Chapitre 18

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Je baisse légèrement la tête, incapable de soutenir son regard une seconde de plus.

Je comprends mieux, maintenant. Mieux que jamais. Pourquoi John B a si mal réagi en parlant de ma mère. Et ce regard que JJ porte parfois... celui que je n'arrivais pas à nommer jusqu'ici : c'est la reconnaissance d'une douleur qu'on connaît trop bien. D'un passé qui ronge. Lui, il sait. Il a grandi avec cette violence, avec cette peur permanente qui prend racine dans les tripes.

Et pas juste une fois. Pas juste un soir.

Une larme s'échappe de mon œil, discrète mais lourde. JJ s'en approche aussitôt. Son pouce balaie ma joue sans un mot, comme s'il voulait la faire disparaître avant qu'elle n'existe vraiment.

— Pourquoi tu pleures ? On s'en est bien sorti non ?

Je ne réponds pas. Pas tout de suite. Au lieu de ça, je fais un pas vers lui, et sans prévenir, je l'enlace. Pour la première fois. Pour la première fois sans crainte, sans calcul. Mes bras trouvent leur place autour de lui, comme s'ils attendaient ce moment depuis toujours.

Ce geste simple me bouleverse plus que prévu.

Je sens sa surprise dans le premier battement d'arrêt. Il ne bouge pas, son souffle suspendu contre ma tempe. Peut-être qu'il ne sait pas comment réagir. Peut-être qu'il ne s'y attendait pas de moi. Ou peut-être qu'il a juste oublié ce que ça faisait d'être pris dans des bras qui ne cherchent rien d'autre que la chaleur humaine.

Allez, fais-moi un câlin, murmuré-je, la voix presque tremblante.

Il finit par lever lentement les bras, hésite une demi-seconde, puis les referme doucement autour de mes épaules.

En quel honneur ? lâche-t-il en râlant à moitié, pour sauver la face.

Je ferme les yeux.

Arrête de jouer, JJ. Ce n'est pas un jeu. Je suis vraiment... désolée. Pour ton père. Pour tout ça.

Il soupire, longuement. Je sens sa mâchoire se crisper contre ma tempe.

— Oh c'est ça qui te rend tactile ? Tant fait pas j'ai l'habitude.

   Son air détaché ne peut tromper personne, il souffre intérieurement. Si je peux l'aider d'une façon ou d'une autre je le ferais. Je finis par me détacher de lui et je lui embrasse la joue, mais quand je le regarde de nouveau ses yeux regardent bien plus en bas que ce qu'il devrait regarder.

— Mes yeux sont en haut pervers.

Un sourire étire aussitôt ses lèvres, espiègle.

— Pourquoi ? C'est beau ce que je regarde.

Je roule des yeux, une main sur les hanches, et referme deux boutons de ma chemise avec un petit clic de provocation. Il la joue insolent, alors je contre-attaque.

Je lui prends doucement la joue et la tourne vers la mer, l'obligeant à regarder ailleurs.

Arrête de baver. On rejoint les autres.

Je tourne les talons, mais je n'ai pas fait trois pas qu'il attrape doucement mon avant-bras, me retenant.

Attends. Il me regarde, le regard un peu plus sérieux. Tu sais pour mon père... c'est à ton tour de me dire quelque chose.

Je le dévisage, intriguée.

Tu veux que je te dise quoi ?

Ce que tu veux.

Outer Banks - Tome 1Des histoires addictives. Découvrez maintenant