Mina
J'ouvre les paupières après une longue nuit de repos. Alors que je m'étire, le soleil embrase ma peau. Allongée dans ses bras, je le serre un peu plus contre moi.
– Bonjour, chuchote-t-il, la voix encore cassée par le sommeil.
– Bonjour, réponds-je en souriant.
Il me bascule, m'embrasse le front et me regarde avec douceur. Son sourire me percute, des milliers de papillons dansent dans mon ventre.
– Tu es belle, murmure-t-il au creux de mon oreille.
Je me sens rougir. Ma bouche retrouve la sienne, mes doigts parcourent son dos. Je le caresse, l'enlace de peur qu'il m'échappe à nouveau. La sonnerie de son téléphone vient perturber ce moment de douceur.
– N'y prête pas attention, glousse-t-il au moment où ses lèvres épousent à nouveau les miennes.
Nos doigts s'entrelacent, nos langues se caressent, nos souffles fusionnent. Je le sens se tendre lorsque le portable résonne à nouveau.
– Tu devrais répondre, marmonné-je.
– Je me dépêche, lance-t-il en se levant.
Il descend pour plus d'intimité, toutefois la taille de mon appartement me permet d'entendre la conversation.
– Allô... Comment ça dans le coin ?... Je n'ai rien à lui dire, elle est morte pour moi !... C'est tout ce que tu as à dire ?... Je suis occupé là...
Un bruit fracassant résonne, je l'entends grommeler des injures. Je me précipite hors du lit, lorsque j'atteins les escaliers, il est assis sur la dernière marche, sa main parcourt nerveusement sa chevelure.
– Tu vas bien ? demandé-je, inquiète de le voir dans un tel état.
– Ouais...
– Que se passe-t-il ?
– Ça ne te regarde pas ! somme-t-il d'une voix amère.
J'accuse le coup, je n'étais pas préparé à cela après nos retrouvailles.
– Tu... Tu peux m'en parler si tu le souhaites, bafouillé-je.
– Tu as compris ce que je viens de te dire ? insiste-t-il, agacé.
Je remonte à l'étage, vexée par son comportement.
Quel connard !
Il m'emboite le pas, me rattrapant dans mon élan.
– Je te laisse seul, puisque de toute évidence ça ne me regarde pas ! râlé-je.
– Tu as mal choisi ton jour pour me casser les couilles ! s'écrit-il.
– Je ne sais pas pour qui te me prends, mais à moins que ta vision se soit dissipée avec ta bonne humeur, je te rappelle que je ne suis pas Jenna. Si tu as l'intention de rester en colère, je t'invite à rentrer chez toi ! rectifié-je.
Ses yeux s'écarquillent, à ma remarque il prend conscience qu'il est allé trop loin. Il se rapproche, m'attrape par les hanches et embrasse mon front.
— On peut zapper les confidences ? On était bien là !
– Je n'ai pas envie de te forcer à te confier, c'est simplement que je m'inquiète pour toi.
– C'était mon frère au bout du fil, avoue-t-il.
Je ne laisse rien paraitre, mais un poids vient se délester de mes épaules. Je ne m'attendais pas à ce qu'il me parle aussi rapidement de cet appel.
– Ton frère ? Il y a une femme entre vous ?
– Pas exactement, c'est ma génitrice qui veut me voir.
– Oh... tu as des soucis avec ta maman ? risqué-je.
– Assez de questions !
Il m'embrasse me réduisant ainsi au silence, arrache la chemise de nuit que j'ai enfilée en me levant et me jette à quatre pattes sur le lit. Je ressens de la brutalité dans sa façon de faire, je ne dis rien, j'ai moi aussi envie de lui.
– Tu prends la pilule ? demande-t-il.
– Oui...
Il se place derrière moi et sans prendre la peine de me caresser au préalable, me pénètre. Je lâche un grondement en réaction à la douleur. Il n'agit pas comme d'habitude, ses coups de reins sont brutaux, ses mains m'agrippent sauvagement. Je réalise alors que je lui sers d'exutoire.
– Hugo... beuglé-je pour le ramener à la raison.
Sa main oppresse ma gorge, l'autre claque sur mes fesses.
– Tu es à moi Torne, tu m'entends ? rugi-t-il de façon bestiale.
Je ne vois pas cela d'un bon œil, mes yeux se mettent à pleurer. Il ne me fait pas mal physiquement, c'est son acte qui me blesse. Je ne veux pas qu'il se serve de moi de cette manière ; je refuse d'être son objet sexuel.
– Dis-le-moi Torne !
– Arrête ça, pesté-je en me retirant.
Il me regarde avec une fureur que je ne lui connais pas. Je recule, couvre mon corps avec le drap et maintiens son regard. À aucun moment je ne baisse les yeux.
– Mina... souffle-t-il d'une voix étranglée.
– Je veux que tu t'en ailles, tout de suite ! hurlé-je en le dévisageant.
Il ne tient pas compte de ce que je soumets, s'avance vers moi lentement.
– Je te demande pardon, souffle-t-il, en caressant mon visage.
– Tu me considères comme toutes les autres, sangloté-je. Tu peux me faire tes beaux discours, tes actes me prouvent que j'ai raison !
– Ne dis pas de conneries, crache-t-il.
– Alors, explique-moi ce qui t'a pris.
– C'est bon Torne, lâche-moi, je me suis excusé.
– Ça ne suffit pas ! Bon sang, Hugo, c'était digne d'un viol !
Son visage se décompose, il s'affole et me prend contre lui sans me laisser le choix.
– Non, ne dis pas ça, tu sais que je ne te veux pas de mal... pas vrai ?
– C'est l'appel de ton frère qui t'a mis dans cet état ?
– Stop, je t'ai dit plus de questions, s'indigne-t-il.
– Hugo, je suis prête à t'accepter tel que tu es, tes sautes d'humeur, tes failles, ta jalousie. Mais après ce qu'il vient de se passer, je veux des réponses. Je ne m'embarquerais pas corps et âme dans une histoire à sens unique, c'est hors de question.
Il hésite un instant, s'apprête à me parler, puis se mure à nouveau dans le silence.
– Tu peux te fier à moi, enchainé-je.
– Je sais... chuchote-t-il en me scrutant.
Il se frotte le visage nerveusement, ses doigts s'attardent sur sa barbe naissante.
– Quand j'avais deux ans, mon père est décédé. Je n'en ai gardé aucun souvenir. Il ne me reste que quelques photos et un vieux tee-shirt dans lequel je m'emmitouflais souvent.
Je prends sa main en guise de réconfort, sa voix laisse transparaitre une plaie encore ouverte.
– Ma mère à refait sa vie avec un homme violent, il la battait et quand il ne s'en prenait pas à elle...
– Il s'en prenait à toi ? bafouillé-je.
– Oui, c'est ce qu'il faisait, confirme-t-il d'une voix frêle.
– Hugo... je...
Il se tend, repoussant ma main. Je n'insiste pas, ne connaissant pas son histoire, je comprends qu'il faille y aller en douceur.
– Je ne veux pas de ta pitié, se renfrogne-t-il.
– Je n'ai pas de pitié pour toi, je suis simplement touché de te voir comme ça. C'est ce qui arrive quand on tient à quelqu'un.
– Tu tiens à moi ? lance-t-il en souriant, pour détendre l'atmosphère.
– Évidemment... je ne veux pas te brusquer, mais sache que tu peux compter sur moi à tout moment.
– Le problème c'est que je ne sais pas comment te contacter en cas de besoin, ironise-t-il.
Je sais qu'il s'agit là d'un reproche, pourtant sa réflexion me fait rire. Il m'observe et rit à son tour.
– Sacré toi, tu es unique !
– J'espère bien, tu imagines le merdier s'ils étaient tous comme moi, plaisante-t-il.
Nous échangeons un regard complice.
– Je dois rentrer, j'ai quelques cours, tu viens avec moi ? susurre-t-il en déposant un baiser sur la paume de ma main.
– Je ne sais pas, si jamais Jenna avait l'idée de...
– On s'en cogne, j'aimerais passer mon temps libre avec toi.
– D'accord...
***
J'aime l'idée d'être ici. Hugo me rejoint entre deux élèves, il s'éclipse après s'être assuré que je ne manquais de rien. Je m'occupe en bouquinant, le temps défile rapidement. Entre les baisers que nous laissons en suspens, le désir qui nous envahit dès que l'on s'accorde un moment langoureux, et les instants où je tente de retrouver en vain ma concentration quand reprend son activité.
– Tu sortirais avec moi ? demande-t-il en entrant dans la cuisine.
– Ce n'est pas déjà le cas ?
Je suis appuyé sur le plan de travail, il me scrute, prend une attitude décontractée et s'avance vers moi.
– Alors comme ça, on sort ensemble. S'esclaffe mon bellâtre.
– En tout cas ça y ressemble, marmonné-je, en atteignant ses bras.
– Je voulais savoir si tu serais d'accord de venir au restaurant avec moi, précise-t-il.
– Aaaah d'accord ! Quelle cruche soufflé-je, hilare.
– C'est un oui ?
– Oui bien sûr, avec plaisir.
– Je suppose que tu dois te changer...
– Exactement !
– On se douchera chez toi, je prends mes affaires, j'arrive.
À peine a-t-il terminé sa phrase qu'on sonne à la porte.
– Je pensais avoir fini... je reviens, gronde-t-il.
La porte qui sépare le living du hall d'entrée est fermée, je ne vois rien, n'entends rien. Au bout de plusieurs longues minutes je m'imagine qu'il parle avec Jenna. Me laissant emporté par la jalousie, je décide d'aller voir ce qu'il se passe. Je n'ai pas le temps de franchir le chambranle qu'il m'attrape par le bras.
– Prends ton sac, on y va !
– Je veux simplement discuter, s'il te plaît, lance la dame qui se trouve à l'extérieur.
– Torne, bouge-toi ! s'énerve Hugo.
Je me précipite dans le salon pour récupérer mes effets personnels. Dès l'instant où je suis dehors, il s'avance sur moi, me tirant par le bras. La femme qui nous fait face doit avoir une cinquantaine d'années. Je comprends rapidement qu'il s'agit de sa mère, ils ont le même regard. Elle est assez petite, le visage pâle, les traits fins. D'épaisses cernes mauves, assombrissent le bleu de ses yeux.
– Hugo, je t'en prie !
Il ignore sa requête, mais elle persiste, nous suit jusqu'à la voiture.
– S'il vous plaît, demandez-lui de m'écouter... supplie-t-elle en attrapant ma main.
Sans me laisser le temps de réagir, il se place devant moi. Un frisson me parcourt quand je réalise qu'il agit de cette façon pour me protéger.
– Je t'interdis de t'approcher d'elle !
Il la repousse sans ménagement et reporte son attention sur moi.
– Montes dans la voiture ! implore-t-il.
Je fais ce qu'il me dicte, consciente qu'il est pris au dépourvu. Je ressens sa détresse dans tout mon être.
– S'il te plaît, mon fils...
J'ai déjà vu plusieurs facettes de cet homme qui me fascine. Mais celle qui se trouve devant moi est différente de toutes celles que j'ai pu entrevoir jusqu'à aujourd'hui.
– Que viens-tu de dire ? s'indigne-t-il
– S'il... s'il te plaît... bégaye la mère de celui que je découvre fragile.
– Comment m'as-tu appelé ? tonne-t-il.
– Tu es mon fils, que tu le veuilles ou non, argue-t-elle.
– Tu n'es rien pour moi. Maintenant, barre-toi d'ici où je te jure que tu finiras sous les roues de cette putain de caisse !
Elle recule, il entre aussitôt dans l'automobile, démarre à toute vitesse sans faire attention aux priorités. Même si je suis apeurée, je garde le silence. Par respect pour lui, je n'ose imaginer son ressenti. Arrivé à une certaine distance, il coupe le moteur et sort sans un mot. Il a besoin de reprendre son souffle, de gérer sa rage, son chagrin. Pour la première fois, je le vois tel qu'il est, tel qu'il se cache. Un petit garçon brisé, par cette femme que je viens de croiser. Quand j'estime qu'il est capable de tolérer ma présence, je le rejoins. Même s'il ravale ses larmes, je l'ai vu en pleurs. Je reste silencieuse et le serre contre moi. Lui murmurant que je suis là pour lui, qu'il peut me faire confiance. Il baisse la garde et m'enlace.
– Je peux rester avec toi cette nuit ? finis-je par murmurer après de longues minutes muettes.
– J'ai besoin que tu restes.
– On rentre ?
– Oui, rentrons.
Je reprends ma place et garde la main posée sur la sienne tout le long du trajet.
– Je suis trop cinglé pour toi, assure-t-il.
– Je t'aime comme tu es, dis-je sans réfléchir.
Au moment où je prends conscience de ce que je viens de dire, il caresse mon genou. Malgré le silence dont il fait preuve, je sais qu'il s'agit d'un aveu.
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Transparent Lies (nouvelle version)
DragosteBonjour et bienvenues sur la nouvelle version de Transparent Lies. Pour celles qui découvrent l'histoire, notez qu'elle est destinée à un public adulte ! Certaines scènes à caractère érotique sont très explicites. Bonne lecture. Résumé : Mina et H...
