviction.
La soirée est sympa, nous dansons, rions à n'en plus finir. Je me sens légère. Ronan est un pitre, avec lui on ne s'ennuie jamais. D'ailleurs l'amoureux transi ne se prive pas de butiner ailleurs.
Je suis en train de danser, lorsque je sens des mains sur mes hanches. Je me retourne, c'est un homme que je ne connais pas.  Il est blond et joufflu, ses yeux me déshabillent vicieusement, je me détache mais il rapplique.
– Alors ma jolie, tu t'amuses toute seule ?
– Oui et ça me convient, bonne soirée.
– On peut s'amuser ensemble si ça te chante, rétorque le gros pervers.
– Laissez-moi tranquille, je ne suis pas intéressée. 
– Oooh, elle fait la difficile !
Sa main attrape mon bras brutalement, je me détache mais il continue.
– Elle te dit qu'elle n'est pas intéressée ! grogne une voix qui m'est familière.
Je la reconnaitrai entre mille, même si je suis surprise par le venin qui en sort. Je me retourne et effectivement c'est bien lui : Hugo est là, le regard noir, la mâchoire serrée. L'indésirable personnage s'en va bredouille.
– Merci... bafouillé-je étonnée de le voir ici.
Mais qu'est-ce qu'il fait ici celui-là ? De tous les bars de Paris il fallait qu'il soit là !
– Bonsoir !
– Bonsoir Hugo.
– Je suis content de voir que tu es toujours en vie.
– Écoute, je suis désolée... je trouve qu'on se rapprochait un peu trop.
– Je vois. décrète-t-il.
– OK, dans ce cas, bonne soirée.
Je me détourne mais il me devance et m'oblige à lui faire face.
– Avec qui es-tu Torne ?
Qu'est-ce que ça peut lui faire ? Je le regarde, muette.
– Je t'ai posé une question ! insiste-t-il d'une voix acerbe.
– Je... enfin j'ai... je veux dire... Ronan, il est là, en train de danser.
– Ronan... ?
Je suis incapable d'aligner trois mots correctement. Ses yeux, sa voix, sa présence, c'en est trop ! Dégage Mina, ne reste pas là à lui taper la conversation. Mauvaise idée, très très mauvaise idée. Mais je ne bouge pas d'un pouce réduisant ma conscience au silence.
– Comment rentres-tu ? 
– Voiture !
– Avec qui ?
– Avec moi !
Il me dévisage silencieusement, je souris en le voyant reluquer ma poitrine. Alcool de merde, fait chier ! Il continue à m'examiner et je me mets à rire sans raison.
– Il est hors de question que tu prennes le volant dans cet état.
Ah ouais ? Et en quel honneur, monsieur je m'incruste dans un bar que je devrais éviter alors que la ville en est bondée ?
– J'ai mon papier, tu sais. affirmé-je fièrement.
Et toc !
– Ton papier ? 
– Ouiii, celui qui stipule que je peux conduire, articulé-je. 
– Ton permis de conduire, OK... Sauf, que vois-tu il ne te sera d'aucune utilité ce soir.
Je commence à rire, j'en ai mal au ventre. D'aucune utilité ? Non mais oh redescends ! C'est quoi son problème ?
Il m'attrape par la main sans me laisser d'autre choix que de le suivre. En peu de temps nous sommes devant sa voiture. Il ouvre la portière sans me laisser le temps de protester.
– Entre !
– On va où ?
– Je vais te déposer chez toi, tu te débrouilleras pour récupérer ta voiture demain matin.
– Mais je n'ai pas envie de partir, râlé-je.
– Je n'ai pas que ça à foutre, dépêches toi !
Je me fige en découvrant la colère qui anime ses yeux.
– Où habites-tu ?  s'enquiert Hugo.
– Avenue Saint-Ouen 
– Est-ce que tu te rends compte de ce qui aurait pu se passer si je n'étais pas venu ce soir ? Est-ce que tu imagines ce que ce crétin avait derrière la tête ? tonne-t-il.
Il est sérieux ? Il m'engueule vraiment ! Il se tourne furieusement vers moi. C'est alors que je prends conscience que je ris. La voiture s'arrête brusquement.
– Je peux savoir ce qui est drôle ?
– Tu parles comme si tu étais mon père !
Mon fou rire reprend de plus belle, je ressens l'agacement dans son soupir.
– Quel numéro ?
– Numéro de quoi ?
– De ta maison Torne, bordel ! Tu me gonfles vraiment à rire comme une écervelée, alors que tu aurais pu passer un sale quart d'heure !
J'essaie de rester sérieuse, mais en imaginant mon cerveau complètement vide, je ris de plus belle !
– Ton numéro, merde.
– Trente-sept, j'habite au trente-sept.
Il s'arrête devant mon immeuble, je m'apprête à ouvrir la porte, il attrape ma main pour me retenir.
– Mina... pourquoi tu ne m'as pas rappelé ? Pourquoi t'es-tu comportée avec moi comme si j'étais responsable de quelque chose.
Ne répond pas, tu es bourrée, il en profite pour savoir ce que tu penses.
– Parce que je t'aime bien.
La ferme ! N'en dit pas plus.
– D'accord... ça va aller pour monter ? Tu as un ascenseur ? 
– Ouais, j'ai aussi un domestique et un gardien, réponds-je en riant comme une idiote.
Il sort de la voiture et je reste à l'intérieur, déçue que le chemin ne soit pas plus long. Il ouvre ma portière et me tends la main.
– Viens, murmure-t-il.
Je saisi sa main, à cet instant je réalise que tout tourne autour de moi. J'avance d'un pas mal assuré, Hugo me rattrape lorsque je manque de tomber.
– Tiens-toi à moi.
– Merci de m'avoir raccompagnée, bonne nuit.
– Je ne vais pas te laisser monter seule dans ton état.
Je monte les escaliers en me tenant à lui. Pourquoi faut-il que ça se passe comme ça ? Quand je suis dans cet état ? Arrivés à l'étage je lui tends mon sac, je sais d'avance que trouver mes clés s'annonce compliqué. Il me sourit et comprend instantanément le fond de ma pensée. Quelques secondes plus tard je rentre chez moi. Je m'affale sur le canapé, plus rien ne compte, mon confort est prioritaire.
– Tiens, bois ça. marmonne-t-il en me tendant un verre d'eau.
– Merci.
– C'est mignon chez toi, petit, mais joli. 
– Ouais, c'est Stéphane Plaza qui m'a conseillé.
Un rictus se dessine sur ses lèvres et je me sens fière de le faire sourire.
– Tu veux que je t'aide à te mettre au lit ?
– Non, je vais rester ici.
– Tu vas dormir sur le canapé ? s'étonne-t-il.
– Oui, si je me lève je vais gerber.
Classe, bravo !
– Tu as besoin d'autre chose ?
Il place un coussin sous ma tête, me couvre avec le plaid qui est à mes pieds.
– Torne...
– Hum... soufflé-je incapable de prononcer un mot de plus.
– Moi aussi je t'aime bien.
Je ferme les yeux et le sommeil s'empare de moi instantanément.

***

Des bruits de vaisselle résonnent au loin. Ma tête bon sang ! Je tente d'ouvrir les yeux, mais impossible d'y parvenir. Je reconnais la voix de Nathan lorsque je l'entends ricaner. Et merde ! Au bout de quelques efforts, mes paupières s'ouvrent enfin.  La lumière du jour éclaire la pièce, ce qui me fait d'autant plus mal au crâne.
– Il faut qu'on parle ! peste-t-il.
Nathan est planté devant moi les bras croisés. Pas besoin d'être devin pour comprendre que mon état lui déplaît.
– Je suis désolée, j'ai un peu trop bu hier soir. 
– Comment es-tu rentrée ?
Je me garde bien de lui dire. J'étais bien entamée, mais pas au point de tout oublier.
– J'ai appelé un taxi. inventé-je.
– Et Ronan ? Il t'a laissé là et il est parti avec un mec, je me trompe ? 
– Il est parti avec un mec, et je suis rentrée en taxi ! Où est le problème Nathan ? grommelé-je, agacée par sa présence.
– Le problème, c'est que j'étais seul comme un con en espérant que tu finisses par appeler ! 
– Je t'ai proposé de venir avec moi et tu n'as pas voulu. 
– Arrête Mina, ce n'est pas le seul problème, tu me fuis ! Je ne sais pas comment réagir, je ne sais même pas ce que tu me reproches.
Pourtant j'essaie Nathan, je te jure que j'essaie...
– Je n'ai rien à te reprocher tu es toujours si... prévisible.
Il me scrute étonné par ma réponse.
– Je ne suis pas parfait, mais quoi que je fasse j'ai le sentiment que ça ne te suffit pas.
– Ne dis pas ça, ce n'est pas vrai. 
– Parle-moi, s'il te plaît.
Sauf que je n'ai pas envie de discuter. J'ai la tête dans le cul et je me sens émotionnellement perdue. J'ai beau l'aimer, je ne contrôle rien de ce qui m'arrive.
– Je ne sais pas quoi te dire Nathan, le moment est plutôt mal choisi, réfléchir me demande trop d'efforts.
Il ne relève pas ce que je viens de dire et disparaît de mon champ de vison. Au moment où il réapparaît, il me tend une tasse.
– Tiens, ça va sans doute soulager ta gueule de bois. Fais attention c'est bouillant.
– Merci !
– Tu sais que je t'aime, n'est-ce pas ?
– Bien sûr ! Je t'aime moi aussi.
Il s'accroupit devant moi et pose son front sur le mien. J'ai beau me sentir perdue, honteuse et avoir peur de moi-même, la douceur que je lis dans son regard me fait du bien. Quand il s'installe à mes côtés, je me blottis contre lui, une boule se forme néanmoins dans ma gorge lorsque le visage de Hugo envahit à nouveau mes pensées. Je songe à tout un tas de choses pour que son image disparaisse mais en vain. Nathan m'enlace d'avantage et je ressens un désagrément malgré moi.
Installés l'un contre l'autre, je me torture intérieurement à l'idée qu'un autre homme me consume.
— Alors, va pour Rome ? lance soudain Nathan.
J'acquiesce en lui répondant par un sourire. Pourtant, je sais d'avance que ce n'est pas l'idée du siècle, mon instinct me le souffle au plus profond de moi.

Transparent Lies  (nouvelle version)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant