J'avance... Pas à pas...
En quelques minutes, j'ai perdu toute l'assurance que j'avais pu acquérir lors de notre voyage. La seule raison est que je suis désormais seule à avancer dans l'inconnu tandis que Devon a fait demi-tour.
Lorsque j'arrive à l'autre extrémité de la route, je me retourne une dernière fois, mais c'est trop tard, je l'ai perdu de vue et il est désormais retourné dans cette maudite forêt. Je n'arrive pas vraiment à me rendre compte que c'était la dernière fois de ma vie que je le voyais. Désormais, il ne restera plus qu'un souvenir. Bon ou mauvais ? Je ne sais pas.
J'ai encore du mal à me faire à l'idée qu'il n'a jamais eu l'intention de m'accompagner jusqu'au bout mais qu'il voulait simplement s'assurer qu'il ne m'arrive rien et que je puisse rentrer chez moi en sécurité. Je n'aurai jamais pensé qu'il s'en veuille à ce point. En même temps, j'avais bien remarqué que sous sa façade de mec dur et taquin se trouvait quelqu'un rongé par les horreurs qu'il avait commises. Il me l'avait avoué deux jours plus tôt lors de notre jeu de boisson, lorsqu'il m'a dit que son pire cauchemar serait de redevenir le psychopathe. Ce que je peux comprendre puisque moi-même je ne dormirais pas sur mes deux oreilles si je savais qu'à tout moment je pouvais devenir un monstre sanglant.
Quoiqu'il en soit, je continue à avancer avec hâte vers la station-service qui paraît totalement abandonnée tant la saleté est incrustée dans les murs. On dirait le genre d'endroit flippant qu'on trouve dans les films d'horreurs. Si je devais associer la station qui me fait face à celle d'un film, je pourrais carrément la dire ressemblante à celle de La Coline A Des Yeux. Tout semble sale, abandonné et flippant. Pourtant, rien ne me décourage et je me dis qu'il y a forcément quelqu'un qui pourra m'aider à l'intérieur vu que l'enseigne est allumée.
Une fois devant la station, je ne perds pas plus de temps à observer les alentours, encore moins l'homme qui se trouve en train de faire le plein de sa camionnette, et rentre dans le lieu.
Comme je m'y attendais, l'intérieur est aussi bien entretenue que l'extérieure (c'est-à-dire pas du tout), mais heureusement, un homme est présent à la caisse, une cigarette à la main et une bouteille de bière vide posée non loin. Cette personne (nommée Earl sur son badge) ne me met pas du tout en confiance, mais je n'ai pas le choix puisqu'il est mon seul espoir de contacter chez moi.
- Excusez-moi monsieur, je dis en me rapprochant de la caisse.
Il ne relève nullement le regard de la télévision posée en hauteur sur la gauche et ne semble pas s'intéresser à ma personne. Je sais pourtant qu'il m'a entendu puisque le son de la télé est coupé, laissant simplement comme image un match de je-ne-sais-quel sport.
Je décide de retenter ma chance en espérant qu'il m'accorde enfin son attention.
- Excusez-moi, j'aurais besoin d'utiliser un téléphone.
Sans lever les yeux de son écran, l'homme daigne enfin me répondre d'une voix lasse, me faisant clairement comprendre qu'il n'en a rien à faire de mon problème et que je le dérange.
- Si c'est pour une panne de voiture, la remorque ne passe pas le dimanche.
Je n'ai pas besoin de plus longtemps pour le trouver détestable, mais je ne désespère pas. De toute façon, je n'ai pas d'autre choix que de le supplier.
- Ce n'est pas pour une panne. J'ai besoin d'un téléphone et vous êtes la seule personne que je croise et...
Je n'ai pas le temps de finir ma phrase que l'homme ballé l'air de la main et me coupe la parole avec dédain.
- Bon, ma jolie. Rien n'est gratuit dans la vie donc vous avez certes de très beaux yeux, mais ces derniers ne suffisent pas pour cet appel.
Mais quel connard, ce n'est pas possible. J'ai envie de l'étriper, surtout lorsque je vois un téléphone fixe posé à même pas un mètre de lui. Qu'est-ce que ça lui coûte de me rendre ce service ? Surtout que vu mon allure, il doit bien remarque mon désespoir. Je suis encore dans la tenue de Devon qui se trouve être deux fois trop grande pour moi, les chaussures que je porte ne sont pas non plus à ma taille et mes cheveux n'ont pas été brossés depuis quarante-huit heures.
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Pile ou Face
RomanceL'amour peut-il naître derrière la souffrance ? Kayla, une jeune fille dont la vie était jusqu'à là joyeuse se retrouve du jour au lendemain, captive d'un psychopathe tueur en série. Entre souffrances et tourments, le début de sa captivité ne sera...
