Chapitre 21

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Mina

Je ne me souviens plus de quelle façon je suis rentré chez moi. Je ne parviens pas à me souvenir à quel moment je suis parvenue à monter les escaliers, ni même si je suis revenue avec ma voiture ou non. Allongée sur le canapé, Théo me recouvre du plaid. Cette scène me semble étrangement familière.
– Ça va aller, ne t'embête pas avec ça, articulé-je.
Il s'agenouille face à moi et même si je suppose à cet instant que mon état est sans le moindre doute pitoyable, ce détail aussi me rappelle Hugo.
– Il est parti pour de vrai ? chuchoté-je.
– Euh... oui.
Mes larmes dévalent à nouveau mes joues. Me voilà à nouveau submergé par mes émotions.
– Où est-il allé ? finis-je par demander.
– Il ne m'a rien dit, je ne savais même pas qu'il quittait le pays avant aujourd'hui.
– Le pays... répété-je.
Je me remémore soudain la conversation qu'ils ont eue avant son départ. Effectivement, ils ont parlé d'avion. Je me sens impuissante, délaissé par cet homme qui m'a pourtant brisé le cœur. À l'heure qu'il est je ne sais plus quel rôle tenir dans cette histoire. Qui de nous est le bourreau, lequel est réellement la victime ? Je ne souhaitais plus le revoir. En partant, il respecte mon choix. Et, pourtant je me sens comme s'il m'avait abandonnée.
Tu es bipolaire ma parole !
– Je vais te laisser dormir, je te file mon numéro si tu as besoin, tu peux m'appeler.
– Merci. Pourrais-tu téléphoner à mon ami Ronan, s'il te plait. Mon cellulaire doit être là, quelque part. Je n'ai pas très envie de rester seule cette nuit.
– Je m'en occupe.

***

Il est 01H20 du matin lorsque j'ouvre les paupières. Des voix me parviennent du rez-de-chaussée. Curieuse de savoir ce qu'il se passe, je me lève pour vérifier qui est là. J'avance d'un pas lourd, déçue de constater que le temps s'éternise. À l'instant où j'atteins ma destination, Daphnée se rue sur moi.
– Ma puce, comment vas-tu ?
Elle est sérieuse ? Je ressemble à un épouvantail.
Ronan lui a sans le moindre doute fait un compte rendu de la situation, elle me pose cette question. Je me contente de hausser les épaules ne sachant pas quoi répondre.
– C'est une question puérile, lance Ronan en me scrutant.
– Ce n'est rien, affirmé-je.
Elle m'embarque par le bras et me traine jusqu'au canapé. Mon ami nous suit, inquiet de me voir si affaiblie. Je lui adresse un léger sourire lorsque je suis assise, pour le rassurer, même si je sais que cela sonne faux. Tout autant que le clin d'œil qu'il me renvoie.
– Si tu as besoin de quoi que ce soit, je suis là, assure Daphnée.
– Merci, mais ça ira.
– Je ne m'attendais pas à te voir debout, ajoute-t-elle.
– Je ne trouve plus le sommeil, soupiré-je.
– Quand je pense qu'il a osé venir jusqu'à la boutique et qu'ensuite...
Elle marque une pause, me détaille de haut en bas en respirant bruyamment.
– J'aurais dû lui couper les couilles quand j'en avais l'occasion, gronde-t-elle.
– Est-ce qu'on pourrait arrêter d'en parler ? me renfrogné-je. Il est parti, il n'y a rien d'autre à dire.
– Ce n'est pas ce que signale ton allure, souligne Ronan.
– Je finirais par m'y faire, expiré-je.
Alors qu'ils sont en train de me regarder attentivement sans oser prononcer le moindre mot, je me lève et regagne ma chambre en traînant des pieds. Une fois affalée sur mon lit, je me laisse submerger par un nouveau flot de larmes.

***

Le contact d'une paume sur mon dos me réveille en sursaut. J'ai espéré le temps d'un instant que ce soit lui, mais ce n'est autre que Ronan. Je le regarde, attendant de savoir ce qu'il a à me dire.
– Chérie... ?
– Oui.
– Tu ne veux pas te lever un peu ?
– Non.
Je me retourne en soulevant la couette pour me cacher dessous. Retrouvant mes sanglots qui ne m'ont laissé qu'un faible répit cette nuit, mes larmes sont acides à m'en brûler les yeux. Je ne sais même pas si c'est encore le matin ou s'il est déjà plus de midi.

Transparent Lies  (nouvelle version)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant