Je revenais d'un rendez-vous avec mon agente, et autant dire que cette dernière s'inquiétait de savoir que je n'écrivais rien.
Je sais, Lise, je suis aussi inquiète que toi, si ce n'est plus.
Alors j'étais déjà stressée de base, mais avec mon agente qui angoissait aussi, j'avais le moral dans les chaussettes.
Clés en mains, je déverrouillai ma porte d'entrée, lorsqu'un boucan pas possible se fit entendre depuis l'ascenseur qui venait d'ouvrir ses portes. Je me tournai vers ce dernier, et constatai que des hommes qui m'étaient inconnus portaient différents cartons et semblaient se diriger vers l'un des appartements proches du mien. Et ce n'était pas peu dire, car ils s'arrêtèrent devant l'appartement juste à côté. Ils me saluèrent soudainement, et je les saluai en retour, embarrassée d'avoir pu passer pour une personne étrange, à les fixer en silence.
Alors que je m'étais retournée vers ma porte, une voix m'interpella soudainement.
« Olivia ! »
Je tournai la tête pour voir mon propriétaire trottiner vers moi. Je ne l'avais pas vu, mais il avait accompagné dans l'ascenseur les hommes qui avaient les cartons.
« Bonjour Monsieur Cooper. »
Mon propriétaire était un homme d'âge avancé, de nature optimiste et toujours prêt à aider les autres. J'avais de la chance d'être tombé sur lui, au vu du nombre de propriétaires malhonnêtes ou peu sympathiques qui existaient.
« Comment vas-tu ? Et l'écriture, ça va ? »
Mon sourire se crispa à l'entente de cette question. Je répondis affirmativement, sans m'étaler. Je ne voulais pas lui dire que rien n'allait et que j'étais à deux doigts du chômage.
« Tant mieux alors ! Et désolé pour ce bazar, un nouveau locataire emménage. »
« Oh c'est donc ça. Est-ce qu'il est sympa ? »
Et alors que je m'attendais à ce que Monsieur Cooper réponde oui sans hésiter, car il était du genre à trouver du bon en tout le monde, il parut hésiter.
« Eh bien... il a l'air d'un jeune homme très renfermé, mais je ne pense pas qu'il soit méchant. Je pense que vous avez plus ou moins le même âge, peut-être que vous vous entendrez bien ! »
Alors là, je doutais quant à ma capacité à faire connaissance avec quelqu'un.
Mon propriétaire prit congé et repartit dans l'ascenseur, et de mon côté, j'entrai dans mon appartement, tout de suite accueillie par Plume qui se frotta contre mes jambes. Je la pris dans mes bras et plongeai mes yeux bruns dans ses orbes bleues.
« De toute façon, je suis sûre que je ne croiserai pratiquement jamais ce nouveau voisin, hein ma petite Plume ? »
***
Prête à partir rejoindre mes amis au Automn Day, je fermais la porte d'entrée de mon appartement, et j'entendis au même moment celle de l'appartement à côté.
Ah, c'était sûrement le voisin.
Je jetai un coup d'œil vers lui, mais je ne vis qu'un dos recouvert d'une chemise blanche, dont les manches étaient remontées sur des avant-bras musclés, et des cheveux brun foncés et bouclés. Je me fis rapidement la réflexion qu'il semblait plutôt beau, mais un regard sur l'heure de mon téléphone m'indiqua que j'allais être en retard si je m'attardais, alors je me dirigeai sans tarder dans les escaliers, alors que le claquement de la porte de mon nouveau voisin résonnait dans l'étage silencieux.
Arrivée au café, il ne me fallut qu'un balayement du regard pour repérer mes meilleurs amis. Eux non plus ne prirent pas beaucoup de temps pour me voir, et mes joues rougirent de gêne alors que Neyla faisaient de grands signes de bras tout en m'interpellant par mon prénom. J'accélérai mes pas et fis passer un maximum de mèches de cheveux devant mon visage, tandis que j'avais l'impression que chaque yeux me scrutaient, me dévisageaient. Le soulagement m'envahit lorsque j'arrivai à leur hauteur et que je m'assis, cette sensation désagréable me quittant alors. Je plongeai mes yeux dans ceux pétillants de bonheur de Neyla. La voir dans cet état quasi constant de joie me donnait le sourire dès que je la voyais. Mais si son caractère pouvait être perçu comme parfait, dû à son optimisme à toute épreuve, il n'en n'était rien. Car si elle ne cessait de sourire, de rire, de dire « je vais bien » et de réconforter les autres, c'était simplement pour mieux dissimuler ses blessures. Rares étaient les fois où elle s'autorisait à se laisser aller devant d'autres, même devant moi, et cela était d'autant plus impressionnant lorsqu'elle s'écroulait sous le poids de ses démons qui la hantaient. D'après mes souvenirs, il n'y avait eu que deux ou trois fois, durant nos dizaines d'années d'amitié, où elle m'avait permise de voir son côté plus pessimiste, et les instants où les larmes faisaient leur chemin sur sa peau chocolatée m'avaient violemment déchiré le cœur. J'avais bien évidemment été chagrinée de voir mes autres amis pleurer, mais voir une personne qui s'obligeait à porter un masque chaque jour qui passait, cela faisait mal.
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Nos cœurs meurtris
RomanceOlivia Adams est une auteure connue. Installée depuis plusieurs années dans le centre de Londres, entourée de ses meilleurs amis et de son chat, elle se complait dans sa vie. Mais les ombres et vieux démons rôdent. Elle sent l'inspiration la quitt...
