Chapitre 15

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Nous finissons sur le ponton du château. L'air est doux, chargé du parfum salé de l'eau. Kiara gratte les dernières notes d'un morceau sur sa guitare, puis repose l'instrument sur ses genoux dans un soupir satisfait.

— C'était pour combien déjà ? demande-t-elle en relevant les yeux.

— Quatre cents millions, répond Pope, comme si ce chiffre était normal.

Je jette un coup d'œil à John B. Il ne réagit pas, boit simplement dans sa canette, l'air absent. Son regard fixe l'horizon, mais je sens que son esprit est loin, probablement encore avec son père.

— Et comment on partage ? enchaîne JJ. Avant que vous disiez "équitable", veuillez noter que je suis le seul ici capable de nous défendre contre les trafiquants, les tueurs à gage et, potentiellement, les requins. La protection, ça se paie. C'est une règle de base.

— Tu sais pas tirer, JJ, ricane Pope. Tu l'as dit toi-même, t'es nul au tir.

— Youtube ! proteste-t-il en levant un doigt. J'ai regardé des tutos. "How to shoot like John Wick", épisode 3. Donc je mérite au moins cinq pour cent de bonus pour risques physiques imminents. Des objections ? Non ? Je m'en doutais.

Il croise les bras avec un air triomphal.

— Tu vas faire quoi avec tes quatre-vingts millions, toi ?

— Payer la fac d'avance, acheter tous les manuels, les versions papier et numérique et une chaise de bureau ergonomique. Tu sais que le mal de dos, c'est le mal du siècle ?

Je secoue la tête en riant. Même quand il parle de millions, Pope reste Pope.

— Et toi Kie ? demande JJ, en louchant vers elle avec un sourire en coin. Ça fait quoi une gauchiste quand elle est riche ?

Elle est gauchère ? Sérieux ?

Kiara se redresse, hausse un sourcil mais c'est JJ qui répond a sa propre question :

— D'abord, elle rembourse les dettes médicales de gens qu'elle connaît pas. Ensuite, elle crée une coopérative agricole bio, auto-gérée par les habitants. Puis elle rachète les terres polluées par des grosses industries pour les rendre à la nature. Et enfin...

Elle le fixe, le regard plein de défi. Je ne laisse pas JJ finir et saute sur l'occasion de le piquer :

— Elle t'achète un cerveau, JJ. En solde, bien sûr, faut pas trop dépenser.

Un silence, puis tout le monde éclate de rire. Même John B esquisse un sourire, ce qui me réchauffe un peu le cœur. JJ hausse les épaules, faussement vexé.

— Tant qu'elle me file pas un potager comme cadeau de Noël, je la laisse faire. Mais t'es sérieuse, hein ? Pas une bagnole, pas un voyage ?

— J'ai pas besoin de plus que ça, dit-elle en haussant les épaules. La planète, c'est déjà un cadeau empoisonné, pas besoin d'en rajouter.

Je les regarde se chamailler, la brise faisant voler les cheveux de Kiara, la lumière du soleil couchant caressant nos visages. Et pour la première fois depuis longtemps, malgré tous les dangers, les pertes, les peurs... je me sens bien. La Pogue reprend plus sérieusement, son regard perdu dans le reflet ondulant de l'eau :

— Je voudrais faire un album. Pour parler des Pogues, des Outer Banks. Un peu comme Catch A Fire qui parlait de Kingston. Enregistré au studio Marley... produit par Peter Tosh.

— Peter Tosh est mort, corrige Pope du tac au tac.

Je lève les yeux au ciel, exaspérée.

— Merci Pope, super ambiance. On peut plus rêver tranquille.

Outer Banks - Tome 1Des histoires addictives. Découvrez maintenant