Hugo
Voilà maintenant un mois et demi que j'ai pris le large. Ma génitrice m'a laissé un mot dans ma boîte aux lettres, ainsi que des photos de mon père et moi quand j'étais petit. Je ne m'attendais pas à ce qu'elle me file son adresse. Mais lorsque j'ai vu noir sur blanc où il se trouvait, j'ai préparé mes valises et j'ai filé.
Je séjourne à l'hôtel Victoria, celui-ci appartient à la chaîne Worldhotels, il est situé dans le quartier Ouchy. Pour l'occasion, j'ai choisi un établissement haut de gamme qui dispose d'un centre de remise en forme. C'est l'occasion de lier l'utile à l'agréable.
Il m'a fallu trois semaines pour oser frapper à sa porte. Avant d'y parvenir, je passais mon temps à errer dans la ville de Lausanne, cherchant mon courage, sans jamais le trouver. Je n'ai rien dit à Mina, il fallait que je vienne seul. Je n'ai aucune idée de ce que je vais trouver ici. Et si j'en apprenais davantage sur moi, si certaines choses me faisaient honte une fois de plus. Je ne veux pas qu'elle assiste à une nouvelle scène du genre. Et puis j'avais besoin de me retrouver seul avec moi-même. J'ai souvent envie de l'appeler, d'entendre sa voix. Mais je prends sur moi et assume mon choix, je n'ai pas besoin de donner d'explications ou encore de me justifier. Il faudra bien que cela se fasse à mon retour. Toutefois je ne veux rien précipiter. Si je prends cette décision, je risque de me laisser dépasser par ce que je ressens alors que je suis parvenu à tout garder pour moi. Je sais qu'elle m'aurait accompagné et compris ma démarche.
Lorsqu'elle est venue me voir avant mon départ, j'ai adopté cette attitude pour être certain de ne pas flancher. Mais aussi pour lui rappeler que je ne suis qu'un connard égoïste, incapable d'aimer quelqu'un d'autre que moi. Elle mérite mieux que toutes les merdes qui m'attendent encore au tournant. Je n'ai aucune stabilité à lui offrir. Avec moi elle n'aura jamais cette relation qu'elle espère, je ne serais jamais l'homme d'une seule femme. Je n'ai déjà pas été capable d'être fidèle alors qu'on en était qu'au début de notre relation. Et je dois reconnaître qu'avec le recul, la situation ne justifie pas mon acte. Mais je me connais et je sais que c'est quelque chose que je pourrais commettre à nouveau, dans un moment où les événements me dépassent. Je serais capable de recommencer. Et je ne veux pas lui infliger cela, elle mérite bien plus qu'un sale con incapable de retenir ses pulsions sexuelles.
Mon frère m'a informé de son état lorsque je suis parti. Il a tenté de me raisonner, mais il est indispensable que j'aille jusqu'au bout. C'est un énorme pas en avant pour moi. De plus, avoir des réponses aux questions qui m'empêchent d'avancer depuis mon plus jeune âge, me donne l'espoir d'une éventuelle reconstruction intérieure.
J'ai chargé mon fraternel de veiller sur elle, il m'a affirmé qu'il passait la voir de temps à autre. Elle va mieux depuis quelque temps, elle sourit à nouveau et reprend sa vie en main. Le savoir me soulage un peu, après tout je n'agis pas de cette manière dans le but de la faire souffrir, mais de la préserver.
***
La petite maison ressemble très fort à un chalet de bois. Cette façade blanche aux volets bleus lui donne un cachet que j'aime beaucoup. La balancelle bouge légèrement sur la terrasse, ce qui me pousse à penser qu'ils sont présents. Je m'arme de courage et frappe à porte. Une dame aux cheveux châtains mi-longs, m'ouvre. Ses yeux noisette me scrutent et sans comprendre pourquoi je perçois de l'espérance dans son regard.
– Bonjour, dit-elle.
– Bonjour, je suis à la rechercher de Vincent Martinez. Est-ce qu'il vit ici ? bafouillé-je.
Mes mains tremblent, je me sens nerveux, toutefois je reste immobile, même si j'ai besoin de faire un effort considérable pour y arriver.
– Je suis euh... je... bégayé-je, inapte à de me présenter.
– Je m'appelle Gisèle, informe-t-elle, et je sais qui vous êtes.
Je ne réponds pas à son aveu, j'en suis tout bonnement incapable. Je ne me suis jamais senti comme cela. Je me trouve devant chez mon père, celui que je croyais mort il y a encore quelques semaines. Cet homme dont j'ai été privé, lui qui aurait sans doute été capable de prendre soin de l'enfant que j'étais.
– Vous êtes son fils, c'est ça ?
– Oui... soufflé-je.
– Vincent n'est pas là en ce moment, mais entrez. Je suis contente de vous rencontrer, j'ai toujours su que vous frapperiez à cette porte un jour où l'autre, lance-t-elle lorsque nous traversons le corridor.
Gisèle m'invite à m'assoir dans la cuisine, j'observe la maison avec attention, en imaginant que c'est ici qu'il a vécu ces dernières années. C'est entre ces murs qu'il a ri, qu'il a sans doute connu quelques colères, quelques chagrins. On ne peut pas dire que sa bonne femme a bon goût pour la déco, mais qu'importe. Cet endroit respire la béatitude.
– Je vous sers un thé ?
– Non merci.
Elle ne tient pas compte de mon refus et prépare deux tasses. Elle semble être le genre de femme à aimer faire la popote. Je suis prêt à parier qu'elle doit passer des heures aux fourneaux.
– On ne refuse jamais le thé à une dame qui vous le propose, jeune homme, dit-elle en me tendant la tasse.
Je la prends en la remerciant.
– Vous lui ressemblez beaucoup, vous savez ? me dit-elle.
– Vous le connaissez depuis longtemps ?
– Je l'ai rencontré il y a vingt-deux ans. Nous sommes mariés depuis vingt ans.
– Oh ! depuis tout ce temps, réponds-je, admiratif.
– Quand on est avec la bonne personne, le temps ne semble pas passer.
– Il doit être...
– C'est un homme exceptionnel, coupe-t-elle. Vous êtes âgé de trente ans n'est-ce pas ?
– Oui c'est ça.
Une part de moi lui en veut d'avoir refait sa vie sans moi. Sans avoir pris la peine d'être venu me chercher...
– Lorsque je l'ai rencontré, c'était un homme brisé. Il a tellement souffert de vous avoir perdu, reprend-elle.
– Il aurait pu se bouger le cul, marmonné-je.
– Doux Jésus, ne soyez pas si vulgaire ! s'offusque-t-elle.
– Désolé, balbutié-je en me retenant de rire.
– Je ne sais pas quelle est la version à laquelle vous avez eu droit. Mais je peux vous certifier qu'il n'a jamais cessé de vous rechercher.
– Pas assez apparemment.
– Je pense qu'il vaut mieux en discuter avec lui quand vous le rencontrez. Il y a beaucoup de choses qu'il garde pour lui.
– Je vous laisse mon numéro. Qu'il m'appelle quand il souhaite me voir, je séjourne à l'hôtel Victoria.
– Je l'informerai dès qu'il rentre, certifie-t-elle avec gentillesse.
Je retourne à l'hôtel et termine mon après-midi à la salle de sport. Je décharge ma frustration, ma peur et ma colère sur les appareils laissés à ma disposition. Après avoir canalisé ma rage et fait un maximum d'efforts physique, je m'octroie une longue douche apaisante.
Manque de chance, j'ai oublié mes vêtements propres dans ma chambre. Je recouvre ma taille d'une serviette qui me camoufle jusqu'au genou. Lorsque je traverse la salle dans le sens inverse pour regagner l'étage, une pimbêche me détaille en me gratifiant de son sourire hideux. La blondasse aux gros nichons, maquillée comme un camion volé s'avance vers moi.
– Bonjour toi, minaude-t-elle.
Je la fixe sans lui répondre. Elle adopte une attitude aguicheuse. Je me retiens d'éclater de rire tellement c'en est ridicule.
– On pourrait boire un verre tous les deux, insiste-t-elle en réalisant que je ne la calcule pas.
Je ne riposte toujours pas et la laisse continuer, curieux de ce qu'elle va me lancer par la suite. Elle se tortille devant moi comme une chatte en chaleur.
Si tu imagines que ton numéro me donne envie de te ramoner, tu te fourres le doigt dans l'œil ! Pauvre conne.
– Ou peut-être que toi et moi, on pourrait aller simplement se faire plaisir, finit-elle par lâcher.
– En gros, tu me demandes de te baiser ? craché-je en la dévisageant.
– Oh... tu n'y vas pas par quatre chemins, pouffe-t-elle.
– Je n'ai jamais aimé les clébards, grommelé-je.
– Je te demande pardon ? s'interloque la blonde, choquée par ce que je viens de lui balancer.
– Les chiennes, ce n'est pas mon truc, précisé-je en la regardant droit dans les yeux.
Elle marmonne un « sale con » et sans prendre la peine de la calculer davantage, je m'éloigne vers l'ascenseur.
En arrivant dans ma chambre, je m'affale sur le grand lit que j'occupe seul. Le visage de Mina hante mes pensées, elle me manque. J'ai envie de l'appeler, de lui expliquer que je suis tout près du but. Au lieu de ça, je fais le choix de m'occuper devant la casa de papel. À l'extérieur il pleut, ce qui ne me donne pas envie de sortir.
Que ce soit ici ou à Paris, les choses sont très similaires. Je me sens vide en permanence. Quant à mon cœur, il semble m'avoir quitté. Il revient me blesser de temps à autre, quand elle apparaît dans mes songes, lorsque je me réveille en transe parce qu'elle hante mes rêves. À vrai dire je fais tout pour ne pas penser, mais plus le temps s'enfuit, plus son absence me meurtrit.
***
Il est 19H30 lorsqu'on frappe à la porte de ma chambre d'hôtel. J'hésite un instant avant d'ouvrir, premièrement parce que je n'ai pas envie d'écouter ce que le personnel souhaite me proposer. Secondement parce qu'il se pourrait que ce soit mon père, cette idée me fait peur autant qu'elle m'émeut. L'individu qui se trouve l'autre côté du mur insiste, je m'avance et ouvre. C'est alors que je le reconnais sans même avoir connu cet homme grisonnant qui me fait face. Je lui dois ma bonne taille. Sans prononcer le moindre mot durant de longues secondes, nous nous observons.
Ses yeux sont d'un gris vert plutôt effacé sous le poids de ses cernes. J'ai son nez et la forme de son visage. Il est vêtu d'un pantalon noir et d'un t-shirt kaki. Il me détaille avec attention.
– Bonjour, chuchote-t-il, la voix tremblante.
Je suis comme un môme devant le père Noël. Sauf que, ce père là c'est le mien !
Je n'avais pas imaginé qu'il serait là ce soir, je ne pensais pas qu'il désirait me voir si rapidement.
Je l'examine sans être capable de prononcer le moindre mot.
– Bonjour, finis-je par bégayer au bout de plusieurs secondes.
– Je peux entrer ? demande-t-il avec incertitude.
Je recule silencieusement. Son attention se reporte sur moi. Il n'a pas regardé un seul instant le luxe de ma piaule, il ne voit que moi.
Nous sommes là, à nous fixer, partagés entre l'envie de se parler et la peur de nous lancer.
Sans que je ne m'y attende, il m'enveloppe dans ses bras et se met à pleurer à chaudes larmes.
– Mon fils... si tu savais à quel point j'ai rêvé de cet instant. Je n'en reviens pas que tu sois là. Je t'ai cherché, je t'ai tellement cherché ! Lorsque Gisèle m'a tendu le papier que tu m'avais adressé, j'ai compris pourquoi je ne t'avais jamais retrouvé. Hugo n'était pas le prénom que nous avions choisi.... Pardon, pardon pour tout, répète-t-il en sanglotant.
Je reste muet dans les bras de mon père. Enfant, je rêvais de ce moment. Je rêvais qu'il vienne m'enlever à mon bourreau. Je n'arrive pas à croire qu'en cet instant, c'est lui qui pleure comme un gamin.
Il relève la tête et me regarde avec une tendresse que personne n'a jamais eue à mon égard. Je le scrute, incapable de bouger ou encore de parler. Quand il essuie mes yeux de son pouce, je comprends que je pleure moi aussi.
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Transparent Lies (nouvelle version)
RomanceBonjour et bienvenues sur la nouvelle version de Transparent Lies. Pour celles qui découvrent l'histoire, notez qu'elle est destinée à un public adulte ! Certaines scènes à caractère érotique sont très explicites. Bonne lecture. Résumé : Mina et H...
