Chapitre 37

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L'esprit d'Ayo divaguait entre rêve et réalité. Son corps flottait dans une douce chaleur. A chaque inspiration, elle sentait l'air chargé du parfum de Bucky emplir son corps, s'infiltrer dans chacune de ses cellules. A chaque expiration elle expulsait la douleur et la peine. Chaque vague la faisait se sentir de plus en plus légère. Elle sentait le vibranium refluer sur son bras, ses cicatrices s'appaiser, celles visibles sur sa peau, et les autres aussi... Elle retrouvait un équilibre, un début de calme et de bien être. Là, juste entre ses bras. Pour rien au monde elle n'aurait quitté cette sérénité.

Bucky, lui, ne bougeait pas. Parfaitement immobile, il se concentrait sur elle pour lui donner tout ce qu'il avait, son odeur, sa chaleur, la douceur de sa peau. Il s'en voulait de ne pas pouvoir lui donner plus. Il se serait saigné pour elle, il aurait tout sacrifié, comme elle l'avait fait pendant cinq ans pour le retrouver.

Plusieurs fois, ses émotions le submergèrent et, les yeux embués, il rafermit sa prise autour d'elle. La joie de la tenir dans ses bras, la douleur de sentir son corps décharné, la culpabilité d'éprouver quand même tant de désir pour elle alors que ce n'était pas le moment, l'inquiétude des heures qui défilaient et du peu de temps qui leur restait. Toutes ces émotions se percutaient en lui et s'écrasaient sur son coeur comme autant de briques de pierre.

L'angoisse le prenait au ventre, coincée entre à mi chemin entre l'agitation de son entrejambe et son cerveau paralysé de questions. Mais chaque fois que ses barrières manquaient de céder sous l'assaut de ces flots contradictoires, menacant de révéler une vulnérabilité qu'elle seule pouvait voir, le souffle d'Ayo glissait sur son torse et cette simple sensation balayait ses doutes et ses craintes. Il sentait son coeur battre au même rythme que le sien, sa poitrine se soulever contre son torse, son odeur envahir ses poumons... Elle éveillait chacun de ses sens et parvenait à l'appaiser.

Au matin du troisième jour, pourtant, Bucky dû se résoudre à quitter d'Ayo. T'Challa ne leur accorderait pas plus de temps. Il la contempla encore de longues minutes avant de se détacher d'elle avec une extrême lenteur, centimètre par centimètre. Plus il s'éloignait, plus il sentait le froid et le manque s'immiscer en lui.

Il dû se faire violence pour finalement d'extraire du lit. Il se rhabilla en silence et sortit de la chambre à reculons, laissant l'amour de sa vie profondément endormie. Il referma la porte et resta quelques instant devant, le front appuyé sur le bois. Il soupira et se concentra. Il vida son esprit, ses yeux et lissa les traits de son visage : passé ce seuil plus rien ne devait transparaître. Une fois prêt, il se dirigea d'un pas assuré vers la salle de réunion où il savait qu'il retrouverait le reste des Avengers.

En effet, à peine arrivé devant la porte, il entendit des éclats de voix : T'Challa et Tony tenaient des échanges enflammés. Bucky se faufila furtivement dans la salle et resta en retrait pour les écouter.

- Avez-vous la moindre idée, Altesse, et en prononçant ce mot le coeur de Tony se serra car il le réservait d'habitude à Ayo, de ce qu'elle doit endurer pour ressuciter ? Parce que c'est cela dont il s'agit, d'une résurrection, revenir d'entre les morts.

- Elle a besoin de soin, Stark, rétorqua T'Challa. Des soins que seul le Wakanda peut lui apporter.

- Vous ne... A chaque fois qu'elle passe par votre satanée terre rouge, elle doit revivre toute sa vie. Toute. Rien ne lui est épargné. Ni sa folle furieuse de mère, ni vos conseillers corrompus, ni l'isolement, ni ces cinq dernières années. Et vous pensez que lui faire encore subir ça va l'aider ?

T'Challa marqua un silence, hésitant. L'hologramme de Shuri prit alors la parole.

- Ce sont les anciens qui t'ont raconté cela ?

- Je n'ai pas eu besoin d'eux pour savoir ça, argua Stark avec mépris.

Emporté par son arrogance, il expliqua en détail la création de ses lunettes cérébrales et comment il s'en était fièrement servi pour braver les souvenirs d'Ayo.

- Comment avez-vous osé... ? Gronda alors Bucky depuis le fond de la pièce, surprenant tout le monde de sa présence.

Il s'approcha d'un pas menaçant vers Tony et Steve se leva immédiatement pour l'arrêter. La lueur dans les yeux de son ami lui faisant dire qu'il était prêt à tout.

- Tout doux, boîte de conserve. Ta dulcinée a fait croire à la terre entière qu'elle décapitait ses opposants et qu'elle se baignait dans leur sang. Elle a dupé tout le monde, y compris Romanov. Il fallait que l'on sache.

- Il fallait que tu saches ! Fulminait Bucky. Ne nous vend pas ton pseudo altruisme, tu es un maniaque du contrôle, totalement inconscient. Tu es prêt à tout pour satisfaire ta curiosité !

Sam s'était levé pour aider Steve à le retenir. Le sergent ne leur prêtait aucune attention, les yeux rivés sur un Tony qu'il rêvait de massacrer.

- Pardon, nargua Tony avec dédain, mais qui de nous deux à un problème de conscience ?

Piqué au vif, Bucky perdit son calme déjà bien érodé. Il envoya valser Sam d'un revers de bras et repoussa Steve avec force.

- Calmez-vous, lança soudainement une voix faible mais ferme derrière eux.

Tous se figèrent et, dans un même lent mouvement, ils tournèrent la tête vers la porte : Ayo se tenait sur le seuil. Elle était toujours très abîmée par ces dernières années, mais son regard était plus appaissé et ses cicatrices moins criardes. Le vibranium noir sur son bras avait presque entièrement disparu, ne laissant des ombres que sur le bout de ses ongles.

- Tony a eu raison, j'aurais fait la même chose à sa place, expliqua-t-elle.

La jeune femme s'approcha de Bucky et posa sa main sur son épaule. Il échangèrent un bref regard et il se calma instantanément.

- En revanche... Il n'est vraiment pas opportun de réunir autant de testostérone dans une même pièce... Souffla-t-elle dans un sourire.

- Je suis là aussi, tu sais ? Lança l'hologramme de Shuri

- Ma soeur, tu es encore plus pugnace que tous ces mâles réunis. Fait attention T'Challa, elle finira par te détrôner.

L'atmosphère subitement plus légère, tous se rassirent autour de la table. Bucky aida Sam à se relever et murmura de vagues excuses avant de prendre place à côté d'Ayo. Steve sourrit pour lui-même en le voyant glisser sa main sous la table pour enlacer discrètement leurs doigts.

Ayo s'attarda sur Tony et fronça les sourcils, amusée.

- Stark, qu'as-tu fait pour les mettre cet état ? Nos anciens ont l'air encore plus grincheux que d'habitude...

- Je suppose que j'ai juste dû être moi...

Ils partagèrent un même sourire complice.

- Tu les perçois encore ? Demanda T'Challa.

- Seulement quand je suis à proximité, c'est assez diffus...

Un nouveau silence envahit la pièce, personne n'osant formuler à voix haute les questions que tous se posaient. Ayo, elle, attendait patiemment que les langues se délient.

- Question indiscrète, votre Altesse, lança finalement Rocket faisant se retourner brusquement T'Challa vers lui.

La jeune femme le coupa d'un signe de main impérieux.

- Il n'y a pas de questions indiscrètes...

- Seules les réponses le sont, finit Bucky à mi-voix.

- Oui, si tu veux, botta Rocket en touche, insensible à sa philosophie. As-tu accepté de devenir l'avatar de Baast ?

- Non.

- Mais... Elle a disparu du palais et nous ne la trouvons nulle part, s'inquiéta Shuri.

- Baast telle que nous l'avons connue n'est plus.

- Et qu'est ce que cela signifie ? Demanda T'Challa suspicieux.

- Je suis Baast.

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