Une autre demi-heure plus tard, c'était un Awèl réjouit et un maréchal Rowèn vieilli et stupéfait qui les rejoignirent au sommet du relief.
Awèl se jeta dans les bras d'Erwan riant comme un possédé et le serrant fermement contre lui.
— Ah mon frère ! Quelle joie de te retrouver ! La prochaine fois, je pars avec toi !
Alors qu'Erwan lui répondait en riant, Rowèn s'approcha de Tranit, qui le salua à la mode classique alors que le vieil officier regardait le kañv, incrédule.
— Tranit ? Qu'est-ce que c'est que ça ?
— Chariot du ciel, monsieur, lui répondit la jeune femme en affectant un air blasé. Nous les appelons kañv.
— Et ça fait quoi ?
— Vous verrez très bientôt maréchal, répondit Erwan en se rapprochant. Je ne suis pas magicien, mais en tant que prophète, j'ai quelques petites astuces. Venez-vous asseoir et partager un bon lait.
Rowèn se laissa entraîner et Erwan lui fit appeler ses adjoints. Ils se retrouvèrent à une petite dizaine assis en cercle sur une épaisse bâche de cuir à apprécier la chope de lait de noisette.
Erwan expliqua rapidement ce qu'il en était à Rowèn et ce qu'il voulait faire. Le maréchal avait toujours du mal à se faire à la situation et ainsi que ses adjoints, ne cessait de regarder le kañv.
— Maréchal, monsieur ? fit Erwan comme si de rien n'était. Quel officier aurait le plus d'influence pour convaincre Tournay comme Pontacq de reprendre une route directe vers la vallée de la Nère et rejoindre Montoussin.
— Heu... Moi, en vérité, seigneur Erwan, déclara le maréchal après quelques instants d'hésitation. Je suis le suzerain du père de Pontacq et Tournay me connaît assez bien. Êtes-vous certain qu'ils remontent tous les deux vers la cité militaire du Salat ?
— Malheureusement trop certain, monsieur. Non seulement ils vont perdre un temps fou, mais en plus je suis certain que les vassaux de Lannemezan et d'Aurignac en profiteront pour nous faire faux bond.
— Saert ne cesse de cavaler partout sans d'autre raison que ne pas s'ennuyer. Plus nous avançons et plus je redoute que cette campagne soit une simagrée.
— Vous avez dit que vous aimiez bien gagner vos campagnes et je suis du même avis que vous maréchal. Allons remonter les bretelles de ces imbéciles. S'ils ne suivent pas, je garderai tout le butin pour moi, ainsi que toutes les conquêtes.
Erwan souriait en parlant, mais ses yeux ne mentaient pas. Rowèn l'observa, ahuri, avant de redemander.
— Vous venez vraiment de l'est ? Vous êtes devant nous ?
— Oui ! Ma flotte est sur la Garonne et va la remonter demain, dès l'aurore. Dans trois jours au plus tard je serai au Mas d'Azil. Le jour suivant, les forteresses seront entre mes mains.
— Mais, mais, vous n'êtes pas assez nombreux, seigneur, s'exclama le maréchal.
— Je suis prophète, ça aide.
— Dès demain mes régiments accélèrent la cadence mon frère, lui affirma Awèl. J'en ai marre de devoir ralentir à cause de ces crétins de volontaires. Je rejoins l'avant-garde et tu nous auras avec toi. Mes trois mille réguliers, le millier de miliciens de Maubourguet et quatre escadrons de chasseurs, ça suffira pour conquérir le monde !
Il leva sa chope et Erwan trinqua avec lui. Rowèn poussa un profond soupir.
— Altesse, avoua-t-il, si vos chasseurs partent devant, le reste de l'armée s'évanouira en moins d'une journée. Laissez-nous une journée pour souffler et récupérer. Ensuite, nous suivrons votre chemin à marche forcée. Deux jours pour rejoindre Fousseret, on peut le faire.
Erwan réfléchit un instant.
— Mes navires vous feront traverser facilement le fleuve. À ce niveau, il est large et calme. Est-ce qu'en trois jours vous pourrez remonter la vallée du Volp, franchir les cols pour arriver devant les Imprenables ?
— L'avant-garde, la cavalerie et l'infanterie du prince seront à l'heure, affirma le maréchal en se redressant malgré la fatigue. Les régiments de conscrits auront probablement besoin d'une journée supplémentaire au moins, mais ils seront là en nombre pour prendre la cité puis participer aux opérations militaires. J'en fais le serment.
— Bien, s'exclama Erwan. Alors maintenant il nous faut raisonner les commandants des ailes. Nous allons rendre visite à Tournay d'abord : le bagage et le ravitaillement sont prioritaires pour le reste des opérations. Ensuite, avant-garde et Pontacq qui est plus bas, vers le nord. Tranit ? L'autonomie ?
— Correcte, confirma la jeune femme. Je revérifierai quand nous rencontrerons le légat. Nous avons encore assez de luminosité, cela devrait convenir.
Seul Erwan comprenait ce que lui répondit la jeune femme, mais il la laissa retourner au 341 et regarda le maréchal.
— Maréchal ? Vous allez faire quelque chose que peu peuvent se vanter d'avoir fait, vous allez voler dans le ciel avec nous pour rendre visite à vos subordonnés !
***
Merci pour votre lecture.
Si vous avez aimé, m'offrir un petit vote serait fort sympa.
Vos avis, vos commentaires sont toujours les bienvenus.
Vixii
VOUS LISEZ
Les Larmes de Tranit - 6
FantasyDernier couplet (?) de cette aventure, Tranit part finalement en guerre. Un voyage peut-il se dérouler sans aucun incident lorsque des milliers d'hommes en armes errent dans les montagnes sans vraiment savoir où ils vont ? Avec un commandement errat...
