Chapitre 28

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Mina

– Théo Attends ! crié-je en me lançant à sa poursuite.
Je me précipite dans les escaliers de mon appartement et finis par atteindre sa hauteur.
– Attendre quoi ? grogne-t-il en se retournant.
– Ne pars pas comme ça, j'ai été prise au dépourvu, je...
– Par pitié Mina, épargne-moi tes excuses, me coupe-t-il. Tu es toujours amoureuse de lui et malgré le mal qu'il t'a fait, tu n'as jamais cessé d'attendre son retour, proteste-t-il.
– À aucun moment je ne t'ai caché l'ampleur de mes sentiments, me défendé-je.
– Peu importe, je n'ai plus rien à faire ici, lance-t-il d'une voix irritée.
– Theo, je tiens à toi. Que tu le crois ou non, ce qui s'est passé entre nous était vrai.
– Et donc qu'est-ce que tu vas faire ? Dire à Hugo que tu es avec moi, que tu as tiré un trait sur ton passé ? Je n'y crois pas une seconde, beugle-t-il.
Je reste muette. Évidemment, que cela n'arrivera pas. J'aime beaucoup Theo, mais Hugo... il est mon oxygène et à aucun moment je ne suis parvenue à guérir de son absence. Alors, savoir que je lui manque moi aussi cicatrice quelque peu mes blessures.
– Tu n'es même pas capable de répondre ! Tu veux que je te dise ? Je ne suis pas la deuxième roue du carrosse, fous-toi ça dans le crâne !
– À aucun moment, je ne t'ai considéré comme tel.
Vexée par ce qu'il vient de dire, j'élève la voix lorsque je m'adresse à lui. Bien sûr, mes sentiments pour lui n'ont jamais été au-delà de l'affection que je lui porte depuis que j'ai appris à le connaître. Mais il a tenu à ce que tout cela se produise, quand bien même je lui confiais ne pas être prête.
– Peut-être que tu dis vrai. Mais lui, tu l'aimes...
– Oui, et jamais je n'ai fait comme si ce n'était pas le cas.
– J'en ai assez entendu.
Sans me consacrer une minute de plus, Theo tourne les talons et rejoint sa voiture.
Je remonte en traînant les pieds.
Moi qui commençais à m'impatientais à avoir un peu de calme. Ce n'est pas demain la veille.
Je fouille dans le frigidaire, à la recherche d'une boisson alcoolisée. Après ce dernier appel, il me faut un verre. Non, une bouteille.
Ooooh, il me reste de la vodka. Et du Lambusco. Parfait !
Je m'installe sur le canapé, et bois comme si j'étais à deux doigts de me déshydrater. Au bout de quelques verres, ma tête commence à tourner. Je prends mon portable et compose le numéro d'Hugo. C'est sa messagerie.
– Toi, tu m'appelles et quand je te rappelle bah, t'es pas là ! Pfff, bougonné-je.
Je tente de contacter Ronan mais rien, aucune réponse de sa part non plus.
Putain, tout le monde dort ou quoi ?
Je regarde les numéros que contient mon répertoire et en les faisant défiler, je m'arrête sur Nathan.
Ohhh bah... à la guerre, comme à la guerre.
Décidément, lui aussi est aux abonnés absents !
Il va falloir que je me résigne. Je n'aurais personne à qui me plaindre ce soir.
Un message de Theo me parvient.
Tiens, je ne l'ai pas appelé à lui.

[Désolé, je n'ai pas envie de discuter !]

Apparemment si...
L'écran me semble flou, ma vision devient trouble et sans même en avoir conscience, je me laisse emporter par le sommeil.

***

Tard dans la nuit, des bruits de tambours me parviennent. Il me faut un moment pour réaliser qu'il s'agit de quelqu'un qui frappe à la porte. Je me lève, encore étourdie. J'ai besoin de prendre appui sur le mur pour ne pas perdre l'équilibre. Au fur et à mesure que je me rapproche de l'entrée, les bruits s'intensifient. J'ouvre sans plus attendre, c'est alors que je me fige.

– Hugo...
Il ne prend pas la peine de me répondre et passe devant moi en me bousculant au passage. J'ai besoin de quelques secondes pour réaliser ce qui se passe. Je verrouille la porte et me dirige vers lui.
– Il est ici ? tonne-t-il.
Je suis sans voix. Quant à lui, il fait les cent pas comme un lion en cage. Lorsqu'il perçoit les deux verres sur la table basse, il comprend rapidement que Theo et moi passions un bon moment plus tôt dans la soirée.
– Putain, c'est quoi ça ? braille-t-il.
– Hugo... tu... tu...
Je suis complètement déboussolée, de plus, l'alcool embrume encore mon esprit.
– Qu'est-ce que vous avez foutu Torne ?
Allez, ma vieille, reprends-toi ! Il n'a pas le droit de revenir ici comme si tu étais sa propriété et de te faire son cinéma en pleine nuit.
– Je te rappelle que tu es parti. Toi et moi nous ne sommes plus ensemble et je n'ai aucun compte à te rendre, craché-je.
– Pour une qui était malheureuse, tu n'as pas perdu de temps ! lance-t-il.
– Tu es loin d'imaginer à quel point ton départ m'a fait souffrir.
– Heureusement, Theo était là pour te consoler, ironise-t-il.
– Tu m'as dit de vivre ma vie, c'est ce que j'ai fait ! De toute manière, tu ne t'es pas privé à ce que je sache !
– Qu'est-ce que tu racontes ? demande-t-il en arquant un sourcil.
– Arrête de me prendre pour une imbécile ! Le jour où je t'ai appelé, ta cougar m'a répondu.
– Gisèle est la femme de mon père, bordel !
— Tu as... tu l'a retrouvé ? balbutié-je, abasourdie par cette révélation.
C'est donc pour cette raison qu'il est parti. Oh mince, je me sens tellement mal. Je me sens soudainement honteuse.
– Torne, est-ce que vous avez... je veux la vérité, s'enquiert-il.
– Ça n'a pas été plus loin que le stade du baiser, assuré-je.
– Putain, je vais le tuer.
– Ça n'a pas été au-delà. Je te le jure ! sangloté-je.
Il se rue sur moi comme une bête féroce et me pousse contre le mur. Et me colle au mur en maintenant fermement mes poignets.
– Ne t'avise pas de me mentir. Je suis à deux doigts de t'encastrer. Alors un conseil, ne te fous pas de ma gueule ! hurle-t-il.
– Tu veux que je te dise ? J'aurais aimé passer à autre chose ! Me donner à un autre gars, n'importe lequel. Mais je n'ai pas pu, tu étais toujours là, à hanter mon esprit. Le souvenir de tes mains sur ma peau ne m'a pas quitté. Personne n'était en mesure de me faire tourner la page. Et pourtant Dieu sait à quel point j'aurai voulu t'effacer, dis-je en pleurant.
Petit à petit, il desserre son emprise. Ses yeux m'examinent sans relâche.
Ses mains entourent mon visage et ses lèvres s'emparent des miennes. Il y a tellement de désespoir dans son baiser. Nos langues dansent sur le même tempo. Quand il me relâche, son visage se pose contre le mien.
– Tu es à moi ! Je ne te laisserai jamais partir, souffle-t-il.
– Ne me fais plus jamais ça, tu m'entends ? expiré-je en le serrant contre moi.
– Bordel, qu'est-ce que tu m'as manqué, chuchote-t-il. Je n'ai pas été correct avec toi. J'aurais dû te dire où j'allais et pour quelle raison, ajoute-t-il.
– Tu es là.... C'est tout ce qui m'importe pour le moment.
Il me scrute avec une telle intensité, ses yeux parlent pour lui. Je peux y lire tout ce qu'il ne prononcera jamais.
– Hugo... ça a toujours été toi, depuis le jour de notre rencontre. Je t'aime, je n'aimerai jamais que toi, lancé-je afin de le rassurer.
Sa bouche retrouve à nouveau la mienne. Son baiser est fougueux, brutal, ardent. Ses mains parcourent mon dos, remontent jusqu'à ma poitrine. Puis redescendent malaxer mes fesses. Il me soulève, et j'enroule mes jambes autour de sa taille.
– Ne me laisse plus, plus jamais. Je ne suis rien sans toi, supplié-je dans un baiser.
– Jamais, susurre-t-il.
Il me jette sur le lit, déchire ma blouse et me l'arrache.
– Tu es tellement belle, chuchote-t-il.
Ses mains caressent ma poitrine qu'il malaxe sans retenue. Je me cambre lorsque sa langue se fraye un chemin vers mes seins. Il me lèche, m'aspire, me mord. Je me cambre, m'offrant à lui, tout entière.
Ma respiration est saccadée, mon coeur palpite. Je sens mon sang battre contre mes tempes. J'ai tant rêvé de cet instant. Tellement de fois je me suis surprise à imaginer ses doigts sur moi.
– Tu es à moi, frémit-il lorsque sa bouche prend le chemin de mon bas-ventre.
Je ressens le désir qu'il me procure. J'ai chaud, mon entrejambe me démange. Je n'ai qu'une envie ; lui sauter dessus !
– Dis-le ! grogne-t-il.
– Prends-moi, le supplié-je.
– C'est vraiment ce que tu souhaites ? souffle-t-il d'une voix suave.
– Oui... maintenant... s'il te plaît.
Il se redresse et fait glisser mon pantalon le long de mes jambes. Il se déshabille à la hâte et reporte son attention sur mon corps fiévreux.
Ses doigts s'immiscent en moi. Je lâche un râle de plaisir à leur contact. Il les enfonce en moi sans le moindre ménagement. Ses yeux m'examinent, observant la moindre réaction de ma part. C'est bon, mais j'ai besoin qu'il m'en donne plus. Je le veux lui, tout entier.
– S'il te plaît, bredouillé-je.
– Tu veux que je te pénètre, Torne ?
– Oui...
– C'est ma queue que tu as besoin de sentir en toi ? lance-t-il d'une voix forte.
Il enlève ses doigts et me caresse le clitoris. Une multitude de frissons me traversent. Je me laisse aller à une rafale de cris, manifestant mon plaisir, jusqu'au moment où les sensations sont beaucoup trop fortes. Mon corps n'en peut plus de cette douce torture qu'il m'inflige en me privant de son membre.
– Hugo, s'il te plaît, balbutié-je.
– Dis-le ! insiste-t-il.
– Je n'en peux plus, je t'en prie.
– Je veux l'entendre, Torne. Dis-moi que tu es à moi. Je ne ferais rien tant que tu ne me diras pas que tu m'appartiens.
– Je... je suis toute à toi. Je t'en prie, je n'en peux plus ! hurlé-je, prise de secousse sous ses caresses.
Enfin, nos deux corps fusionnent. Je tiens ses fesses pour accentuer ses mouvements. Hugo se redresse, dépose mes cuisses sur ses épaules puis il maintient mes hanches et me gratifie de ses à-coups abrupts.
Je rugis de plaisir. Une explosion de sensations me possède, au point que j'ai l'impression d'avoir été déconnectée quelques secondes. Ses mains claquent sur mon postérieur, ce qui m'excite davantage. Il se retire et me retourne, je me retrouve à quatre pattes. Ses coups de reins sont intenses. Il me tient l'épaule d'une main et les cheveux de l'autre. Je sens que mes jambes vont lâcher, c'est tellement bon, tellement fort.
– Ohhh, putain de merde, crié-je.
– J'aime quand tu cries pour moi, ronronne-t-il.
Il accélère la cadence et je suis prise d'un orgasme fulgurant. Je me retrouve à plat ventre, mes jambes n'ont plus la moindre force. Lui prend appui sur mon dos et se déchaîne, jusqu'au moment où je ressens les spasmes que le plaisir lui provoque.
– Putain ! grogne-t-il avant de se laisser aller contre moi.
Nous sommes à bout de souffle. Alors qu'il me recouvre de tout son corps, sa main enlace la mienne. Son souffle chaud caresse ma nuque. Je frissonne à son contact.
Le silence nous assaille durant de longues minutes, puis, bien qu'il soit tard, nous cédons à notre rituel et filons nous rafraîchir rapidement.
Épuisés par l'heure tardive, ainsi que par nos efforts corporels, nous rejoignons mon lit rapidement. Nous nous faisons face, nous observant l'un l'autre.
– Ça va ? demande-t-il avec douceur.
– Oui, et toi ?
– Oui...
Ma main effleure son visage, explorant chacun de ses traits. Malgré la pénombre, je distingue vaguement son visage. Je sens qu'il sourit sous mes caresses. L'effet de l'alcool s'est totalement dissipé.
– Il est 04H00, tu devrais te reposer, chuchote-t-il.
– J'ai peur que si je ferme les yeux, tout ne s'évanouisse.
– Je suis là. Et je reste, murmure-t-il en se rapprochant.
Lové dans ses bras, j'enfouis mon visage contre son cou. Humant son odeur, embrassant sa peau. J'ai besoin de le toucher, de lui parler, de le choyer de ma bouche.
– Je... J'avais peur de te faire souffrir. Je ne savais pas ce qui m'attendait là-bas, quelle serait ma réaction en rencontrant mon père. Mon passé me revient à la gueule au fur et à mesure que le temps passe. Et les murs amnésiques dans lesquels j'ai vécu ne peuvent désormais plus me protéger. C'était un mauvais choix, mais je croyais bien faire, avoue-t-il au creux de mon oreille.
Je le serre contre moi et son étreinte se resserre. J'ai la sensation de retrouver mon oxygène. Voilà bien longtemps que mon coeur ne me paraissait plus aussi léger.
– Tu as envie de me raconter comment est ton père ? risqué-je en redoutant que ma question ne le mène à se crisper.
– Mon père est un homme bon. Il a pleuré lors de nos retrouvailles. Quant à sa femme, Gisèle, elle est à l'image de la mère que j'aurai tant voulu avoir.
– C'est vrai ?
– Ce sont de belles personnes. Simples, bienveillantes. Et puis, j'ai aussi fait la connaissance de ma sœur, Daniele. Une vraie canaille de dix-sept ans. J'ai hâte de les retrouver, dit-il d'une voix enjouée.
Je l'écoute me décrire la petite maison aux volets bleus. Ses anecdotes sur sa petite sœur, leurs échanges sur la balançoire. Il me parle de la peur qu'il a ressentie en arrivant en Suisse et à quel point il a dû se surpasser pour aller jusqu'au bout.
– Finalement, tu as bien fait d'insister, soufflé-je.
– Oui, tu vas les adorer.
Mon coeur s'affole. J'ai besoin qu'il me confirme ce qu'il avance.
– Tu... Tu as l'intention de me les présenter ?
– Oui, bien sûr.
Je n'ai pas besoin d'en entendre plus. Je sens un sourire prendre forme sur mes lèvres. Je m'installe plus confortablement contre lui, ma tête se pose sur son torse. Ses mains recouvrent mon dos, nos jambes sont emmêlées. Je pensais ne jamais pouvoir retrouver cette béatitude que lui seul me procure.

***

La sonnette de mon appartement retentit. Je prends mon téléphone, histoire de savoir quelle heure il est.
09H00... et merde !
Je prends la décision de me lever. Pourtant, mon corps ne me suit pas. Restant affalée sur le lit, je prie intérieurement pour que la personne responsable de ce vacarme décampe. Sauf que, je comprends bien vite que c'est peine perdue.
– Va ouvrir, que ça s'arrête ! grommelle Hugo d'une voix rocailleuse.
Je mets mon pyjama et descends à la hâte.
– Oui, qui est-ce ? marmonné-je en portant l'interphone à mon oreille.
– Bonjour Mina, désolé de te déranger. Mais j'ai oublié mon classeur et j'en ai impérativement besoin.
Oh crotte, c'est Theo !
– Je euh, je... je te l'apporte, bégayé-je.
– Ah... euh... OK. Je ne savais pas que nous en étions là, répond mon correspondant.
– C'est plus... compliqué. J'arrive !
Je me retourne dans le but de régler cette histoire rapidement. C'est avec surprise que je découvre qu'Hugo m'observe, les bras croisés, debout contre le mur.
– Tu m'as fait peur, glapis-je en sursautant.
– Vraiment ?
– Oui ! Je ne t'ai pas entendu descendre.
– Tu as eu la frousse parce que tu ne m'as pas entendu, ou plutôt parce que tu ne t'attendais pas à ce que j'écoute ta conversation ?
Je reste muette. Comment fait-il pour toujours tout deviner ?
– Reprends ce putain de combiné et dis-lui de monter, dit-il entre ses dents serrées.
– J'en ai pour deux minutes, insisté-je.
– Je crois qu'on s'est mal compris. Toi, tu ne vas nulle part. Et moi, j'ai des choses à dire à mon frère.

Transparent Lies  (nouvelle version)Où les histoires vivent. Découvrez maintenant