Lundi matin, beaucoup trop tôt pour se lever et pourtant, on est à l'heure au garage avec Lorian. Mais avec une sale tronche, et Aly ne manque pas de nous le faire remarquer. Depuis cinq minutes, elle piaille que c'est bien fait pour notre tronche, qu'on aurait pas dû l'oublier et tout ça. Je me retiens vraiment de lui foutre du scotch sur la bouche. Un bourdonnement continu résonne dans ma tête depuis que je me suis levé et je commence à en avoir ras le bol.
- Oh merde, ta gueule !, grince alors le métisse en la foudroyant du regard. On était tous les deux en dépression et on s'est soûlé à la bière, tu n'as rien manqué. Maintenant, laisse-nous tranquille.
A ma grande surprise, Aly ne se vexe pas : elle éclate de rire, attrape ses outils et part vers le tableau pour voir le récapitulatif de notre journée. Lorian hausse un sourcil dans ma direction mais j'ai déjà capitulé. Je n'ai vraiment pas envie de réfléchir. Je vais plutôt aller me cacher sous une caisse et pioncer pour le restant de mes jours. L'idée me plaît pas mal.
La matinée passe lentement, sans encombres mais les minutes m'ont l'air d'être devenues des heures. C'est pareil pour Lorian qui tourne à deux à l'heure. C'est vraiment une idée conne, qu'on a eu hier soir. Le reste de la journée se passe de la même façon : nous agissons comme deux robots et Aly nous lance des piques dès qu'elle le peut.
Quand je reprends ma voiture le soir pour rentrer chez moi, je ne rêve que d'une chose : une douche et mon lit. Bon, ça fait deux mais mon état de fatigue est avancé. Je me gare devant chez moi, rentre et m'affale dans le canapé. Muesli vient alors miauler tout ce qu'il peut pour me signifier qu'il a faim, ou mal, et qu'il veut de l'amour. Du moins, ça, c'est mon interprétation. Je l'attrape et l'attire contre moi, le serrant de toutes mes forces, mais en évitant de l'étouffer. Ca serait con d'avoir payé plus de cent balles le véto pour le voir mourir asphyxié entre mes bras.
- Tu es le seul à m'aimer toi, je murmure en frottant mon nez contre son front. Allez, viens, je vais te donner ton cachet.
Je me relève, l'amène dans la cuisine et lui sers ses croquettes, dans lesquelles j'écrase son médicament. J'ai le bonheur d'avoir un chat glouton, ce qui fait qu'il les mange sans rechigner. Une fois qu'il a terminé sa gamelle, je file sous la douche et en ressors habillé d'un short. Je vais chopper froid mais rien à faire, je suis trop fatigué pour faire plus d'effort. J'attrape mon paquet de cigarettes, en attrape une et sors sur le perron de chez moi pour la fumer. Muesli tourne et se frotte contre mes jambes puis finit par s'allonger à mes pieds, les yeux braqués sur la route. Un soupire m'échappe tandis que je recrache la fumée de ma clope.
Bryan revient hanter mes pensées. Je n'arrive pas à réaliser qu'il est parti. Que c'est terminé, qu'on fait une réelle pause dans notre amitié. Qu'on a coupé les ponts.
Je l'aime. C'est un fait et de le savoir auprès d'Emilie me rend fou de rage. Je n'avais jamais réalisé à quel point j'étais frustré de ne pas le savoir qu'à moi. Surtout quand je sais qu'elle n'en a rien à foutre de lui. Ca se voit comme le nez au milieu d'un visage. J'aimerai tellement prendre la caisse, rouler jusqu'à sa baraque et lui rouler une pelle devant cette petite garce pour lui faire comprendre à qui il appartient. Mais je ne peux pas. Pour lui, pour notre amitié et parce que je ne peux pas le forcer à choisir entre moi et sa gosse. Car s'il quitte Emilie, c'est elle qui aura une bonne partie de la garde de Claire, et non Bryan. Et ça, ça le détruira, même si je suis avec lui.
Et puis, il ne m'aime pas. Il me l'a bien fait comprendre.
Je serre les poings, jette ma clope et ordonne à Muesli de rentrer avant de fermer la porte à clef. J'ai fait une fois l'erreur, pas deux.
Dans la cuisine, j'ouvre le frigo, en sors des crudités et me prépare rapidement une assiette. Je n'ai pas spécialement faim mais je n'ai pas envie de me réveiller à trois heures pour manger. Quand je m'assois au bar, la fourchette dans la main avec une betterave dessus, mon mouvement s'arrête de lui-même.
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Forgiveness
General FictionÀ 25 ans, Matt et Bryan ont pris des voies différentes. L'un vit seul mais gagne bien sa vie. Quant à l'autre, il a une fille, une femme et travaille. Leur vie respective les éloigne mais leur amitié est trop forte pour qu'ils s'abandonnent. Jusqu'à...
