Je frotte une main contre mon bleu de travail, enfonce le chiffon dans ma poche arrière puis je me penche de nouveau vers le moteur.
- Putain de voiture.
- Parle mieux, Matt.
Mon majeur tendu vers Lorian, j'entends seulement le rire d'Aly qui me répond. Alors je relève la tête et aperçois mon collègue m'imiter silencieusement, bougeant les mains et la bouche comme un petit con. Au hasard, j'attrape le premier truc qui me tombe sous la bien, une bobine de fils, et la balance à travers le garage. Dans un cri, Lorian fait un bond en cabrant le dos et Aly explose de rire.
- Des fois, je me demande pourquoi je vous ai employé.
J'échange un sourire entendu avec notre patron qui, depuis son bureau, s'occupe de regarder où en sont les chiffres avec son comptable. Lui, il nous aime bien mais il ne le dira pas : trop solitaire dans l'âme. Il se contente de nous zyeuter avant de tendre une énième facture au patron qui marmonne en baissant le regard dessus.
- Sinon, t'as trouvé la panne ?
- Ouais, je réponds à Aly quand elle se cale contre moi. La bobine d'allumage est sûrement morte, les bougies ont une sale tronche et le câble s'effrite.
- Pas bon...
- Goûte-moi, je suis sûr que tu diras le contraire, susurre soudain Lo en passant sa tête entre nous. Non ?
- T'as vraiment un problème, je me marre tandis qu'Aly le repousse d'une main sur la tronche. Pas étonnant que le célibat te colle à la peau.
- C'est simplement que personne ne se rend compte de la personne incroyable que je suis !
- Tu parles, grogne Aly en m'attrapant une pince des poches. Il n'y a que ton égo d'incroyable.
- Heureusement que tu n'en penses pas un mot.
J'esquisse en sourire en la voyant rougir, la tête cachée sous le capot. Lorian repart sans rien remarquer et je donne un coup de coude à Aly dès qu'il est loin.
- Toujours rien dit ?
- Tais-toi.
Je n'insiste pas et me remets simplement à bosser avec elle sur la Suzuki. Le silence nous enveloppe, reposant et libre. Il n'y a plus l'angoisse, la peur, l'envie de tout briser dans ma tête. Seulement le calme, le bonheur d'être là, avec eux, à respirer et voir la vie continuer. Les choses n'ont pas beaucoup avancé, en cinq semaines.
Bryan est parti, amenant avec lui Claire à l'autre bout du pays. Ses parents les ont accompagnés puis sont rentrés quelques jours plus tard. Depuis, je n'ai eu que trois messages : un à son arrivée pour me dire qu'il aimait l'air de la mer. Un autre six jours après pour m'annoncer qu'il allait bosser avec un oncle dans une ferme. Et un dernier il y a trois semaines, quinze jours après son départ, où il me disait qu'il avait repris rendez-vous avec une psy, que Claire allait à l'école et qu'il commençait une thérapie. Puis qu'il m'aimait, et qu'il reviendrait.
Ensuite, je n'ai pas eu d'autres messages. J'aurai cru que je ne le supporterai pas mais plus le temps passe, plus je réalise que c'est ce qu'il nous faut. Le manque me ronge, j'ai envie de le voir à chaque seconde. Et ça fortifie mes sentiments, ça me donne un million de nouvelles raisons d'attendre qu'il soit prêt à me revenir, parce que tant qu'il ne se sentira pas en sécurité, on n'arrivera pas à construire quoi que ce soit. Alors qu'il prenne tout le temps dont il a besoin, je l'attends.
- Bon, ça me tape sur le système.
- Pause ? lance Seel et j'acquiesce en m'écartant d'Aly qui soupire. Parfait ! Je te fais un café.
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Forgiveness
Fiksi UmumÀ 25 ans, Matt et Bryan ont pris des voies différentes. L'un vit seul mais gagne bien sa vie. Quant à l'autre, il a une fille, une femme et travaille. Leur vie respective les éloigne mais leur amitié est trop forte pour qu'ils s'abandonnent. Jusqu'à...
