Mina
Theo est debout, les bras croisés, sa jambe tremble nerveusement.
– Comment tu te sens ? demandé-je.
– Tu n'es pas supposée rester loin de moi ?
– Sérieusement. Tu as l'air mal-en-point.
Les cernes sous ses yeux sont mauves, son teint est pâle et à la façon qu'il a de se tenir, je le sens agité.
– Disons que c'est loin d'être la meilleure période de ma vie, crache-t-il.
– J'imagine...
– Et toi, ça va ? finit-il par demander
– Oui, me contenté-je de répondre.
– Tu...
Son regard me fixe, il s'apprête à me dire quelque chose puis s'arrête. Je le scrute, interpellée.
– J'ai toujours su que ça arriverait. J'étais convaincu que le jour où il réapparaîtrait, tu ne verrais plus que par lui, s'écrit-il.
– Je suis désolée, soufflé-je, mal à l'aise.
– Oui, je l'ai bien compris, ricane-t-il.
– Theo, je ne souhaitais pas te blesser, vraiment. C'est arrivé comme ça. Et nous en avions discuté. Tu savais que ça ne serait pas sans conséquences. Et moi aussi, même si je préférais taire cette éventualité.
– Je regrette cet épisode. Je t'aime beaucoup Mina, mais mon frère... c'était irréfléchi.
– Laisse faire le temps, dis-je en tâchant de ne pas le décourager davantage.
– Je me demande bien ce qu'ils peuvent se raconter.
Moi aussi à vrai dire. Je sais dans quel état la présence de cette femme met Hugo. J'espère que ses révélations ne seront pas aussi graves que les précédentes. Et en même temps j'ose songer qu'il aura toutes les réponses aux questions qu'il se pose.
– Tu étais au courant que ta mère était malade ?
– Je savais qu'elle avait un cancer du sein. Mais les résultats s'annonçaient plutôt positifs au départ. Du moins c'est ce que je croyais. Jusqu'au moment où j'ai commencé à me rendre à l'évidence et à réaliser que sa santé se dégradait.
– Ça a dû être difficile pour toi.
– Oui, ça l'a été, affirme-t-il.
– Pourquoi tu ne m'as rien dit au moment où...
– Parce que, tu n'aurais rien vu d'autre que « la mère d'Hugo » me coupe-t-il. De plus, tu la détestes, alors à quoi bon ?
Il est vrai que je n'ai aucune sympathie pour cette personne. Mais j'aurais été là pour lui.
– Et puis, c'est inutile de revenir dans le passé ! Tu es avec Hugo aujourd'hui et moi... bref... ça n'a plus aucune importance, continue-t-il.
Je suis touchée par la tristesse qui tapisse sa voix. Même s'il n'a pas tort dans ce qu'il avance. Je ne peux pas m'empêcher d'être peinée.
– Le jour où elle a appris que son cancer était généralisé, ma mère n'a eu qu'une seule obsession : Hugo. Elle s'est promis de lever le voile avant de mourir, enchaine-t-il.
– Ce qui explique qu'elle soit si tenace...
La porte du bureau s'ouvre. Hugo apparaît et le regard qu'il me lance me glace le sang.
– Torne, viens ! gronde-t-il en se dirigeant vers le living.
Je le suis au pas de course. Il s'arrête à la cuisine.
– Je peux savoir à quoi tu joues ? beugle-t-il en me toisant.
– Hugo, s'il te plaît. Il ne va pas bien...
– Tu es psy, maintenant ?
– Non, mais...
– Alors restes à ta place en gardant tes distances ! hèle-t-il en m'interrompant.
Je m'avance vers lui, passant mes bras autour de son cou.
– Tu sais que je t'aime ? dis-je d'une voix douce.
Il me dévisage et je ne peux m'empêcher de sourire face à sa jalousie.
– Retournes-y, et quand ils seront partis, on reprendra notre petite soirée, minaudé-je.
– Qu'est-ce que ça sous-entend ? susurre-t-il.
Ma langue caresse le lobe de son oreille. Il frissonne, et je lui promets un moment torride. Il m'embrasse, me plaque contre le mur et glisse sa main sous ma blouse.
– Hugo... ils sont dans l'autre pièce, haleté-je afin de le raisonner.
– Fais chier, grogne-t-il.
Il quitte la pièce en me laissant un regard d'avertissement. Je retourne dans le hall d'entrée sans tenir compte de ses caprices.
Theo est toujours là, à faire les cent pas. Quant à sa mère, elle n'a pas quitté le bureau. Moi qui pensais qu'une pause lui était nécessaire pour x raisons. Je comprends qu'Hugo venait simplement vérifier que l'on respecte ses recommandations.
– Est-ce que tu veux boire quelque chose ? proposé-je.
– Non, merci, répond Theo.
– Tu as eu Ronan ces derniers jours ?
– Oui, il attend que tu sortes de ta bulle pour t'appeler.
Je ne réagis pas, même si intérieurement, j'accuse le coup. Savoir que mon ami parle comme cela dans mon dos ne me réjouit pas. J'aimerais autant qu'il m'appelle et me fasse part de ses ressentis.
Depuis quand Ronan est devenu plus proche de Theo qu'il ne l'est de moi ?
– Je vais faire un tour. S'ils en finissent, je ne suis pas loin, lance-t-il.
Lorsque Theo quitte le domicile, je retrouve le living. Je me sens mal. Par ma faute son frère et lui se sont éloignés, alors qu'Hugo a toujours été protecteur vis-à-vis de lui. J'aimerais pouvoir remédier à cette situation. Tout ce qu'il me reste à faire actuellement, c'est espérer que le temps renouera leurs liens. Je me laisse tomber sur le canapé et appelle Ronan. Hugo est toujours en tête à tête avec sa mère, et visiblement il maîtrise la situation.
– Bonsoir ma petite fleur des champs, ronronne mon ami.
– Bonsoir...
– Je suis content que tu m'aies appelé.
– Contrairement à moi qui suis déçue que tu attendes que je sois redescendue de mon nuage, lui reproché-je
– Je vois... alors, écoute, tu me connais et tu sais très bien que je ne suis pas du genre à mâcher mes mots. Effectivement je pensais qu'il serait bien de te laisser profiter quelques jours dans ta bulle.
– Qu'est-ce que j'ai fait ? hoqueté-je.
– Chérie, qu'est-ce qui t'arrive ? s'enquiert-il.
– Hugo et Theo ne se parlent plus. Je ne sais pas ce qui m'a pris, comment ai-je pu être aussi bête ?
– Je ne me réjouis pas. Mais hélas, je t'avais prévenue.
– Je sais, réponds-je tristement.
– Les choses s'arrangeront. C'est normal que cette situation crée quelques tensions. D'un autre côté, Hugo semblait clair. Qui aurait pu savoir qu'il reviendrait sur sa décision ?
– D'après ce que j'ai pu comprendre Theo le savait, confirmé-je.
– Dans ce cas, il a toutes les raisons de lui en vouloir.
– Ce n'est pas faux...
– Où es-tu en ce moment ?
– Chez Hugo, il est dans le bureau avec sa mère.
– Si tu veux un conseil ma chérie, laisse passer ta mélancolie pour ce soir. Quand elle s'en ira, il aura besoin que tu sois de taille à le réconforter, assure-t-il.
– Que sais-tu que je ne sais pas ?
– Rien ! Mais, écoute-moi, ajoute-t-il.
Nous bavardons encore un moment de choses futiles. Après avoir conclu d'un rendez-vous pour demain, nous raccrochons.
Je me rends à la cuisine et me sers un verre d'eau. Le temps semble s'éterniser et je me demande ce qu'elle peut bien avoir à lui dire pour que cela prenne autant de temps. Je sais que son passé est un sujet sensible, il a toujours redouté qu'il ne refasse surface. Je sais aussi dans quel état cela le met. Et j'avoue avoir peur du moment où, ils en auront fini.
Une enfance malheureuse marque un être humain au fer rouge, même lorsqu'il est adulte. En ce qui me concerne, je n'ai jamais connu mes parents. Ma grand-mère m'a élevée et lorsqu'elle s'est envolée, une partie de mon coeur est parti avec elle. Ce sont des choses de la vie qui sont hélas inévitables. Toutefois mon chagrin a laissé des traces, alors quand j'entends Hugo parler de son jeune âge, je comprends tout à fait qu'il soit réticent à l'idée de revivre tout cela. Pourtant, sans affronter ses blessures on ne les guérit pas. Encore faut-il être prêt à perdre pied.
Je retourne dans le hall et c'est à cet instant que j'entends des cris provenant du bureau. Inquiète pour l'homme que j'aime je n'hésite pas et ouvre la porte.
– Je t'en prie, je te demande pardon. Je suis tellement désolée, s'écrie sa mère en pleurs.
– Tu oses me dire que tu es désolée ? Putain, mais comment oses-tu, gronde-t-il en la claquant contre le mur.
Je m'avance pour le retenir. Mais il la relâche, s'en prenant aux biens matériels.
– Va te faire foutre ! hurle-t-il.
J'envoie un SMS à Theo dans l'espoir qu'il rapplique rapidement.
[Viens, ça dégénère]
– Hugo... pitié, reprend sa génitrice.
– J'espère que tu crèveras dans d'atroces souffrances, assène-t-il.
Theo arrive immédiatement. Sans perdre de temps, il entre dans la pièce en tentant de récupérer sa mère. Cependant elle ne l'entend pas de cette oreille. J'en profite pour approcher Hugo qui est désormais face contre le mur, en train de donner des coups dans la cloison qui se dresse devant lui.
– Hugo, s'il te plaît... clamé-je
Je dépose ma main sur son épaule et tente de caresser son dos.
Il s'arrête un moment, contrôlant sa respiration.
– Sors de cette pièce, grogne-t-il.
– Mais je...
– Putain, quitte cette putain de pièce ! beugle-t-il.
Je ne discute pas et retourne vers la porte d'entrée.
– Hugo, relance sa mère.
– Toi ! comment est-ce possible que tu sois capable de te pointer devant moi et que tu me demandes de te pardonner. Il n'y a pas de mot pour ce que tu as fait !
– Je le sais, geint-elle.
– J'étais un gamin, putain ! gueule-t-il, en cognant à nouveau dans le mur.
– Je n'ai aucune excuse, mais il me faisait peur, tente-t-elle de justifier.
– Et c'est pour cette raison que tu l'as autorisé à abuser de moi ? J'avais sept ans la première fois ! hurle-t-il.
J'ai un mouvement de recul. Je me sens tellement mal après ce que je viens t'entendre. Theo est à côté de moi, blanc comme un linge. Sans réfléchir, j'attrape sa main. J'ai besoin de quelqu'un à qui m'accrocher. Qu'importe si c'est psychologique, j'ai l'impression que le sol se dérobe sous moi.
– Je n'en avais pas connaissance, répond sa mère.
– Menteuse ! Tu crois que j'ai oublié ? Toutes ces fois où j'étais en sang. Jamais tu n'as pris la peine de me conduire à l'hôpital ! Ça a duré des années. Tu vas me dire que c'était anodin et que tu ne remarquais rien quand tu me donnais des putains de bains juste après ?
– Il menaçait de me tuer, de s'en prendre à Theo, se défend-elle.
– Tu aurais pu tout arrêter, partir avec nous et me protéger. C'était ça ton rôle ! Au lieu de ça, tu le laissais m'attacher et m'humilier. Tu savais qu'il ramenait d'autres putains de pédophiles et tu as fait comme si tout cela n'existait pas.
– Pardon...
– Tu étais dans la pièce à côté. J'ai hurlé ton nom un millier de fois. Je t'ai supplié. Et tu m'as laissé entre les mains de ces monstres. Comment peux-tu croire que je serais un jour capable de te pardonner ?
Ces cigarettes qu'ils écrasaient sur ma chair, c'est toi qui leur fournissais. Ces objets sexuels qu'ils utilisaient sur moi. Tu les déposais dans la pièce, je m'en rappelle !
Je laisse échapper mon verre au sol. Son regard se pose sur moi. Dans un effroi il réalise que nous avons tout entendu.
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Transparent Lies (nouvelle version)
RomanceBonjour et bienvenues sur la nouvelle version de Transparent Lies. Pour celles qui découvrent l'histoire, notez qu'elle est destinée à un public adulte ! Certaines scènes à caractère érotique sont très explicites. Bonne lecture. Résumé : Mina et H...
