Chapitre 22

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/!\ Avertissement : les mots de ce chapitre peuvent heurter la sensibilité de certain(e)s lecteurs/lectrices.




Le silence avait accompagné leur marche, et seul la mélodie de la nature qu'ils traversaient avait sa place. Erwan cherchait ses mots, et Adaline se torturait l'esprit avec toutes les suppositions qu'elle pouvait fabriquer.

Le soleil jouait à présent à convoiter les nuages,  montant progressivement dans le ciel, tout en laissant encore quelques couleurs rosées à l'horizon.

Les feuilles et l'herbe gelées par le froid craquaient sous les pas des deux jeunes.

Erwan était aux côtés d'Adaline, et la suivait sans réfléchir à la direction de leur promenade.

Cela faisait quinze minutes qu'ils avaient quitté la maison lorsqu'Erwan se décida à parler.

- 24 Octobre 2020, murmura-t-il, la voix enrouée par le silence qui l'avait accompagné pendant de longues minutes.

Adaline, sans cesser sa marche, tourna son regard vers Erwan, lui montrant ainsi l'intérêt,  l'écoute et la patience qu'elle était maintenant disposée à lui accorder. Elle voulait en savoir plus.

- C'était un Samedi, et il faisait très beau. Je m'étais levé tôt. J'en ai profité pour aller le matin jouer au volley sur la plage avec des amis. Tu sais, dans le sud, il peut fait très beau encore à cette période de l'année.

Erwan prenait son temps, et marquait des silences emprunts de réflexion. Sans qu'ils s'en aperçoivent, ils avaient tous deux ralenti leur marche, comme pour mieux penser aux mots prononcés par Erwan.

- Je suis rentré vers 11h30 à la maison, pour le déjeuner. Je me souviens que Maman nous avait cuisiné un rôti de bœuf. A table, mon frère, Mathieu, s'est disputé avec mon père, et c'était une grosse dispute. Il disait qu'il voulait réintégrer l'armée, qu'il avait dû quitter pour des problèmes... psychologiques.

Adaline senti la voix d'Erwan trembler en parlant de son père et de son frère.

- Il demandait donc de l'argent à mon père, pour pouvoir aller s'entrainer. Beaucoup d'argent. Mais mon père lui répondait qu'il ne pourrait pas réintégrer l'armée, et que ce serait une perte de temps, et d'argent. Mon frère était fou de rage, et a renversé un meuble avant de sortir de la maison en hurlant. Je me souviens que ma mère a pleuré. Jane et moi, on n'avait pas prononcé un mot, et nous fixions notre assiette, impuissants. Mon père avait soupiré avant de sortir de table, avec son assiette vide, puis de vaquer à ses occupations.

Erwan et Adaline étaient arrivé au lac, et Erwan stoppa son récit quelques instants pour poser ses yeux sur l'eau. Il avait peur de raconter la suite, et sentait déjà sa gorge se serrer à l'idée d'en dire plus. La jeune fille à ses côtés ne le connaissait absolument pas, et il craignait maintenant de l'effrayer. Il n'avait pas envie de se retrouver seul. Il ne savait pas comment se l'expliquer, mais il lui accordait suffisamment de confiance pour savoir qu'elle n'irait pas voir la police. Cependant, il avait peur qu'elle fuie, qu'elle l'abandonne. Et il redoutait terriblement cela. Il se sentait bien à ses côtés depuis quelques heures, et il ne voulait pas que cela change.

- Après le déjeuner, j'ai accompagné ma mère à la gare, parce qu'elle devait se rendre à une conférence médicale à Paris. Elle est professeur en médecine. 

Adaline sentait que le discours devenait difficile. Il n'avait jamais dû reparler de ces instants avant ce jour.

- Je... je n'aurais pas dû. J'aurais dû lui dire de prendre le train, ça aurait tout changé, et rien de tout cela ne serait arrivé.

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