Partie 33

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Garé devant la maison de Tom, je sors de ma voiture en tirant une clope de mon paquet. D'un mouvement, je l'allume et inspire la nicotine avant de récupérer le sac de Bryan. Mes doigts tremblent et je grogne en m'adossant à ma bagnole. J'ai beau fermé les yeux et tenter d'enfouir les images au fin fond de mon esprit, il y a toujours sa cuisine, cette horreur qui danse sous mes paupières. Je vais gerber.

- Matt.

Je soupire en secouant ma clope puis l'amène à mes lèvres alors que le bruit de pas se rapproche. Une main se pose sur mon épaule et la serre doucement, sans que ça ne m'aide vraiment. Tom peut bien retourner le monde entier, les images se sont encrées sévèrement dans mon crâne et elles ne sont pas foutues de dégager.

- Qu'est-ce qu'il y a ?

- Rien. J'ai juste besoin d'une minute, je souffle en basculant la tête arrière pour ouvrir les yeux sur le ciel. Juste une.

- Pas de soucis. Je te prends le...

- Vous êtes là.

Je tourne vivement la tête vers l'entrée pour y voir Bryan, la main sur la poignée, qui nous dévisage sans expression. Ses cernes, son épaule tenu, son poignet bandé, son visage épuisé. Trop de choses qui me broient le coeur alors que je n'ai plus aucun mal à imaginer la scène, dans sa cuisine.

- Bry...

Ses yeux tombent dans les miens et je déglutis en constatant que plus rien ne le traverse. Il est vide, terne, éloigné de tout. Tom passe ses doigts sur la anse du sac et me la retire de l'épaule doucement. Un déclic résonne dans ma tête, et je balance ma clope sur le chemin avant de rejoindre Bryan. J'en ai besoin : de le tenir entre mes bras, de lui promettre qu'il va s'en sortir, que je me battrais avec lui contre la terre entière, jusqu'à ma mort. Putain, c'est lui ma raison de vivre, je ne peux pas l'abandonner.

Sauf que j'ai à peine atteint le perron qu'il s'avance et s'écroule dans mes bras, une de ses mains accrochée si fort à ma nuque que ça me fait mal. Mais je m'en fous. Je l'attire plus près, j'encaisse ses larmes lorsqu'il éclate dans le creux de mon cou, je glisse mon visage contre ses cheveux. Et je le serre, plus fort encore. Aucun mot, aucune promesse finalement. Juste notre amitié, ce lien indéfectible, cet amour trop pur pour se briser.

Je ne sais pas combien je reste ainsi, à le garder contre moi pour l'empêcher d'affronter la réalité, pour rester là où il se sent en sécurité. Pourtant, Bryan renifle et s'écarte, ses doigts glissant sur la peau de mon cou. Il pose son front contre le mien et je ne vois plus que ses cils, humides, ses joues où une larme roule encore. Je n'ai même pas envie de l'embrasser, je voudrais juste pouvoir terrasser sa tristesse, lui enlever la douleur qui étire son visage quand il bouge l'épaule. Prendre de son fardeau et le soulager.

- Bryan...

- Merci, pour Claire.

Ma gorge se serre alors que je remonte une main dans ses cheveux. Doucement, je l'oblige à se redresser et lorsqu'il ouvre les yeux, ils percutent les miens avec une force inouïe. Le monde a l'air dévasté dans ses iris, plus rien n'a l'air d'avoir de sens et pourtant, c'est là. La flamme de sa volonté brûle, violente et terrifiante au fond de son regard. Il veut se battre. Il ne perdra pas.

- Je ne vous laisserai pas tomber.

Bryan ne répond rien, il se contente de caresser le creux de mon cou du pouce, sans sourire. Et là, par contre, je pourrais me pencher et embrasser ses lèvres, lui prouver que je suis sincère, raviver une once de vie dans son regard.

Puis il cligne des yeux et appuie ses doigts dans ma nuque pour rapprocher mon visage du sien. Mon coeur s'emballe mais Bryan se contente de reposer son front contre le mien, sans quitter mon regard du sien.

ForgivenessOù les histoires vivent. Découvrez maintenant