01 | Olivia

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Rares étaient les loisirs qui me permettaient entièrement de m'évader. Il y avait la lecture que j'aimais, oui, mais il y avaient toujours des moments où mes pensées voyageaient vers d'autres choses, assaillies par des souvenirs, ou encore des voix qui étaient d'une telle agressivité que leurs maux se répercutaient physiquement.

Une douleur à la poitrine, au ventre, à la tête...

Puis arriva l'écriture. Lorsque je la découvris, j'eus l'impression d'avoir rencontré mon âme-sœur. Cela avait commencé par la lecture d'histoires sur une plateforme, puis de scénarios dans ma tête, suivi d'un pourquoi je n'écrirai pas à mon tour ? pour que je me lance.

Et je n'avais regretté cette décision pas un seul instant. Même quand le doute me donnait envie de tout abandonner, même quand les nouvelles idées qui fusaient m'empêchaient de dormir jusqu'à tard le soir, même quand mes méninges surchauffaient en essayant de construire une intrigue qui tenait la route. Tout cela faisait partie du jeu, et je les prenais avec plaisir - sauf sur le moment même -, au même titre que les bons moments.

Et il y avait tant de bons moments. Comme lorsque j'avais commencé à publier sur une plateforme, que j'avais commencé à recevoir mes premiers retours, que mon histoire se faisait de plus en connaître.

Mais surtout lorsqu'une maison d'édition avait accepté de publier mon roman.

Et depuis cette première publication, je m'étais hissée en haut des classements. Au vue de tout ce que je recevais chaque jour, je pouvais à présent dire avec fierté que j'étais une auteure connue.

Dire ça me faisait à chaque fois pleurer.

J'essuyai rapidement à l'aide de l'une de mes mains une larme traîtresse qui s'était échappée avant que quelqu'un ne la remarque.

T'es seule chez toi, biesse.

Je me tournai silencieusement vers mon chat, qui faisait paresseusement sa toilette sur mon lit. Il me jeta un regard peu intéressé lorsqu'il entendit le bruit de ma chaise, mais il retourna rapidement à l'une de ses seules occupations.

J'avais eu Plume, un chat d'un pelage blanc comme neige et des yeux bleus intenses, il y a de cela quatre ans. Elle était de nature bougonne et, j'en étais sûre, quelque peu hautaine. Mais dans le confort de mon lit, le soir, une lampe allumée, un livre sur mes jambes et une couverture bien chaude sur moi, elle adorait se blottir sous cette dernière, contre moi. Elle était l'une des figures les plus importantes de mon entourage, avec mes amis.

Quant à ma famille, je ne préférais pas en parler.

Mais revenons-en à l'écriture.

C'était passionnant. C'était fantastique. C'était émouvant. Pour moi, c'était l'une des plus belles choses qui existaient. 

Sauf dans un moment comme celui-ci.

Lorsque j'étais assise à mon bureau, devant la page blanche qui remplissait mon ordinateur, et que rien ne me venait. J'avais beau creuser dans les tréfonds de mon esprit et de mon cœur, je n'arrivais pas à aligner de jolies phrases. Et lorsque je finissais par écrire quelque chose, c'était à jeter. Si j'écrivais sur des feuilles et non sur ordinateur, mes poubelles seraient pleines de boules de papiers chiffonnés.

Je haïssais ce vide et cette angoisse qui m'envahissait lorsque ça m'arrivait.

Ce truc dont tout auteur avait peur.

Le syndrome de la page blanche.

Rien que de me dire ce nom cela me donnait envie de me cacher sous mon lit.

Nos cœurs meurtrisDes histoires addictives. Découvrez maintenant