Chapitre 18

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Mina

– Mina, tu es certaine que tu ne veux pas manger quelque chose ?
– Non merci...
Lorsque je suis repartie de chez Hugo, j'ai croisé Nathan en chemin. En voyant mon état déplorable, il m'a proposé de me raccompagner. Étant à pied sous une pluie battante, j'ai accepté sa requête. Nous sommes attablés face à face.
– Et si tu me racontais ce qui s'est passé ?
– On s'est disputés.
– Et une simple dispute te met dans cet état ? s'inquiète-t-il.
– Oui ! Il n'y a rien eu de plus. Daphnée et toi laissez constamment sous-entendre qu'il se passe autre chose.
– Tu ne peux pas en vouloir aux gens de tenir à toi. Je ne t'ai jamais vu dans un tel état. S'il a osé te toucher, je te jure que...
– Non, il n'est pas comme ça. Ne pense même pas à cette possibilité, argué-je.
– Si tu le dis...
Il est évident que je ne vais pas lui faire part de la situation dans laquelle je me trouve. Même si je reconnais que sa présence m'apaise. Lui et moi avons un passé commun récent. Ce serait très malsain de lui faire des confidences.
– Je te remercie d'avoir pris la peine de me raccompagner, lancé-je, ne sachant pas quoi dire d'autre.
– C'est normal, je n'allais pas te laisser là. Tu es certaine que tu ne souhaites pas manger ?
– Je n'ai pas vraiment d'appétit, mais merci.
– Je vais te laisser. Je bosse aujourd'hui. Ça va aller ? se soucie-t-il.
– Ne t'en fais pas, Ronan va arriver. En plus, demain je reprends le boulot, ça me fera du bien.
– D'accord, si tu as besoin... je suis là, déclare-t-il.
– Merci, Nathan, c'est très gentil.
– Est-ce que cela signifie que vous n'êtes plus ensemble ? demande-t-il.
– Je n'en sais rien.
Tu devrais le savoir, il s'est quand même envoyé en l'air avec quelqu'un d'autre.
Je ravale les sanglots qui menacent. D'où me vient ce besoin de le protéger ? Même après avoir appris le pire.
Un message me parvient, j'hésite un moment avant de l'ouvrir lorsque je vois son nom apparaître. Mon cœur loupe un battement, mes larmes s'échappent à l'instant où je commence à lire ce qu'il m'a envoyé.

[Je n'ai aucune excuse à te donner, je suis sincèrement désolé. Reviens-moi s'il te plaît, je me sens perdu sans toi. Est-ce qu'on peut discuter ?]

[Je ne suis pas certaine de pouvoir passer au-dessus de ça Hugo. L'alcool ne justifie pas tout, prend soin de toi.]

J'ai tellement mal, comment a-t-il pu ? Moi qui croyais qu'il tenait à moi sincèrement.

[Je m'en veux, tu n'as pas idée... je pensais que tu ne voulais plus de moi, j'imaginais que je t'avais perdue. Alors, j'ai bu jusqu'à plus soif. J'étais incapable de réfléchir. Je t'assure que c'est la vérité.]

[C'est censé me réconforter ? Laisse tomber Hugo. Va te taper qui tu veux, ce n'est plus mon problème !]

La sonnette m'annonce l'arrivée de Ronan. Je décroche tout de même l'interphone, pour vérifier et lui ouvre la porte.
J'attends à l'entrée de mon appartement qu'il débarque.
– Bonjour petite...
Il s'arrête net en me voyant.
– Que s'est-il passé ? se corrige-t-il en me serrant dans ses bras.
Nous entrons à l'intérieur et j'éclate en sanglots en lui racontant ma nouvelle mésaventure. Je zappe quelques détails comme les secrets liés à Hugo. Il me serre contre lui en me murmurant que tout va bien aller. Lorsque je me calme un peu, il me propose un verre d'eau et prend place à mes côtés.
– Chérie, je suis désolé. Je ne sais pas trop quoi te dire... avoue-t-il. Je sais que tu tiens beaucoup à lui, j'imagine l'ampleur de ta peine.
– Merci, bafouillé-je en lui prenant le verre des mains. Je ne sais pas quoi penser, jamais je n'aurais imaginé une chose pareille.
– Je ne vais pas le juger sans le connaître. Mais sa réputation le précède.
– Comment sais-tu cela ? hoqueté-je dans un sanglot.
– Après être venu te voir, je me suis un peu renseigné à son sujet. J'osais espérer qu'il soit différent avec toi.
– Il l'est ! C'est d'ailleurs pour cette raison que je ne saisis pas.
Mon ami me tend un mouchoir, j'essuie les larmes qui ne cessent de couler.
– Est-ce qu'il a tenté de te contacter depuis ?
– Oui, regarde.
Je lui tends mon smartphone et lui montre nos derniers échanges. Je n'ai pas le courage de les lire à voix haute.
– Bien répondu ma cocotte ! Ne te laisse pas traiter comme une moins que rien. Tu es un petit diamant, il n'a qu'à réaliser ce qu'il a perdu.
– Je ne sais pas comment je vais tenir le coup Ronan, je l'aime tellement... si tu savais à quel point ça me déchire. Je voudrais pouvoir m'arracher le cœur de cette foutue poitrine.
– Mon petit bourdon, tu as vécu dans un monde ennuyeux avec Nathan. Ce gars-là a une vie tout autre. Tu t'attendais sincèrement à ne pas être blessé par ce genre de type ?
– Je n'en sais rien...
– Toi et moi nous sommes identiques. Et c'est pour cette raison que je suis sûr que tu retourneras vers lui. Tout comme je sais qu'il te fera davantage du mal.
– Non ! Je ne veux plus rien savoir, c'est terminé.
– À d'autres, il te rend maso ! Regarde-toi, tu n'es plus celle que tu étais avant de le connaître. Ce mec te rend folle parce qu'il est tout ce que tu ne peux pas avoir ! De plus, il te donne le sentiment d'être vivante comme jamais. Je connais ça, on en rediscutera.
Je ne réponds pas à ce qu'il vient de dire, je ne veux pas y croire. À cet instant la seule envie que j'ai vis-à-vis d'Hugo, c'est de lui sauter à la face pour lui remettre les idées en place.
La sonnette retentit dans l'appartement, je me précipite sur l'interphone. Imaginant qu'il s'agit peut-être de Daphnée.
– Oui ?
– Ouvre-moi...
Mon cœur manque un battement lorsque sa voix me parvient.
– Va-t'en Hugo, je n'ai pas envie de discuter avec toi, encore moins de te voir.
– Je t'en prie, gémit-il.
Ronan s'avance à mes côtés, sa main se resserrant sur la mienne. Je ferme les yeux durant un quart de seconde. L'image de lui en train de coucher avec une autre femme envahit mes pensées.
– Ce n'est pas la peine d'insister, grogné-je en sanglotant.
– Je suis désolé Torne, tu n'as pas idée.
Ronan se retourne vers moi, une tristesse naissante dans le regard.
– Tu veux que j'aille lui parler ? propose-t-il.
– Non, reste avec moi.
Je sais que mon ami pourrait lui expliquer avec bienveillance que je ne suis pas en état de discuter avec lui, que je ne peux pas minimiser son acte et que j'ai besoin de temps pour faire le point avec moi-même. Mais son impulsivité me fait peur. La dernière chose que je souhaite, c'est que Ronan se ramasse un coup.
– Qui est avec toi ? s'époumone-t-il.
Sa réaction me confirme que je fais bien de refuser.
– Ça ne te regarde pas, je n'ai donné rendez-vous à personne dans un baisodrome à ce que je sache, craché-je.
– Torne, ouvre cette putain de porte !
La colère m'assaille, c'en est trop ! Il se permet de venir chez moi, agissant comme si j'étais coupable. C'est hors de question que je me laisse faire, je ne prendrais pas sur moi cette fois.
– J'en ai assez Hugo, tu comprends ça ? Tu agis comme si j'étais responsable de la situation. Comme si tu avais encore le droit de me dire quoi faire. Ce n'est pas moi qui ai été infidèle, alors ne te comporte pas avec moi comme si c'était moi la salope ici.
Il raccroche et je pleure sans me retenir. Je suis à bout de toutes ces histoires. Et en même temps, je ne peux pas m'empêcher d'être inquiète pour lui. J'ai bien conscience que ce qu'il traverse est difficile, je sais qu'il a besoin de moi. Toutefois je ne peux pas me resigner à oublier, c'est au-dessus de mes forces.
Mon ami me cajole, me murmurant que tout ira bien, que je suis forte, qu'il est fier de ma réaction.

Transparent Lies  (nouvelle version)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant