Chapitre 21

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Il lui semblait qu'on avait pris le contrôle de son corps. Adaline ne parvenait plus à penser, à parler, ou à bouger. Elle ne savait même pas quelle émotion elle ressentait. Les mots du jeune homme lui avait fait un choc. C'était donc ainsi que se présentait l'état de sidération, donc le psychologue lui avait parlé ? Était-ce pour cette raison que sa mère n'avait pas réagi l'année passée à l'annonce de la mort de son frère ?

Alors que le soleil commençait à éclairer les visages des deux jeunes, le vent souffla, et quelques mèches de cheveux vinrent frôler le visage d'Adaline. Il lui sembla alors reprendre ses esprits. Elle secoua la tête, pour chasser ce vécu désagréable, avant de porter une main à la bouche, à présent saisie d'effroi.

Erwan ne s'était finalement pas éloigné. Il n'en avait pas eu la force. Prononcer ces mots qui le rendaient coupable avait puisé en lui tout ce qu'il avait d'énergie. Il était donc resté là, dos à la jeune fille, le regard rivé au sol, et à présent secoué de sanglots. Le soleil montant vint réchauffer son visage et ses mains, mais cela n'avait rien de réconfortant. Il se sentait si froid à l'intérieur qu'il lui semblait perdre chaque jour un peu plus de son humanité.

Derrière lui, la jeune fille avait tenté de se ressaisir. Après tout, elle avait compté sur son instinct pour aider Erwan, alors elle devait assumer pleinement. Elle se dit alors que s'il avait voulu lui faire du mal, il aurait pu le faire depuis déjà bien longtemps.

Et puis, il semble rongé par des regrets, pensa-t-elle avant d'oser se confronter au jeune homme.

- Erwan, retourne toi, et regarde-moi, s'il te plaît.

Prononcer ces quelques mots devant Adaline lui avait imposé un engagement. Erwan s'était engagé à raconter son histoire, son vécu, il s'était engagé à lui dire toute la vérité. Dans le cas contraire, il pouvait être certain que la jeune fille appellerait la police.

Avant de se retourner, Erwan frotta ses yeux et ses joues, inspira et expira longuement.

Puis il fit face à la jeune fille, et réalisa ce qu'il venait de lui annoncer. Les traits du visage d'Adaline avaient changés. La confiance absolue et le calme qu'elle affichait auparavant semblaient l'avoir quittée, et une expression de crainte et de méfiance les avaient remplacés.

Pourtant, elle gardait la même force dans le ton de sa voix, sans doute au prix d'un effort extrême, et peut-être pour se persuader qu'elle n'avait pas peur.

- Erwan. As-tu violé ta sœur, oui, ou non ?

Ces mots étaient si fort, si violents, qu'un frisson parcouru le corps de chacun des deux jeunes au même instant. Le regard d'Adaline attendait une réponse claire, rapide, et simple.

C'est aussi ce qu'Erwan avait envie de lui donner, gardant au fond de lui l'espoir qu'elle le croirait.

- Non. dit-il avant d'ajouter plus de force à ses mots, réalisant vraiment ce qu'elle venait de lui demander. Non ! Bien sûr que non !

Adaline garda un moment le regard rivé dans celui d'Erwan, tout en gardant le silence. Il lui semblait que les yeux du jeune ne mentaient pas.

Adaline ne put retenir un soupir de soulagement, puis elle attrapa la main d'Erwan pour le tirer jusqu'à la maison.

- Très bien. C'est ce que j'avais besoin d'entendre. Maintenant, on va aller enfiler des vêtements plus chauds, et on va aller marcher. Tu as sans doute d'autres choses à me raconter, mais c'est à toi de savoir si tu souhaites ou non m'en parler.

Erwan suivait la jeune fille, sa main dans la sienne, les pensées se bousculant dans son esprit.

Fallait-il qu'il raconte tout à Adaline, elle qui lui donnait la possibilité de ne pas en dire plus ?

SymptômeOù les histoires vivent. Découvrez maintenant