Chapitre 19

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Hugo

Appuyé contre la voiture, j'attends que mon frère me rejoigne. Quel étonnement lorsque mon regard se pose sur Nathan se précipitant en dehors du bâtiment
– Oh, toi ! gueulé-je en m'avançant vers lui. Qu'est-ce que tu fous là ?
Je ne lui laisse pas le temps de répondre que mon poing échoue sur son visage.
– Je t'ai posé une question ! vociféré-je
– Qu'est-ce que ça peut te faire ? D'après ce que j'ai compris, tu n'as plus ta place ici, claque-t-il.
Il se redresse en me faisant face puis me pousse.
– Fais gaffe à ce que tu dis, préviens-je.
– Sinon quoi ? C'est plutôt moi qui te conseille de faire attention à toi ! lance-t-il d'une voix menaçante.
Ma colère me surpasse, je le colle au mur et m'apprête à le tabasser quand Mina surgit de nulle part, prenant place entre nous.
– Arrêtez ça tout de suite. Je ne veux pas de ce genre d'histoire ! Il est hors de question que vous en arrivez là. Lâche-le ! hurle-t-elle en me fixant.
Je m'exécute, mon attention se porte sur elle tout entière. Ses yeux gonflés par le chagrin, son teint blafard, sa mine déconfite me font l'effet d'une claque dans la gueule.
– Qu'est-ce que tu es venu faire ici ? quémande-t-elle.
– Après avoir reçu ton SMS, je voulais m'assurer que tu allais bien. Visiblement tu as l'air de te consoler comme tu peux, asséné-je.
Sa main m'atterrit en pleine face.
– Tu n'as aucun scrupule ! Après ce que tu as fait, tu n'as strictement rien à dire. Quant aux personnes que je reçois chez moi, ça ne te regarde pas.
– C'était déplacé, je suis désolé.
Je ravale ma fierté sous les yeux ébahis de mon fraternel. Nathan observe la scène discrètement, attendant sans doute le bon moment pour intervenir comme il l'a déjà fait auparavant.
Prends sur toi mon vieux, si tu veux récupérer cette fille, tu as tout intérêt à te tenir à carreau.
– Oui ça l'était, tout comme ta présence ici, s'écrit-elle.
– Laisse-moi te parler, s'il te plaît, insisté-je.
– Il n'y a plus rien à dire, s'étrangle-t-elle en ravalant un sanglot. Tu as tout brisé. Toutes ces épreuves que nous avons traversées, ces choses que j'imaginais pouvoir vivre auprès de toi. Tu as tout détruit en une seule soirée.
– Torne, je t'en prie, accorde-moi quelques minutes.
– Il me semble qu'elle a déjà dit non, croasse Nathan en s'approchant de moi.
– Toi la ferme, tonné-je. Tu n'as rien à foutre ici !
– Est-ce que tu as vu ce que tu en as fait ? Regarde là, examine-la bien. Si tu l'aimais vraiment, tu ne serais pas là. Tu es incapable de lui faire du bien. Elle se détruit peu à peu depuis que tu as fait irruption dans sa vie.
Mina me fixe, je la regarde moi aussi. Plus en profondeur cette fois. Ce couillon à raison, je ne suis capable de rien d'autre que de la blesser continuellement. Je recule et me détourne, puis je l'entends s'adresser à lui.
– Ça suffit, ne te mêle pas de cela !
Je continue d'avancer vers la voiture, mes pas sont lents, mon coeur lourd.
– Hugo, attends, crie-t-elle en venant à ma rencontre.
Je me retourne, elle se trouve face à moi, ses yeux déversant des rivières. Je déglutit en me rapprochant plus près de sa silhouette maigrichonne. Nous nous observons un moment sans qu'aucun de nous ne parle. Puis elle s'avance davantage. Mon coeur palpite déraisonnablement, je me sens anxieux, craintif à l'idée d'être repoussé à nouveau.
– Je voudrais pouvoir t'écouter, te croire et te dire que ça passera. Mais toi tu réagirais de quelle façon si on échangeait les rôles ? chuchote-t-elle nerveusement.
– Je ne pourrais pas le supporter, finis-je par admettre.
– C'est aussi mon cas, je ne tolère pas l'idée que tes doigts ont caressé la peau d'une autre femme. Je ne peux pas concevoir que tu as échangé avec elle un moment de douceur, de complicité. Qu'elle se soit tortillée sous toi, qu'elle ait été remplie de toi. Je t'aime et je crois qu'il me faudra toute une vie pour t'oublier. Mais je veux que tu t'en ailles et que tu ne reviennes plus. Si tu tiens à moi ne serait-ce qu'un peu, fais ce que je te demande.
Je prends une profonde inspiration et m'exécute. J'aimerais pouvoir lui dire le contraire de ce qu'elle vient d'énoncer. Cette histoire n'avait aucun sens pour moi. Sauf que ce qu'elle décrit fait partie de la réalité. Je me déteste pour cela. Hélas, je ne peux rien faire de plus que de respecter sa décision.
Je monte dans mon auto, Théo m'emboite le pas, je le laisse prendre le volant.
– Tu es vraiment sûr de toi ?
– Ouais, on se casse
– Tu as conscience qu'elle est en compagnie de son ex et qu'elle est vulnérable ?
– Que veux-tu que je fasse ? Je ne peux pas la forcer à me pardonner !
– Non c'est vrai, mais tu peux aussi lui envoyer un message émouvant. Elle tient sincèrement à toi, elle n'aurait pas agi comme elle l'a fait sinon.
– Roule s'il te plaît.
Ma demande le réduit au silence. Je sors mon téléphone de ma poche, hésitant avant de lui écrire ce que je ressens. Mais une nouvelle fois mon frère m'encourage, me certifiant qu'après m'avoir vu l'effet qu'aura ce texto sera plus percutant.
– Laisse parler ton coeur mon vieux. C'est entre vous, tu n'as pas à te retenir avec elle.

Transparent Lies  (nouvelle version)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant