Lavoir

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Keigo Takami eut un soupire alors qu'il sortait sa tête d'entre deux maisons, un panier à la main et un pain de savon dans l'autre. Calme, il guettait de ses yeux perçants un moment pour s'envoler de sa cachette en douce, sans qu'aucun regard émanant de cette foule vide, ne le voit courir en direction du lac le plus proche. On était jamais trop prudent.

Personne, vraiment personne et aucune fenêtre ou porte curieuse.

Bien.

Il fit un pas hésitant puis s'embusqua derrière l'arbre juste en face et continua son petit manège paranoïaque jusqu'au lac qui attendait patiemment les retardataires qui très clairement, ne s'amuseraient pas à se vendre les uns les autres pour leur propre sécurité. Avec un souffle, il baissa enfin sa garde et se laissa tomber à genoux, lui et son panier, sans se préoccuper de son pantalon de lin camel qui se colorait doucement de vert. Avec habitude, il noua autour de sa chevelure folle un bandana blanc et réajusta sa chemise large élimée de même couleur pour enfin prendre son linge et se mettre au travail.

Devoir se cacher pour faire sa lessive. Quel idiotie.

Soupira-t-il pour lui-même alors qu'il observait avec aigreur la raison de son interdit qui s'étendait haut dans le ciel et semblait le narguer, moqueuse.

« C'est ça, veille sur les autres, mais si tu pouvais te lever moins tôt lors des moussons ça m'arrangerait grandement ! »

Grelota-t-il légèrement, le bout de ses doigts déjà rougis par la brise nocturne et l'eau gelée. Il prit un temps entre deux vêtements et s'étira le dos tout en soufflant dans ses mains. Puis, comme si elle était redevenue une amie, il eut un petit sourire pour la lune qui le veillait durant les temps froids alors qu'il était au lavoir.

« Peut-être que je devrais changer de village, ou même d'île. Rit-il tout en jetant un coup d'oeil à sa peau dorée par le soleil. Un couvre feu chaque fois que tu te lèves. Tu te rends-comptes ? Si je veux pouvoir laver mon linge ou bien même, me laver, je dois te demander la permission. Durant les moussons, il faudrait que je prenne un jour par semaine de repos si je veux rester propre en respectant ces lois stupides. »

Il continua ainsi à converser seul. Ça lui faisait du bien de se confier lors de ces moments, de confier à une vieille amie des secrets qu'elle ne divulguerait jamais, comme son mépris profond pour ces abrutis et leurs superstitions débiles qui l'avaient amenés à laver son linge en toute illégalité.

La dernière chemise lavée, il commença à plier son précieux matériel quand une odeur de brûlé un peu lointaine lui fit froncer le nez et les sourcils. Vif, il tourna la tête vers la source de l'odeur et ses yeux d'ambre s'écarquillèrent d'effroi lorsqu'il vit au loin son petit village s'embraser. Ses muscles devinrent d'un coup lourds et ses doigts se mirent à trembler, agitant tout son corps de violentes secousses. Non, non, non, non ! Non ! Il voulu se relever, mais la pression le rendait bien trop lourd. Il sentit sa gorge se serrer et un violent hoquet le prendre alors qu'il entendait très disctinctement le bruit d'un canon précéder celui de cris d'agonies.

Ils étaient attaqués. Son pauvre village paumé sur l'île la plus paumées des Caraïbes était attaqué.

Une jambes lui répondit enfin et il s'en servit pour se projeter contre un arbre, voulant à tout prix se rapprocher de son domicile, comme-ci sa malheureuse forge serait forcément à l'abris des flammes. Mais un autre geste ne lui permit pas cette élancée et son cœur se mit à battre à mille à l'heure lorsqu'il vit de la fumée s'échapper d'un lieu bien particulier. On brûlait sa maison, on brûlait sa forge ! Mais quel con mettrait feu à une forge ! Tout le monde savait bien que là où on faisait fondre le métal, il ne fallait pas qu'il y ait d'incendie !

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