Chapitre 25

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— Allez, nous aussi on rentre.

Je ne l'écoute pas, mes pas rapides résonnent dans le couloir alors que je me précipite à la suite des Maybank.

— Attendez, monsieur !

Je crie, essayant de rattraper leur distance, le souffle court mais déterminée. Ils se retournent, surpris de m'entendre, leurs regards lourds d'une colère à peine contenue.

— Ce n'est pas votre fils qui est en faute !

Ma voix tremble un peu, mais je force ma détermination à dominer. JJ reste silencieux à mes côtés, ses yeux fixés au sol.

— J'ai demandé à JJ de tout avouer. Il n'a pas voulu au début, mais j'ai su le convaincre. Je plante mon regard droit dans les yeux de l'homme, comme pour chercher un signe de compréhension. Je m'occuperai de régler ça, monsieur. JJ n'a rien fait, et il n'a jamais levé la main sur moi. Au contraire, c'est lui qui m'a protégée.

L'homme fait un pas vers moi, son visage rouge de colère, les traits tirés par la tension. Mais avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, JJ s'interpose, fermement.

— On y va papa, s'il te plaît.

Je tourne légèrement la tête vers l'intérieur du commissariat. Peterkin nous observe, les bras croisés, impassible. Je l'ai connu plus réactif, plus humaine.

— Arrête de faire la sotte ! s'emporte ma mère, le ton chargé de colère.

Ils finissent par s'éloigner, mais avant de quitter les lieux, ma mère attrape mon bras fermement pour que je la suive. Je n'ai pas d'autre choix que de céder.

— C'est la fête du solstice dans deux heures. Tu as intérêt à être parfaite, me lance-t-elle en montant dans la voiture, comme si elle pensait que je n'allais rien répondre. C'est mal me connaître.

Je la suis, le cœur serré, mais je me reprends rapidement.

— Arrête, maman. Je ne peux pas être parfaite. Et JJ n'a rien à voir avec cette histoire de bateau.

— Nous avons vu un homme sur ce bateau, tu n'es pas aveugle. Arrête de prétendre que c'est à cause de toi. Personne ne doit jamais savoir ce que tu as fait.

Elle démarre la voiture, visiblement en essayant d'étouffer la discussion, comme si ça allait régler quoi que ce soit.

— Mais il va payer pour quelque chose qu'il n'a pas fait ?! s'exclame-je. Il n'a même pas l'argent que tu réclames injustement !

— Ça suffit, Aïkida ! Elle m'interrompt sèchement. Il paiera sa caution, quoi qu'il en coûte. Et surtout, ne dis à personne que tu as fait partie de cette mascarade.

Son regard est dur, implacable. Je sais que ce combat est perdu d'avance.

Après plusieurs interminables minutes de silence, elle finit enfin par poser une question, la voix chargée de reproche :

— Depuis quand tu côtoies ces Pogues de malheur ?

Je serre la mâchoire, prête à répondre mais choisissant mes mots avec soin.

— Ne t'engage pas sur ce terrain, maman. Je n'ai pas envie d'envenimer encore plus nos relations.

Son regard se durcit, presque blessé.

— C'est à cause d'eux que tu es aussi dissipée ? Je parie que c'est pour ça que tu disparais, que tu fuis tout le temps !

Je hausse les épaules, tentant de garder mon calme malgré la colère qui bouillonne en moi.

— Arrête, maman. Comparés à ce que tu imagines, ils sont comme nous. Avec un peu moins d'argent, c'est vrai, mais ils sont comme nous. Ils me rendent heureuse.

Elle ricane, incrédule.

— Comment peuvent-ils te rendre heureuse ! Tu ne sais même pas la signification de ce mot.

Je prends une grande inspiration, le regard franc.

— Eh bien figure-toi que je le connais, ce mot. Grâce aux Pogues, je sais ce que ça signifie. Pourquoi tu ne peux pas simplement être contente que, pour la première fois en trois ans, je sorte enfin la tête de l'eau ?

La voiture ralentit puis s'arrête devant le porche.

— Je t'ai mis une robe sur ton lit, m'ignore-t-elle en ouvrant la portière. Tu viendras me voir pour que je puisse te coiffer convenablement. Ne traîne pas. Tu m'as déjà assez fait perdre mon temps.

Elle sort sans même me jeter un regard. Je reste seule dans la voiture, les paroles tournant en boucle dans ma tête.

— T'inquiète pas, maman, je vais bien. Hier soir, c'était une soirée tout à fait normale. Tu as vu mes marques ? Ce n'est rien, vraiment. Ne t'inquiète pas pour moi ! Tout va parfaitement bien ! Le pote de Topper n'a pas essayé de m'offrir un séjour en enfer ! murmurai-je, ironique, presque pour me convaincre moi-même.

Je finis par sortir, direction la salle de bain. La douche chaude détend mes muscles, lave un peu de la tension qui m'habite. Puis je rejoins ma chambre pour m'habiller.

Plus serré, tu meurs. Je lève les yeux au ciel en attrapant la robe. Je n'ai même pas envie d'y aller à cette fête. Je souffle, désespérée. Mais si je n'y vais pas, ce seront des barreaux à mes fenêtres, une porte fermée à double tour, et mille reproches en plus.

Je choisis une culotte qui ne marque pas sous la robe et l'enfile rapidement. Le décolleté est trop plongeant pour que je mette un soutien-gorge, tant pis.

Je descends ensuite rejoindre ma mère, qui est dans sa grande salle de bain. Je toque doucement jusqu'à ce qu'elle ouvre la porte.

Elle me regarde de haut en bas, un sourire froid et satisfait aux lèvres, comme si j'étais exactement ce qu'elle attendait, et rien d'autre.

— Je dois avouer que tu es magnifique dans cette robe.

Mon cœur se gonfle d'un bonheur rare. Ça doit bien faire des mois que je n'ai pas entendu une parole positive de sa bouche à mon égard.

— Approche, je vais t'attacher quelques mèches.

Je m'assois sur le tabouret placé devant sa coiffeuse. Elle attrape délicatement quelques mèches, les attache avec précision à l'arrière de ma tête. Elle ne laisse échapper aucun cheveu rebelle. C'est la quête de la perfection, celle qu'elle veut pour moi, celle qu'elle espère que je devienne. Mais je sais déjà que je ne serai jamais cette fille aux chignons impeccables, parfaitement domptée. Mes mèches rebelles en témoignent : je suis loin d'être parfaite, loin d'être elle.

— Les Kolmer seront là ce soir, affiche-toi au côté du fils. Logan je crois.

Je soupire, consciente qu'elle ne perd jamais le nord.

Au bout d'une bonne heure, deux mèches ondulées encadrent doucement mon visage, quelques boucles sont retenues en chignons ornés de petites fleurs délicates, tandis que le reste de mes cheveux tombe en cascades soignées jusqu'au creux de mon dos.

— Tu crois pouvoir réussir à te maquiller ? Non attend je vais le faire, tu vas gâcher mon travail sinon.

Sympa. Je ferme les yeux tandis qu'elle commence à appliquer un fard à paupières léger. Une demi-heure plus tard, je les rouvre doucement et croise son regard dans le miroir.

— Le résultat est époustouflant. Souffle ma mère. Logan serra combler de voir une beauté ensorcelante.

 Je m'empourpre légèrement. Deux compliments dans la même journée ? Ma mère est-elle malade ? Quel exploit.

— Dépêchons-nous.

Je jette un dernier coup d'œil dans le miroir. Son maquillage est naturel mais suffisamment marqué pour que personne ne puisse ignorer que je me suis apprêtée avec soin, sans jamais tomber dans l'excès. Elle a même camouflé mes marques à l'œil et sur le cou. Ça aurait pu marcher si Rafe n'avait pas si bien fait son boulot.

Je quitte la pièce, puis la maison. Dehors, la lumière du soir commence à tomber. Nous arrivons rapidement sur le lieu de la fête, où l'atmosphère bruisse d'anticipation.

Outer Banks - Tome 1Des histoires addictives. Découvrez maintenant