CHAPITRE CENT DIX-HUIT .2

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Tranit ne put s'empêcher de froncer les sourcils.

— C'était quand même risqué !

— Non, réfuta le jeune homme. Je suis assez bon à l'escrime et je m'étais entraîné la nuit précédente. Si à la première tentative cela n'allait pas, il me suffisait de m'avancer un peu de faire quelques gestes et de recommencer.

Il affichait un air assuré, comme si c'était l'évidence même. Cependant, Tranit restait un peu dubitative. Erwan avait pris des risques inconsidérés pour assurer le spectacle.

Elle se demandait si cela en valait la peine.

— Cela pourrait faire des armes imparables, concéda-t-elle à voix haute. Avec quelques adaptations sur un pistolet long...

Erwan ne la laissa pas terminer sa phrase et s'esclaffa.

— J'y ai déjà pensé, mais onvapasslajouerstormtrooper ! fit-il en levant la main pour arrêter la jeune femme dans ses pensées.

Tranit n'avait absolument rien compris à ce qu'il venait de dire, mais n'insista pas.

— Je pourrais, lui avoua le jeune homme, mais j'ai décidé de limiter la technologie que je rendrais disponible. C'est un choix qui fut difficile à faire et je pense que mes raisons sont valables.

Un jour, plus tard, peut-être.

Tranit aurait voulu dire quelque chose, mais le jeune homme rangea son étrange attirail et lui fit signe de garder le secret.

Dehors, des ordres étaient lancé aux conducteurs. Le convoi passait en colonne double, toujours en quinconce.

Ils bifurquaient enfin !

Ils quittaient le chemin pris par Saert afin de remonter le long du Bouès, une rivière descendant des Pyrénées pour rejoindre les grandes baïssa du nord. Erwan montra la grande carte qu'il avait affichée sur la paroi de son chariot.

- Bon, presque sept heures pour faire les quatre lieues depuis Auriébat. Il nous reste six bonnes heures de jour pour remonter jusqu'au confluent du Boués et du Lys.

On devrait mettre deux heures pour rejoindre les marécages de Marcias, sans doute une heure pour les traverser, puis encore trois heures de chemin.

Il eut un petit signe appréciateur.

— Jusqu'à présent, nos reconnaissances annonce un terrain assez favorable.Nos hommes ne sont pas revenus ici depuis une décade. Nous pensions partir plus tôt.

- Les catamarans ne pourraient pas venir nous prendre plus près ?

- Non, ce serait délicat. Un navire plus petit, comme celui emportant nos kañvs le pourrait peut-être, mais pas les grands modèles embarquant les troupes. Et puis nous devons remonter le Lys. C'est lui, et tous ses affluents, qui va nous permettre de franchir les crêtes et de passer au nord du Miélan.

À l'évocation de la seigneurie, l'intérêt de Tranit augmenta mais Erwan fit signe qu'il n'avait rien de nouveau.

- J'ai un patrouilleur en éclaireur qui fera quelques escales et demandera si on a entendu parler de ta soeur. Depuis les nouvelles qu'elle allait monter au nord, nous n'avons rien appris d'autre.

- Merci, dit la jeune femme en souriant. Et ce Lys devrait nous conduire jusqu'au Montesquiou ?

- C'est ce qu'affirme ce capitaine dans son livre. Jusqu'à présent, tout ce qu'il a dit s'est avéré exact. Je comprends qu'il ait gardé ses secrets aussi longtemps.

Il est capable de relier Carcassonne en une décade ou moins de navigation, alors que ses concurrent sont au mieux deux fois plus lents. Il fallait un sacré culot pour tenter de remonter certains ruisseaux qui semblaient venir de nulle part.

Tu imagines, Tranit, que nous allons faire plus de soixantes-cinq lieues de navigation en sept jours et que nous arriverons dans la vallée de Fousseret quatre ou cinq jours avant les troupes de Saert parties bien avant nous.

Tranit opina du chef. Cela l'avait vraiment surprise au début, malgré les cartes et les explications.

Puis, avec l'habitude des kañvs ou des vols à dos de goélands, cela lui avait semblé de plus en plus normal.

L'armée à pied se déplaçait au mieux de cinq lieues par jour et en avait au moins pour quinze longues journées de marches en montée.

Grâce aux navires d'Erwan et leur propulsion améliorée, les deux régiments d'infanterie et celui de chars de combat allaient avaler une distance presque équivalente, sans faire le moindre effort et en trois fois moins de temps. Le jour de l'attaque, cela ferait une énorme différence, Tranit le savait d'avance.

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Vixii

Les Larmes de Tranit - 6Où les histoires vivent. Découvrez maintenant